Les 25 ans de The Elder Scrolls : Le Cri du Scroll.

Voilà un nombre immémorial d’années, une race d’inventeurs mettait au point l’objet qui allait bouleverser le destin de chacun. Le monde vidéoludique, tel que nous le connaissions, se verrait imprégner d’une magie inconnue. L’orgueilleux peuple Dwemer, ancêtre des fiers Aldmers, des Brunolemers ou encore des Noëlmamers, élaborait en son laboratoire secret la première copie de The Elder Scrolls : Arena, en l’an de grâce 1994 de la chronologie humaine grégorio-catholiquo-impérialistico-colonio-grosconnardo-cisgenrée usuelle. La prophétie raconte qu’Akatosh, divinité suprême, s’abaissa alors, dans sa grande mansuétude (ou plus vraisemblablement sa grande ivresse), à féconder une trollesse limougeaude afin de donner aux peuples vils un champion vidéoludique. Graour était né. La morphologie de ses pouces opposables et de ses longs doigts cureurs de nez semblait déjà le désigner, du fond de son berceau miteux, pour ce glorieux destin. Hélas, le pendant ténébreux de son céleste géniteur, Makintosh, se hâta d’engendrer la même année, dans une union contre-nature entre le cocker épagneul et la palourde, le jumeau techno-incompatible de Graour : Fly. Une vocation d’antigamer calamiteux devait compromettre tous ses efforts de finir un jour Skyrim, en dépit de l’amour sincère qu’il nourrissait envers la licence. Trois bonnes raisons pour célébrer 1994. Mais aussi, et surtout, ne nous mentons pas, pour amener les trolls au divan, et les prier de nous confier leurs émerveillements, leurs déboires et leurs boires (SKOUMA) durant ces 25 années d‘Elder Scrolls

 

« Tamriel, toi sans qui les choses ne seraient que ce qu’elles sont » Edmond Rostand. Bitch !
par Fly

C’est un noob qui parle. Un VRAI noob, un crypto-puceau vidéoludique, moins dégourdi devant son ordi que ne l’est son propre avatar face à son premier ennemi. MAIS un noob qui réclame non seulement le droit de vivre, mais aussi celui de clamer son amour pour ces œuvres, quand bien même ne les a-t-il pas toutes finies !  S’il est un jeu qui me fit saisir instantanément le sens de la qualification de « Xème art », c’est bien celui-ci. A l’instar de mes illustres trollègues, c’est par l’intermédiaire de Morrowind que j’entrai dans le monde enchanté de Tamriel. J’étais malheureusement encore plus con et mauvais joueur à cette époque, ce qui restreignit mon rayon d’exploration (émerveillée au demeurant) à quelques encablures du navire du début, là où les crabes de boue et autres bestioles au niveau piteux ne risquaient pas de me pincer le jarret (que j’ai fort galbé, mesdames, sachez-le). 

Pou-yi, le dernier empereur de Chine, à droite sur la photo. Colorized, 1934. 

Faute, donc, de pouvoir me déplacer dans le sens latéral, j’entrepris l’ascension des remparts et autres textures saillantes d’un moteur graphique m’apparaissant plus vrai que nature. Je pus constater avec enthousiasme que le réalisme avait été poussé jusqu’à rendre les chutes mortelles. Ce fut aussi l’occasion de remarquer, avec davantage d’amertume, que le système de sauvegarde se révèlerait hautement incompatible avec mon espérance de vie en milieu vidéoludique. Et pourtant, dame ! Quel souffle, quelle beauté, quelle inspiration ! Je vois encore ces espèces de grands poux-échassiers placides se profiler sur l’horizon fétide des environs marécageux, avec une incongrue majesté. Je revois aussi avec horreur les gardes de la ville, arborant la même sale gueule clonée infecte pourrie moche. La nuit, Bashung ment. Moi, je fais des cauchemars en repensant à ces têtes de bite.

Déso, pas déso, t’es pas très beau. C’est plus de toi que je voudrais que l’on me garde LOL -swipe à gauche-

La seconde escale fut, en toute logique, en terre de Cyrodiil. Un nom pareil m’évoquait davantage un sirop pour la toux qu’une capitale impériale mais, que voulez-vous ; je n’ai pas l’esprit poète. Davantage l’esprit « pouêt ». Oblivion est, à ce jour, le seul opus que je sois parvenu à finir, extension comprise. Vous vous en battez sans doute la race, mais sachez-le, ça me fera plaisir. En revanche sachez moins que ça m’a pris trois mois, s’il-vous-plaît. « Comment peut-on être aussi nul ? » s’interroge sans doute le docte lecteur et ludiste pratiquant. La réponse tient en la conjonction  néfaste de trois handicaps chez mon personnage.

La  première étant une arthrose contractée suite à… une morsure de loup (no shit, en début de jeu ; je n’ai JAMAIS trouvé comment en guérir), la seconde (et non des moindres) étant ma connerie hélas non virtuelle. Et la troisième étant… le vampirisme ! Oui ! Ce jeu vous offre l’opportunité unique de compromettre toutes vos sorties au grand jour, vos interactions sociales avec des PNJ (qui vous fuient ou vous chassent à vue), et jusqu’à votre liberté de mouvement, sous réserve de fréquents prélèvements de sang frais sur des victimes endormies (activité ô combien aisée quand vos stats de furtivité confinent au…0/100).

 

Outre les joies du vampirisme, je tiens ici à saluer celles non plus de Cyrodil Hanouna, mais des Îles de Folie, incluses dans l’extension. Îles à l’image de leur souverain, le schizophrénique Sheoggorath (au court-bouillon) dont le doubleur était, je dois dire, particulièrement horripilant. À son image en effet, puisque bipolaires.

L’une étant d’un bucolique consommé, florale au possible, chamarrée et parcourue de gros insectes juteux, dont la chitine boudinée n’attend que votre coup de trique pour gicler son miel. N’était (par définition) son insularité, l’autre ne serait pas sans rappeler notre belle Normandie sur le plan du non-ensoleillement. Quant à ses étendues mornes et détrempées, semées de champignons au coloris cerne-de-quinqua-insomniaque, elles sauront vous communiquer la joie de vivre qu’il manquait à vos quêtes secondaires.

Ajoutez au tableau quelques hommes crapauds consanguins et vous obtiendrez un parfait Nord-Pas-de-Calais Simulator. Ah oui, pardon, « HAUTS DE FRANCE Simulator ». Les « parchemins des anciens » commencent à bien porter leur nom…

Il y aurait encore tant à dire sur ce riche univers, sa faune, sa flore, ses peuples… Pensons aux hommes-lézards de chez Renault, les Carlos Arghosniens ; aux chaleureux marchands hommes-fauves, toujours soucieux de vous offrir le khajit et le couvert. Voilà. Maintenant que j’ai pu placer mes calembours pourris, j’aimerais conclure votre perte de temps par un modeste hommage à Jérémy Soule, compositeur officiel de la série et artiste de génie. La première diffusion in game du morceau « Secunda » (qui m’envoûta instamment et à jamais), pièce très intimiste jouée au piano de chambre, s’est pour moi produite lors d’une chevauchée dans les étendues glaciaires du Bordeciel septentrional. Les étoiles scintillaient derrière un voile opalescent d’aurore boréale. Parce que Skyrim n’est pas qu’une affaire de vikings massacrant sur fond de chants martiaux. Parce que TES est une œuvre totale et un monde à part entière, où il fait si bon se perdre…

 

The Elder Scrolls, un jeu qui évolue avec le temps
par Petrocore

Vous verrez que le choix de ce titre n’est pas tout à fait anodin. Il met même carrément les pieds dans le plat, en ce qui concerne mon avis sur la saga des Elder Scrolls. Il faut savoir, pour commencer, que je joue exclusivement à ces jeux sur console.

Comme beaucoup, ma première expérience du continent de Tamriel fut cellle de Morrowind (ci-dessus) sur X-Box. Cette machine m’ayant été prêtée par un pote durant quelques jours (de lycée en plus donc pas possible de jouer en cours, logique) je n’ai pas pu curer le jeu comme j’en aurais eu envie. Je pus tout de même m’émerveiller devant la beauté du jeu et l’ouverture révolutionnaire que celui-ci nous proposait. C’est que, à l’époque, le monde ouvert était rare en jeu vidéo ! Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Morrowind est devenu un classique parmi les classiques dans le rayon RPG. Mais la marque de fabrique de Bethesda avait déjà été apposée au fer rouge sur ce jeu : les bugs mes aïeux, les BUGS ! Le rêve d’un entomologiste ! Avec un peu de recul, je me rends d’ailleurs compte que beaucoup de jeux de rôles ultra-buggés m’ont laissé un excellent souvenir : les Elder Scrolls, Fallout 2, Kingdom Come Deliverance… Peut-être devrais-je songer à consulter.

C’est bien des années plus tard, sur ma propre console cette fois, que j’introduisis le CD d’Oblivion (ci-dessus). Si les villes et les environnements ainsi que la physique du jeu bénéficiaient toujours d’un soin tout particulier (voir la Cité Impériale depuis le haut d’un montagne, c’était toujours un grand moment), comment oublier la laideur des personnages ? Cyrodiil était-il l’équivalent de notre Nord-Pas-de-Calais en terme de consanguinité ? Tout portait à le croire. Et je ne peux pas occulter le système de leveling complètement DÉBILE des ennemis, qui en voulant être simple et efficace est juste absurde. En gros, les ennemis évoluent en même temps que vous prenez du niveau.

L’idée pourrait être bonne si elle avait été portée par des gens ayant un minimum de sens commun. Quand comme moi vous maxez un voleur dans toutes ses stats de pickpocket et discrétion, et que là où devraient se trouver des squelettes se tiennent des LICHES (oui oui genre une dizaine de liches dans le donjon t’sais) votre expérience de jeu devient très vite frustrante. La musique composée par Jérémy Soule est par contre un pur chef d’œuvre, et Auriel’s Ascension est l’un de mes morceaux préférés, tous styles confondus. On en viendrait presque à demander un mod « sans ennemis » pour pouvoir juste se balader dans Cyrodiil et écouter la musique. Rien d’autre.

Skyrim (ci-dessous) est sorti le 11/11/2011. Regardez bien cette date, et dites vous que le jeu est toujours d’actualité et qu’une communauté autant de joueur que de moddeurs continue de rincer le jeu (et que Bestheda continue de se faire du fric dessus). Mais avant tout et sans préliminaire CARTON ROUGE pour avoir sorti le jeu aussi cassé ! C’était monstrueux, les joueurs consoles devaient redémarrer le jeu toutes les heures sous peine de saccader, les fréquents temps de chargement étaient bien trop longs et les plantages étaient monnaie courante. Sans compter les nombreuses quêtes buggées et qui le restèrent des années durant malgré des patchs fréquents. Pour ceux qui jouaient offline par contre, l’enfilade était complète. C’est en fait ce que j’entendais par « jeu qui évolue avec le temps » : quand tu topes ta copies « day one », tu la voies se bonifier à mesure des correctifs qui sortent fréquemment. Triste.

Au-delà de ça, et au grand dam des rageux (« les détesteurs détesteront »), Skyrim s’est hissé au rang de grrrrand classique du jeu de rôle, voire du jeu vidéo, tant il a su adapter sa sauce au grand public. La liberté de création de perso est monstrueuse tant dans son physique que dans ses compétences, l’environnement a bénéficié d’un soin tout particulier et les musiques oniriques de Jérémy Soule participent grandement à la magie du jeu. Si l’on peut regretter un manque d’impact du joueur sur le monde par ses choix et ses actes, on louera par contre le fait que grâce à cette formule, le joueur peut jouer SON perso. Vous voulez jouer un nécromancien ? Un voleur ? Un paladin ? un guerrier bourrin qui enduit sa hache à deux mains de poison grâce à ses talents d’alchimiste ? Un marchand même ? Ou même n’importe quoi, on s’en branle après tout ? C’est possible !

Et je crois bien que c’est comme cela qu’il faut aborder Skyrim : un monde riche (y a quand même un paquet de lore) où VOUS créez votre RP, quitte à laisser exprès un certain nombre de quêtes de coté parce que « c’est pas cohérent avec mon perso » . Un jeu de rôle bac-à-sable total en somme, il n’y a qu’à voir les fiches de persos qui fourmillent sur internet.

 

Les vieux rouleaux : des jeux qui restent
par Narfi

Mon premier contact avec la série des vieux parchemins s’est fait comme pour toute personne issue de ma génération : avec le fameux troisième opus, le grandiloquent Morrowind ! Pourtant, jamais je n’ai mis mes pognes velues sur ledit jeu. Simplement, je regardais le grand frère d’un pote y jouer sur son pécé, et ça me paraissait quand même quelque peu obscur. Qu’est ce que c’est que ces histoires de crabe vaseux qui vendent des objets pourlingues, hein, non mais je vous l’demande ? Obscur donc, mais du moins intrigant.

Ainsi, lorsque quelques années plus tard sortait Oblivion, encensé par la presse mondiale (ouais j’y vais pas avec le dos de la main morte), j’étais, comme le disent les jeunes, turbo-chaud. Cette fois, équipé moi-même d’un pc (que je pensais) digne de ce nom, je me jetais sur le jeu avec la faim d’un Khajiit face à une boite de sheba.
Et là : l’émerveillement ! Comment ne pas l’être, face à ces chutes de framerate (les images par seconde, ou fps/ips, permettant donc de mesurer la fluidité du jeu) de l’enfer ? Comment ne pas rugir de plaisir lorsque, après plus d’une trentaine de clics gauche, un coup finit enfin par faire mourir ce satané rat géant ? Oui lecteur, tu l’auras compris, mon pc était une sous merde incompatible avec les graphismes à l’époque rayonnants du jeu.

Regardez moi cette plastique !

Du coup, que faire face à une telle déception et un jeu qui tourne à 4 ips (c’est les images par seconde, pour les béotiens qui trainassent sur ce site élitiste et éclectique et qui n’ont pas daigné lire les cinq lignes précédentes) ? Télécharger un patch qui permet de downgrader les graphismes pour qu’on ait affaire à un jeu N64 bien sûr ! Ce que je fis, bien évidemment ! Et malgré ces graphismes d’un autre âge, le jeu était toujours aussi sympathique. Bon, y avait moins d’émerveillement, mais un seul clic suffisait pour battre un rat géant, et ça, ça vaut son pesant de cacahouètes. Malgré tout, il faut savoir que pour tout le plaisir que j’ai pris à jouer, je n’ai jamais fini Oblivion. Pourquoi ?
Je ne saurais sans doute pas moi-même répondre à cette question. Il en est de même pour Skyrim, des années plus tard, sur lequel j’allais pourtant passer plus d’une cinquantaine d’heures complètement immergé.

Peut-être le début de réponse se trouve-t-il dans cette ancien adage chinois sacrément démodé qui veut que le voyage compte plus que la destination : en effet, dans les Elder Scrolls, qui se souvient véritablement de l’histoire principale ? Qui peut me citer de tête le nom du dragon grougrou méchant dans Skyrim, comme ça là, à la volée ?
Mais en revanche, on se souvient d’avoir rejoint la confrérie noire ou encore la guilde des guerriers. On se rappelle de sa participation dans la guerre civile nordique, des épreuves de la guilde des mages, ou d’avoir combattu dans l’arène de la cité impériale. On se remémore avoir affronté des liches ou rencontré des daedra, plus qu’on ne se rappelle de Dragonnax (j’ai bon ?) le Glorieux Dévoreur du Monde de tes Grands Morts.
La beauté des Elder Scrolls, ce sont toutes ces petites aventures, périphériques à la grande, et qui sont souvent mieux écrites et bien plus agréables à parcourir que cette quête principale dont on est prisonnier pendant un temps et que l’on a, bien heureusement, rapidement la liberté de renvoyer paitre.

« – Élu du destin ta mission est d’accomplir ta destinée, c’est comme ça, mektoub.
– Ouaiiiis, non, j’ai pas envie, pis Zazou le barde m’a dit d’aller cueillir des fleurs au fond du bois des Soupirs Évanescents, je vais faire ça, déso.
– Mais, élu du destin, tu…
– Teuteuteu, c’est mon aventure, je finirai jamais ta quête vieux barbu, tu m’emmerdes avec le destin et la fin du monde. Vas chercher un autre bouffon !
– Mais… Élu du destin ! Allez viens ! C’était pour rire élu du destin ! Tu vas pas aller seul dans c’bois hein ?! »

Bien entendu, si la quête principale était moins générique, mieux écrite (à l’image encore une fois de toutes ces aventures secondaires qui n’ont finalement de secondaires que le nom), nul doute que j’aurais poussé l’effort pour aller finir le jeu.
En place de quoi, à mon sens, les Elder Scrolls resteront à jamais des simulateurs de balade rigolos, où un géant, un troll ou un gobelin se cachent au bout de mon chemin, prêts à se faire déglinguer par ma fidèle épée.

C’est simple, c’est con, mais c’est aussi ça, l’aventure.

 

Fly

Créature hybride issue d'un croisement entre le limougeaud et le normand, le Flyus Vulgaris hante les contrées du Sud-Ouest. Son terrain de chasse privilégié étant les poubelles, celui-ci se délecte de musique progressive, de livres d'histoire ennuyeux et de nanards des années 90. Dans sa grande mansuétude, la confrérie du Cri du Troll l'admit en son cercle, mettant sa bouffonnerie au service d'une noble cause. Devenu vicaire du Geek, il n'en fait pas moins toujours les poubelles.