Les Utopiales : Rencontre du Troisième Type (jour 3)

Le troisième jour des Utopiales commence pour des Trolls de plus en plus déphasés avec la réalité. Narfi jure avoir vu de grands navires en feu surgissant de  l’épaule d’Orion, Flavius note ses copies d’un « Théorie de la relativité/20 », Graour regarde avec attention dans le vide sidérale, tandis que Lazylumps court partout en parlant de « Tweetofavlike ». Bref, la fatigue commence à peser, ce qui n’empêche pas nos quatre aventuriers de l’extrême de se lancer à corps perdus dans la rédaction d’articles, on l’espère réussis et sympathiques à lire.

Pour cette journée : on parle du film d’animation Mutafuckaz ; du film Cold Skin adapté du roman La peau froide ; et d’une conférence plus que sympatoche sur ce bon vieux Hopital Psychiatrique Lovecraft.

Et oui, aujourd’hui on s’est fait plaisir niveau séances ciné.

 

Mutafukaz, délire à DMC

Par Narfi

Mutafukaz est un film d’animation franco-japonais, adapté de la BD du même nom sorti chez Ankama. Le pote Blorb nous avait vanté l’excellence du bouzin format BD, force est de constater que l’adaptation animé envoie elle aussi du steak !

Se déroulant dans un monde proche du notre, Mutafukaz raconte l’histoire de Angelino, un jeune de Dark Meat City, ville de la côte Ouest étasunienne. Travaillant comme livreur, il vivote tranquillement jusqu’au jour où il croise la route d’une jeune fille. Et à partir de là, tout se barre en couille. Avec les flics et des Men in Black au cul, Angelino et son coloc Vinz n’ont d’autre choix que de fuir et de se battre pour leur vie.

Qu’on mette tout le monde d’accord tout de suite, Mutafukaz est graphiquement incroyable. Du genre bonne grosse tarte dans la gueule. Les animations, mélangeant plans en 3D et dessins en 2D sont complètement folles, et la vitesse et le rythme des scènes d’action envoient de la patate par sacs de 50kg. C’est ininterrompu, exception faite du moment pivot du film, qui permet au moins au spectateur de respirer un peu avant de replonger dans l’action.
Frénétique dans sa première partie, plus posé dans son second arc qui prend le temps de développer ses personnages, Mutafukaz n’en oublie pas d’être un film drôle, et ce, constamment. Cherchez bien à l’arrière plan, le film est BOURRÉ de références, souvent subtiles, parfois moins, mais qui amènent toujours un sourire aux lèvres du spectateur.
Ah, et au doublage on retrouve Orelsan, Gringe, Alain Dorval (la voix française de Stallone), ou encore Féodor Atkine (la voix française de docteur House). Bref du beau monde, qui sait faire vivre ces personnages décalés !

Film d’action humoristique totalement décomplexé et délirant, Mutafukaz est une petite perle d’animation classieuse et complétement pétée. Un bon feel-good movie  comme ça, ça ne se refuse pas ! Il n’y a plus qu’à croiser les doigts et attendre une sortie dans les salles de l’Hexagone !

 

 

Cold Skin, une adaptation en demi-teinte

Par Lazylumps

Aujourd’hui était projeté Cold Skin, une adaptation du livre éponyme d’Albert Sanchez Pinol que nous avions dévoré avec l’ami Flavius.

L’histoire prend place en 1914 quant un météorologue est débarqué sur une île de l’Antarctique pour y étudier les vents pendant un an. Il se retrouve seul au monde avec pour seul voisin le gardien du phare, Gruner, qui s’est barricadé du monde extérieur. Ces deux hommes qui ont une vision diamétralement différente de la vie et une conception philosophique aux antipodes l’un de l’autre (l’un humaniste et curieux, l’autre brutal et misanthrope), vont se retrouver à survivre face à des créatures qui les assaillent les nuits. L’un et l’autre vont se débattre pour survivre, tout en s’affrontant pour une créature femelle que Gruner a domestiquée par la force.

Cold Skin est pétri de bonnes intentions et d’une rigueur d’adaptation assez hallucinante, ce qui malheureusement, en arrive à desservir le film. Eh oui, je n’avais de mémoire jamais vu un réalisateur qui collait au récit original à la manière d’un miroir. Ce qui fait de Cold Skin une adaptation ultra fidèle, jusqu’à la voix off qui égrène les passages initiaux du récit. Mais manque ce petit quelque chose qui viendrait sublimer l’ensemble…

On se retrouve donc sur un portage quasi projeté du texte à l’écran et on en arrive à se demander si le film apporte quelque chose de concret… Quitte à vivre l’aventure en s’immergeant dedans, on privilégiera donc le texte au film, car éminemment plus personnel, avec ce supplément d’âme qui transcendera le lecteur.

C’est donc un ressenti en demi teinte : on ressort content de la séance, on a passé un bon moment malgré les petites maladresses cinématographiques qui auraient pu être évitées, et les acteurs collent parfaitement au propos. Quelques fulgurances marquent le film, comme la représentation symbolique de Gruner en bête sanguinaire sur son phare, mais on reste généralement sur un rendu assez scolaire d’un bon élève sans originalité. Il est délicat de critiquer un film qui respecte autant le matériau de base sans jamais le trahir…

Mais on a ici l’impression que le réalisateur n’a pas su s’emparer de La Peau Froide pour en proposer sa vision à lui, sa conception, et qu’il ne savait pas a quel public s’adresser, préférant juste effleurer la relation malsaine entre l' »être » et les hommes. La Peau Froide reste un roman sexuel, et profondément « amoral », qui est ici édulcoré au profit d’une interprétation plus « horrifique » que « dérangeante »… Pour parler au plus grand nombre ?

Dommage, donc ! Mais loin, très loin d’être catastrophique !

 

Rétrospective Lovecraft

Avec Timothée Rey, Bertrand Bonnet, Pixel Vengeur, Gilles Ménégaldo, Hervé de la Haye et Jérôme Vincent

Par Flavius

En cette année anniversaire de la mort de Lovecraft, cette rétrospective tombe à point nommé. Certes chers lecteurs fidèles nous avons déjà fait une semaine à thème sur l’auteur de Providence mais il est toujours temps d’en apprendre davantage sur lui. Le plateau est érudit et les intervenants ont des domaines de compétences qui se complètent très bien, depuis l’universitaire jusqu’au spécialiste de la musique. 

Le modérateur lança le débat sur leur rencontre avec l’œuvre de Lovecraft ; sans surprise, l’âge tendre de l’adolescence fit l’unanimité. Et justement ce qui marque chez eux, comme chez votre serviteur Troll, c’est le besoin de revenir à Lovecraft au cours du temps, comme un phare de la SF la plus sombre. Les raisons qui y ramènent évoluent bien entendu en fonction de sa culture, de ses inclinations du moment, mais demeure toujours comme toile de fond : la peur.

En creusant davantage le style de Lovecraft on se rend compte de son hybridité et sa modernité. Par exemple il construisit des récits en respectant certains codes du roman hardboiled avec le personnage iconique de l’enquêteur. Également, il a développé le thème de la ville, incarné avec Arkham comme substitut de sa bonne Providence. 

Les intervenants en sont ensuite venus à des thèmes assez techniques concernant l’œuvre, en particulier l’intrication des récits, notamment dans L’appel de Cthulhu où des textes fort divers composent l’histoire. Lovecraft demeure un passionné autodidacte d’Histoire et de Science qui proposa des analyses très fines, imprégnées d’un certain matérialisme. Si on a voulu en faire un mystique, il faut insister sur ses inclinations très actuelles où, en plus, la philosophie joue un rôle majeur. 

La beauté des textes, leur musicalité, a été rappelée par un intervenant à travers une vibrante lecture. Certains détestent le style de Lovecraft, mais force est de constater qu’il fascine. Personnellement j’adore cette profusion des qualificatifs, leur précision, leur finesse. L’esthétique ne peut être négligée chez cet auteur, qui a, rappelons-le, beaucoup travaillé la poésie. Or ce style particulier sert un propos quasi mythologique, aux accords d’épopée, plaçant son travail dans des sphères impalpables qui nous dépassent totalement. Ce mystère entretient notre fascination et la plupart des amateurs de Lovecraft sont des gens sensibles à ces procédés. Lovecraft adore par ailleurs jouer avec le hors champ ou, au contraire, avec l’excès de description.

Tout synthétiser de cette merveilleuse conférence serait une gageure, tant les débats ont ouvert des pistes diverses, mais voici pour les points qui m’ont semblé les plus pertinents.
Reste à votre charge de poursuivre l’investigation. Les Grands Anciens vous regardent… 

 

 

LazyLumps

Déjà petit, le troll Lazylumps collectionnait les cailloux. Après en avoir balancé un certain nombre dans la tronche de tout le monde, il est devenu le "Rédak' Chef" de la horde, un manitou au pouvoir tyrannique mais au charisme proche d'un mollusque. Souvent les nuits de délire on l'entend hurler "ARTICLE ! ARTICLE ! IL FAUT UN ARTICLE POUR DEMAIN".