Banshee, toujours plus badass !

 Vous en avez marre des intrigues trop compliquées de Game of thrones, des anti-héros pas très sexy de Fargo ou encore de l’ambiance de dépressif de True Detective ? Vous sortez d’une semaine calamiteuse, êtes effondré sur un vieux sofa mou et ne désirez pas utiliser plus de trois ou quatre neurones de votre cerveau d’hirondelle ? Voilà une série qui pourrait bien satisfaire vos attentes. Banshee ne fait clairement pas partie de ces œuvres qui font dans la dentelle à première vue. D’la baston, d’la baston et encore d’la baston. Ah et du cul aussi naturellement. Mais bon, si c’est bien fait, c’est déjà pas mal non ? Autant le dire tout de suite, cette petite critique ne porte pas sur une pépite, mais sur une série assez classique, dont la saison 3 vient de s’achever, avec ses défauts et ses qualités, une de celles qu’on regarde quand on ne veut pas se prendre la tête.

Mazette, ils nous ont encore fait le coup du gentil bad guy

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L’histoire commence évidement sur une fusillade : le ton est donné. Le héros est poursuivi par de mystérieux assassins qu’il va réussir à semer en partant vers une obscure petite ville perdue dans la campagne. On comprend rapidement que le personnage principal n’est pas un agent municipal que des fous furieux auraient pris pour cible mais un bien type au passé sombre, un bon gros bad guy. Traînassant dans un bar miteux près de Banshee (le nom de la ville), il assiste à une altercation entre le futur shérif du coin et deux malfrats quelconques. Le ton monte, et tout ce petit monde finit par s’étriper dans un bruit de tonnerre. Le héros se propose généreusement d’aider le représentant des forces de l’ordre à grand coup de mandales dans la gueule mais c’est, hélas (ou pas), trop tard. Le shérif crève comme une merde et notre héros se dit que, tant qu’à faire, autant prendre sa place. Voilà le pitch de départ de Banshee. Rien de bien foudroyant si ce n’est qu’à ce stade on en est déjà à deux scènes de culs et quelques cadavres bien frais.

 

 

Les deux principaux ressorts scénaristiques sont donc d’une part les péripéties auxquelles est confronté le héros dans sa nouvelle fonction et qu’il règle à sa manière (c’est à dire à coups de trauma crâniens) et d’autre part, en toile de fond, les multiples démêlés qu’il peut avoir avec son passé (rempli de mafieux), que nous découvrons peu à peu. Bref, Banshee c’est un justicier et des méchants, grosso merdo, malgré les apparences. Il y a certes un réel effort pour éviter tout manichéisme, notamment dans la mesure où Lucas Hood demeure un héros sombre et violent, mais qui est trop timide à mon goût. N’allez pas penser qu’il y a une réflexion poussée sur la morale ou le fait de savoir jusqu’où on peut combattre le mal par le mal sans devenir soi-même un pourri. Une fois cela dit, je nuancerai en soulignant que  l’histoire se tient néanmoins plutôt pas mal et développe des thématiques simples mais fonctionnelles, suffisamment pour que l’œuvre soit globalement prise au sérieux. Certains passages sont même franchement prenants (on pensera aux scènes en prison) et devraient vous scotcher à votre fauteuil.

Les acteurs sont par ailleurs très corrects et participent largement au plaisir que l’on peut avoir à regarder Banshee. Antony Starr développe un jeu qui ressemble très fortement à celui de Ryan Gosling dans Drive, c’est à dire plein de regards vides et de silences « virils ». Mention spéciale pour le chinois travelo, excentrique et crack en informatique qui l’assiste. Il est vraiment réussi et certains dialogues devraient vous tirer quelques sourires. Banshee parvient à proposer des personnages relativement drôles et attachants ce qui permet de combler les vides scénaristiques.

Subtilité?… connais pas!

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Des gens coupés en morceau, épluchés, broyés, coupés en deux, défoncés à coup de marteaux, décapités, jetés sur une autoroute à 120 km/h, fusillés, brûlés et la tonne d’hémoglobine qui va avec, voilà le plat de résistance de Banshee. Si vous n’aimez pas le gore ou l’action, passez clairement votre chemin. Pour les autres, sachez que les bastons de la série sont techniquement plutôt bien faites. Par ailleurs, il y a suffisamment d’indices pour que l’on prenne de la distance avec la violence affichée à l’écran : si les coups sont réalistes, ce que les personnages encaissent l’est beaucoup moins. Même après s’être fait tabasser à coup de barres de fer, de pieds et de poings, vous pouvez être sûr que notre héros se relèvera encore pour foutre la misère à l’enfoiré qui l’a attaqué. Banshee trouve assez bien cet équilibre, je trouve, entre des scènes de violence sans aucune crédibilité qui nous feraient juste marrer (à la façon du dernier 300) et une ambiance qui serait trop réaliste et étouffante pour un samedi soir détente (On n’est pas dans un film de Ken Loach sur la guerre civile en Irlande et c’est tant mieux). C’est donc plutôt fun, voir jouissif pour les plus accros, de regarder le héros se battre pendant 10 minutes contre un champion de boxe trois fois plus musclés que lui et finir par lui mettre la misère. Même pas mal. À cela s’ajoute une sexualité omniprésente pour une ambiance détonante… ou caricaturale c’est selon. Ce condensé pourra au choix vous faire aimer la série ou bien la détester. Le moins que l’on puisse dire, c’est  que la série assume totalement son côté brainless et en fait sa marque de fabrique. Et pourquoi pas ? Plutôt que de chercher à faire du compliqué raté, Banshee donne dans le classique bien fait.

Encore une fois, si vous êtes du côté pudique de la force, n’insistez pas… Pour peu que vous ayez un côté beauf pas trop enfoui tout comme moi, vous devriez vous  accommoder relativement bien à l’ambiance des épisodes. Banshee est une série de phacochère, je vous le dis….

Une série qui se complexifie avec le temps

Au risque de me contredire violemment, Banshee n’est pas totalement dénuée de ressources insoupçonnées. Simplement, la complexité des personnages de Banshee ne se dévoile pas dès les premiers épisodes. Cependant, à partir d’un certain temps, il faut reconnaître qu’il y a un réel effort d’écriture. Et c’est ce qui fait à mon sens que l’œuvre frôle le statut de très bonne série. À mesure qu’avance l’histoire, les personnages se font de plus en plus complexe, à l’image de Kai Proctor, le grand mafieux de la ville. Alors que tout laisse présager, à l’origine, qu’il soit relativement unidimensionnel, il parvient à devenir un personnage intéressant… Derrière le boucher psychopathe se développe l’histoire d’un homme né dans la communauté amish du coin, exclu et livré à la solitude. Il en ressort amer et psychologiquement torturé, religieux mais pêchant tous les jours, meurtrier mais sauveur des membres de sa famille, sexuellement avide mais désirant que sa compagne d’un soir s’habille comme une chaste amish. Bref, les contradictions de Kai sont plutôt bien mises en scène, de même que les dilemmes du héros ou de Carrie Hopewell. Ne nous excitons pas, cela ne fait pas de Banshee une série d’intellectuels mais c’est notamment ce qui fait que je continue à regarder la série : les personnages de Banshee ont suffisamment d’épaisseur pour qu’on s’y attarde.

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Autre bon point, la configuration de l’endroit où se déroule l’histoire et que nous découvrons peu à peu. On y trouve tout ce que les US peuvent contenir en diversité : des Indiens, des Amish, des Blacks, des néo-nazis drogués,…. C’est plutôt habile de la part des scénaristes d’avoir créé ce mélange (certes quelque peu irréaliste par moment… mais on en est plus à un ou deux trucs fumés près). Les problèmes de cohabitation et/ou de coopération permettent de trouver de nouvelles intrigues sans trop forcer tout en nous faisant découvrir des univers autres que celui du mafieux ukrainien qui veut buter tout le monde (que Banshee comporte également, rassurez-vous).
Je trouve donc que Banshee a un petit plus par rapport à d’autres bonnes séries d’action classique, et qui semble s’affirmer avec les saisons : la fin de la saison 3 ne m’a pas par exemple pas déçu du tout….

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Gentils indiens ! euh…

Dur d’émettre un jugement sur Banshee, tant l’on passe d’un avis à un autre. Certaines scènes en font clairement une série d’action moyenne mais fun tandis que d’autres peuvent vous décontenancer quelque peu par leur pertinence, surtout les premiers épisodes passés….
Si vous êtes un spectateur peu exigeant, allez-y, vous passerez un bon moment. Banshee vous régalera par sa violence gratuite bien réalisée et ses personnages. Si, en revanche, vous êtes le genre de personne qui n’a pas l’habitude de perdre son temps pour des séries autres que Breaking Bad, Banshee serait sans doute à positionner sur la dernière marche de l’escalier après lequel vous ne voulez plus rien à voir à faire avec la télévision… Quoi qu’il en soit, Banshee demeure un cran au-dessus de la plupart des séries d’action que j’ai pu regarder grâce à ses personnages et son rythme effréné qui ne laisse guère de temps morts.

Graour

Errant dans les mondes vidéoludiques depuis mon plus jeune âge, j'y ai développé quelques troubles psychiques. Mais rien de grave, rassurez-vous. D'ailleurs, pour me remettre les idées en place, je lis du Lovecraft, fais des soirées Alien et imite Gollum à mes heures perdues. Tout va bien.

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