Juste avant la rencontre Trump-Xi : la Chine jette Windows à la poubelle

Pékin n’a plus envie de patienter. La version gouvernementale de Windows, conçue sur mesure pour les exigences de sécurité chinoises, devait encore tenir jusqu’en février 2027. Le ministère de la Sécurité d’État a pourtant décidé d’accélérer le calendrier. Certaines structures liées à l’État doivent déjà la retirer de leurs machines. Derrière cette décision, une volonté claire de limiter la dépendance aux technologies américaines, dans un contexte où la souveraineté numérique devient un enjeu stratégique majeur. Un mouvement qui n’est pas isolé, plusieurs pays européens suivant une logique similaire.
Un Windows chinois trop américain pour durer
Cette édition n’avait rien d’un Windows standard. Lancée en 2017, elle résultait d’une coentreprise baptisée CMIT, associant Microsoft et le groupe public China Electronics Technology Group. Basée sur Windows 10 Enterprise, elle intégrait des adaptations poussées : suppression de services grand public comme OneDrive, gestion locale des mises à jour et de l’activation, ainsi que le recours à des algorithmes de chiffrement chinois. Malgré ces aménagements destinés à rassurer Pékin, les autorités évoquent désormais des préoccupations autour de la sécurité des données sensibles. Microsoft a réagi en indiquant n’avoir « connaissance d’aucun incident de sécurité affectant ce produit, qui continue de recevoir des mises à jour de sécurité régulières ». La fin de vie, initialement fixée à 2027, est donc avancée à plus tard en 2026 pour une partie des agences. Ce n’est pas un abandon total de l’écosystème Microsoft en Chine, mais un signal fort que même une version « localisée » ne suffit plus quand la confiance s’érode.
Linux made in China déjà en pole, HarmonyOS en approche
Pour combler le vide, les regards se tournent vers des alternatives 100 % nationales. Kylin OS, développé par Kylin Software, et UnionTech OS (UOS) de Tongxin Technology étaient déjà positionnés comme remplaçants crédibles pour les bureaux d’État, les entreprises publiques et les infrastructures critiques. L’annonce a immédiatement dopé leurs titres en Bourse : Hunan Kylinsec et Archermind ont atteint la limite quotidienne de +20 %, tandis que China National Software progressait de 10 %. Huawei joue aussi sa carte avec HarmonyOS. Parti d’une base Android pour smartphones, le système s’est autonomisé et une déclinaison PC gagne du terrain. Les livraisons de machines HarmonyOS pourraient passer de 141 000 unités en 2025 à 1,4 million en 2026, avec une version 7.0 beta prévue prochainement. Pour les déploiements institutionnels urgents, Kylin et UOS restent toutefois les plus aboutis. Côté consommateurs, Windows 11 Home China, une édition bridée et exclusivement locale, continue d’être proposée. La transition ne sera pas un simple copier-coller : elle implique de tester les applications, de valider les périphériques et de former les équipes, un défi que la Chine semble déjà anticiper à grande échelle.
L’Europe aussi coupe le cordon, la France en première ligne
Ce basculement chinois s’inscrit dans une tendance plus large. En Europe, plusieurs États cherchent à réduire leur exposition aux solutions extra-européennes. La France illustre bien ce mouvement : la DINUM migre déjà ses propres postes vers Linux et a demandé à chaque ministère de présenter d’ici l’automne 2026 un plan détaillé pour limiter les dépendances, notamment sur les systèmes d’exploitation. La Gendarmerie nationale fait figure de pionnière avec son GendBuntu, déjà déployé sur plus de 100 000 machines et générant des économies substantielles. D’autres outils souverains, regroupés dans La Suite Numérique, remplacent progressivement les services américains pour des millions d’agents. L’Allemagne suit une voie comparable dans certains Länder. Pour les passionnés de tech, c’est fascinant de voir Linux sortir des serveurs et des machines de hobbyistes pour s’imposer dans des environnements critiques. Ces choix politiques redessinent le paysage des OS, où les alternatives open source et locales gagnent enfin en visibilité et en moyens. Reste à voir jusqu’où ira cette reconquête, mais le signal est clair : l’ère du monopole Windows dans les administrations touche à sa fin, en Asie comme en Europe.






