Films Marvel #1 : La Maison qui a eu une idée

L’écurie Marvel, c’est mon dada

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Depuis plusieurs années déjà, ils squattent la saison des blockbusters estivaux.

Il y a des modes comme ça. Un coup c’est les zombies, un coup la fantasy. Et puis on se tape la phase des trucs-dark-pour-pisseuses-avec-des-vampires-et-des-machins-occultes. Ou encore en ce moment la tendance aventures-survie-d’anticipation-pour-têtards-adolescents.

Et il y a les super-slips.

Maintenant, c’est plusieurs par an. Tout le monde en fait. On adapte, on reboot, on relance, on copie, on parodie, on modernise, on fait du méta-films post-moderne qui déstructure de partout et réfléchit sur le genre, etc.

S’il y en a qui tirent leur épingle du jeu dans cette affaire, au point de carrément porter la mode et d’être pompés par tous ceux qui veulent raccrocher ce wagon lancé à pleine vitesse, ce sont bien les films Marvel.

Dans cette chronique en épisodes, je vous proposerai un petit retour sur ces films qui cartonnent au box-office tous les ans sans que plus rien ne semble pouvoir les arrêter.

MAIS ATTENTION

Je vous parlerai des films Marvel de Marvel. Ceux qu’on nomme solennellement l’Univers Cinématique (ze marveul cinaymeutik iouniveurse dans la langue de Beyoncé). Ceux que vous restez après le générique pour voir la petite séquence (même si maintenant, tous les studios s’y sont mis). Ceux qui tissent leur toile de l’un à l’autre dans une frénésie boulimique encore jamais vue, comme si on suivait depuis des années une gigantesque série à 10 boules l’épisode sur écran géant.

Vous êtes perdus ? Vous comprenez rien à ce bordel de Marvel, pas Marvel, un peu Marvel mais pas tout à fait, DC, Disney, Warner et mon super-cul sur commode-man ?

Restez calme. Je vais essayer de vous expliquer. En plusieurs fois.

A cheval sur l’écurie Marvel

C’est l’histoire d’une boîte qui faisait des petits dessins aux Zétats-Zunis de l’Amérique que Joe Dassin voulait l’avoir et qu’il l’aurait. Même qu’à la base, elle s’appelait Timely Comics, avant de tirer d’un de ses magasins le nom sous laquelle on la connaît aujourd’hui : Marvel, qui signifie « merveille » dans la langue de Katy Perry. Oui. Rien que ça. Je passerai sur les moult péripéties de cette bonne vieille entreprise qui n’en a vu depuis sa création en 1939. Sachez juste qu’elle a dû faire toutes les guerres pour être si forte aujourd’hui.

Ce qu’il faut retenir, c’est que question super-slips, vous avez deux grosses écuries pleines de poneys en lycra.

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Il y a DC Comics (pour Detective Comics, ou la Distinguée Concurrence comme l’appellent les gars d’en face). Eux, c’est un peu les darons à la base. C’est Superman, archétype originel du super-héros since 1938, Batman l’année suivante, et une pléthore d’autres stars type Wonder Woman, Flash, Green Lantern, Aquaman et toute la Justice League of America Fuck Yeah.

Et si Marvel utilise encore aujourd’hui quelques persos rapatriés de la période 40s (comme Namor ou Captain ‘Meurica), c’est à partir des années 60 que va se créer un panthéon colossal de figures plus iconiques les unes que les autres dans une maison d’édition aux employés qui se comptaient sur les doigts d’un Django Reinhardt. On doit pratiquement l’intégralité de ce cheptel à d’humbles messieurs comme Stan Lee, Jack Kirby ou Steve Ditko, autant d’auteurs devenus aussi légendaires que Tolkien ou le mec qui a écrit la Bible.

Spiderman. Hulk. Les Quatre Fantastiques. Les X-Men. Iron Man. Thor. Daredevil. Les Vengeurs.

Jean Passe et D. Meyer.

Leur créneau et une des principales raisons de leur succès repose sur le principe des héros à problèmes. Parce que les mecs super forts et tout, sans peur, sans reproche, contre les fous les bandits, dans le chaos des esprits, c’est bien. Mais il fallait à un moment donné proposer autre chose.

Des supers avec des soucis, proches des gens, qui en chient.

Daredevil ? Il est aveugle. Les Quatre Fantastiques ? C’est une famille avec papa, maman, tonton et le super pote de papa, puis même des enfants. Les X-Men ? Une minorité opprimée. Iron Man ? Il est cardiaque. Et alcoolique. Hulk ? Putain c’est même pas un super-héros, juste un mec avec des super problèmes de gestion de la colère ! Spiderman ? Alors là c’est le pompon ! Un prolo ! Rendez-vous compte : un pauvre, un intello qui se fait emmerder au lycée et snober par les jolies filles. Un gros nerd, un geek. En fait, Spiderman c’est un lecteur de Superman avec les pouvoirs de Superman (bon, un peu moindres, mais vous voyez l’idée).

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Et le cinoche dans tout ça ?

Il y a toujours eu des adaptations plus ou moins heureuses. Alors que les super-héros reviennent à la mode, Marvel avait toute une panoplie culte à porter sur grand écran. Chez DC, le problème est vite réglé : la boîte appartient à la Warner, qui peut piocher ce qu’elle veut dans son réservoir de héros. Marvel, elle, appartient à un marchand de jouets.

Alors sa politique va d’abord être de vendre ses licences à différents studios et se doter d’une division cinéma pour co-produire. C’est comme ça qu’on verra Spiderman avec Sony, les X-Men, Daredevil et les Quatre Fantastiques avec la Fox, Hulk avec Universal, Blade chez New Line (oui, Blade c’est un perso Marvel),…

Et ça marche. Enfin, des fois.

Il faut bien comprendre que les persos de comics sont de véritables légendes, une mythologie dans la culture populaire américaine, et dans une moindre mesure mondiale. Mais les recettes des papelards n’ont rien en commun avec les recettes des studios sur des blockbusters comme les Spiderman de Sam Raimi ou les X-Men de Bryan Singer.

En 2004, Marvel Studio – la branche ciné donc – a une idée. Parce que Marvel, voyez, c’est la « Maison des Idées » il paraît. Elle veut tenter quelque chose : financer ses propres productions. Le pari est osé. Marvel a son petit savoir-faire en co-prod’ après tout, et puis merde, prêter ses jouets, ça va cinq minutes. Ils débloquent 525 millions de dollars pour un maximum de 10 films ainsi qu’un partenariat de distribution avec la Paramount (parce que faire des films, c’est bien, mais il faut aussi pouvoir les diffuser et on est pas là pour trier des lentilles et gerber du direct to video).

Là se pose un autre problème : les droits.

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Le film Daredevil de la Fox. Never forget. Plus jamais ça.

Une bonne partie des droits de leurs superstars appartiennent toujours à d’autres boîtes, pour qui elles se révèlent assez rentables. Donc pas question de reprendre Spidey, les FF ou les X-Men, pourtant de loin les plus connus. Qu’est-ce qu’il leur reste ? Ils récupèrent Hulk dont le film d’Universal n’a pas beaucoup convaincu. Thor était à Sony mais ils n’en font rien, alors le perso est récupéré. Idem pour Black Widow chez Lionsgate.

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En réalité, les films Marvel ne peuvent plus se reposer sur toute la branche mutante, ni sur le pilier Spiderman. Il faudra faire avec des personnages un tantinet moins populaires individuellement mais faisant partie de la super-équipe Les Vengeurs (Avengers). Parce que dans les BD, tous leurs héros partagent le même univers et viennent se faire des petits coucous, des team-ups, des crossovers, des bizutages en allant piquer le calbute de Hulk, etc.

Mais on peut quand même repérer des petits segments : les mutants sont un peu de leur côté, avec leurs douze mille personnages à gène X et leurs intrigues de minorité opprimée qui se démerde toute seule ; les héros urbains, parfois appelés Marvel Knights, ont tendance à se croiser dans les rues de New York entre deux immeubles, « Eh Punisher, tu connais la blague de Flèche Noire qui parle à Echo pendant que Daredevil les espionne ? – Super drôle, Spiderman. Comment va ton oncle ? – Va te faire Iron Fist par Power Man. », etc. ; et puis il y a tous les autres, qui gravitent autour de la super-équipe qui sauve le monde à côté de leur routine perso, dans un patchwork gloubiboulguesque et improbable qui tient étrangement la route.

Et c’est là que va commencer à germer, dès le départ, un projet un peu fou et casse-gueule.

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« Je m’en fous, j’en ai créé trente mille des super-héros. Vous pouvez garder Spidey. »

Séquence post-générique :

FONDU AU NOIR.

INTÉRIEUR NUIT.

Bolchegeek tient deux DVD.

Sur le premier, un mec en armure hi-tech. Il se dit qu’il a déjà vu ce type dans Ally McBeal. Sur le second, un gros bonhomme vert n’a pas l’air content. Edward Norton a vachement perdu de muscles et de croix gammées depuis American History X. Il lit la jaquette et soupire : « Vous auriez pu garder Jennifer Connelly, bordel ! »

LA SUITE PAR ICI, AVEC IRON MAN ET HULK  >>>

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