Les lycéens vont apprendre à dompter ChatGPT… ou à se faire dompter par lui ?

Les cartables de la rentrée 2026 à peine ouverts, voilà déjà le gouvernement qui vise 2027. L’intelligence artificielle, celle qui pond des dissertations, des visuels ou des dialogues de PNJ dans nos jeux préférés, va désormais occuper une place officielle dans l’emploi du temps des lycéens. Tous les élèves de seconde auront droit à une heure hebdomadaire dédiée, intégrée au cours de sciences numériques et technologie. L’objectif affiché : ne plus se contenter d’utiliser les outils, mais vraiment comprendre ce qui se passe sous le capot.
Comprendre les modèles plutôt que juste les prompt
Annoncée en juin 2026 à VivaTech par le Premier ministre Sébastien Lecornu, la mesure entre en vigueur à la rentrée 2027. Elle s’ajoute au programme existant de SNT, dont l’horaire passe de 1h30 à 2 heures par semaine. « Nous ne pouvons pas laisser une génération entière découvrir l’intelligence artificielle sans lui donner les clés pour la comprendre et donc la maîtriser », a-t-il justifié. Le contenu visera le fonctionnement des modèles, leurs usages du quotidien, les questions d’éthique, la souveraineté numérique et l’esprit critique face aux manipulations ou aux fausses informations. Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray y voit « la première fois que tous les élèves en France disposeront d’un dispositif permanent et spécifique ». Concrètement, il s’agit moins d’apprendre à rédiger le prompt parfait pour une copie que de saisir les biais, les données d’entraînement et les limites de ces systèmes qui envahissent déjà nos séries, nos films et nos plateformes.
Une suite logique qui n’a pas encore fait ses preuves
Cette nouveauté s’inscrit dans la continuité d’une tentative précédente. En 2025, Élisabeth Borne avait lancé une formation en ligne via Pix, obligatoire pour les 4e et les secondes, mais peu appliquée sur le terrain selon les syndicats. Le Conseil supérieur des programmes a été saisi en juillet 2026 pour réviser tout le programme de SNT d’ici décembre, avec un volet IA qui devra rester scientifique sans trop de technicité, tout en abordant données, biais, protection de la vie privée et enjeux environnementaux. Reste que des élections présidentielles se profilent d’ici là, et rien n’est jamais gravé dans le marbre en matière éducative. Le gouvernement a aussi annoncé 655 millions d’euros supplémentaires pour l’IA, dans une logique de souveraineté, loin des solutions américaines comme Palantir.
Des doutes concrets sur la mise en œuvre
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, reconnaît que former à « une vision réfléchie de l’IA » relève bien du rôle de l’école. Elle met toutefois en garde contre une surexposition qui pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. Comment caser cette heure supplémentaire dans un emploi du temps déjà chargé ? Qui formera les enseignants, alors que les profs de NSI ou de techno ne sont pas encore tous au niveau sur ces sujets évolutifs ? Le programme n’existe pas encore, et les détails d’application restent flous. Pour les geeks que nous sommes, qui voyons l’IA partout, des univers de science-fiction aux outils créatifs, cette heure pourrait enfin donner des bases solides. À condition qu’elle ne se résume pas à un énième module théorique vite oublié. On verra bien si 2027 tient ses promesses, ou si ça restera une belle intention de plus.






