Black Mirror, ou quand la technologie te joue des tours.

Alors, je vous préviens direct les copains, la série dont je vais vous parler va donner envie de repenser à deux fois avant de sortir son téléphone de sa poche, tant elle décrit avec ingéniosité les rapports pour le moins tumultueux que nous entretenons avec  la technologie. Oui, toi là-bas, un œil sur ton portable à scruter tes likes Facebook, et l’autre sur twitter à attendre patiemment qu’on te mentionne, c’est à toi que je parle ! (Ceux qui ont reconnu une référence un peu foireuse à La Haine, bien joué).

Black Mirror est une série britannique, qui a vu ses deux premières saisons diffusées sur la chaîne anglaise Channel 4. Forte de son succès et de son rayonnement international, elle a été reprise par le géant du streaming Netflix, pour une troisième saison qui est sortie le 21 octobre 2016. Cette série est clairement née de l’imagination d’un tordu. Le tordu en question, c’est Charlie Brooker, journaliste pour le very british The Guardian, et déjà connu pour The Dead Set, mini série d’horreur mêlant Big Brother et zombies (oui, je sais, ça va en faire rêver plus d’un).

Je vous le donne en mille, Black Mirror fait partie de ces séries, qui au premier visionnage, deviennent instantanément culte. Je pourrais vous faire une argumentation en 12 parties, mais ça ennuierait tout le monde, moi la première.
Alors, direct dans la lucarne (pour faire plaisir au rédac chef), droit au but et sans bout de gras, me voila en charge de vous expliquer le pourquoi du comment de cette série novatrice sur pas mal de trucs. En clair, et en décrypté, parce que chez nous, il n’y a pas de Bolloré qui tienne : Black Mirror, c’est juste une série qui défonce. Ni plus, ni moins.

Merci d’éteindre les portables et de couper toute communication

Pour commencer, c’est ce qu’on appelle une série anthologique. Ce qui signifie, et ça c’est très cool, que tous les épisodes peuvent se regarder indépendamment les uns des autres. Tu ne retrouves jamais les mêmes personnages (le héros charismatique, le copain un peu relou mais qu’on aime bien), ça ne se passe jamais au même endroit, enfin bref, tu vois le principe, puis comme à la fin de cet article, j’espère que tu regarderas la série, tu vas vite capter le truc. Le second point fort de cette série, et là je chausse mes lunettes de Bobo qui s’assume, c’est qu’elle n’est inscrite dans aucune temporalité autre que « le futur ». Et le futur, c’est vaste, très vaste, ce qui permet à ses scénaristes un terrain de jeu quasi illimité question storylines un peu fucked-up. De plus, on ne sait jamais vraiment si nous sommes dans une réalité parallèle ou dans la notre, histoire d’augmenter nos angoisses. Sympa les showrunners !

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Parce que les mecs y vont, mais y vont franco même. Et ça dès le premier épisode, où il t’est donné l’occasion de voir une des scènes qui, à mon humble avis, entre directement au palmarès des séquences les plus barrées du petit écran.

Et question scénario, c’est qu’ils ont du talent, les bougres. Et ils t’emmènent toujours là où tu n’as pas forcement envie d’aller. Alors c’est sûr, dit comme ça, ça ne donne pas forcément envie, mais le pire c’est qu’après, à la fin de chaque épisode, tu les remercies de t’y avoir amené justement. Parce que tu te rends comptes d’à quel point ton rapport avec ton PC, ta tablette, ou même tout bêtement, tes potes, est pétri de mauvaises habitudes, qui en engendrent d’autres, et qui peuvent te mener très loin.

Dans un monde où ton niveau d’interactions sociales correspond de plus en plus au nombre de punchlines que tu ponds en temps et en heures sur les différents réseaux sociaux, où tu vis de plus en plus connecté à ton écran, le regard avide de notifications en temps réel, Black Mirror te prouve par A+B,  non pas que la technologie, c’est le mal, mais qu’utilisée à mauvais escient, ça devient rapidement la plus grosse arnaque de tous les temps pour les humains. Les différents prismes et aspects de la technologie sont étudiés au fil des 13 épisodes. Allez, juste parce que c’est toi, je le démontre par l’exemple.

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Les sorties se trouvent à l’avant, à l’arrière et sur les cotés de l’appareil. WARNING SPOILERS DROIT DEVANT

Dans un épisode de la saison 1 , The entire history of you, on découvre un nouvel objet, développé à priori dans un futur assez proche (non, non, ce n’est pas les voitures qui volent) : imagine qu’on t’implante une puce, capable de filmer à travers ton œil de façon instantanée tous les moments de ta vie, afin que tu puisses te repasser tes meilleurs souvenirs quand bon te chante. Sur le papier, l’idée envoie carrément du rêve par paquet de 12. En vrai, ça devient vite la débandade. En effet, si tu as la possibilité de stocker tes mémoires en Dolby Surrround de façon quasi illimitée, qu’est ce qui t’empêche de te repasser tes plus belles heures à vitesse grand V, pour prouver à quelqu’un qu’il a tort, pour gagner une engueulade, ou même pour essayer de dénicher dans ton passé des preuves pour accuser les autres de t’avoir fait du mal ? Ce qui à la base, relève de l’invention pratique et divertissante (c’est toujours sympa de se rappeler de ce barbecue avec Tatie Jeannine), en devient vite dérangeante.

Mais pour ma part, l’épisode le plus fort se trouve dans la saison 2, et s’intitule Be right back. C’est sûrement celui qui m’a fait le plus pleurer en tout cas, me plaçant directement au Panthéon des trolls fragiles. Le pitch de base est simple, tu vois un couple, puis l’homme meurt et sa compagne fait son deuil. Ça pourrait en rester la, et n’être qu’un épisode sur les différentes étapes nécessaires à une personne pour se sortir de ce drame, sauf que non. Et pourquoi ça? Parce que tu es dans Black Mirror mon pote, et rien n’est jamais aussi simple.

black-mirrorDu coup, la petite dame, elle trouve le moyen d’archiver toutes les données et traces numériques que son bien aimé a laissé, que cela soit un simple statut ou une discussion par mail, et, avec les dites archives, elle fabrique un sample, tout d’abord de manière écrite, puis graduellement, de manière sonore, jusqu’à en arriver a faire venir chez elle un robot high-tech, quasi toutes options incluses, ressemblant trait pour trait a son ancien compagnon. Et c’est là que la série trouve tout son sens. Elle nous questionne sur notre habilité en tant qu’êtres humains à dépendre ou non de la technologie que l’on invente.

En nous inventant un avenir cauchemardesque mais toujours réaliste, Black Mirror traite habillement des dérives de la technologie. Là où bon nombre de pantins taperaient très fort sur Internet et les jeux vidéos, créateurs selon certains pontes de la bien-pensance d’une génération aussi décérébrée que dangereuse,  la vision de la série est bien différente. Ce n’est pas l’invention en soi qui est gênante, ou qui mène a nos pertes, mais ce que nous en faisons justement.  Alors, effectivement, on pourrait retrouver ce coté moralisateur de comptoir qui nous crie « C’était mieux avant », sauf que pas du tout. A aucun moment, on ne regarde les protagonistes des différentes histoires de haut, et la plupart du temps, on se retrouve un peu, voire beaucoup, dans leur façon d’interagir avec les moyens technologiques qui leurs sont donnés. Du coup, ça te fait un peu regarder différemment ton smartphone dernier cri qui t’as coûté deux loyers, et c’est pas plus mal.

Vous pouvez reprendre le cours normal de vos activités.

f58d6cb0-8184-11e4-8e57-3b48f8911d85_black-mirror-101-national-anthem-02Et en plus, la question de notre traitement de l’information et de nos rapports aux différents médias est traitée ! Que demande le peuple ? Une série intelligente, mettant en avant les dysfonctionnements de notre société qui n’avance pas assez vite au regard des différentes sources dont le peuple dispose pour s’informer. Aux heures où seul le JT Yves Mourousi (#Thuglife) et le journal du coin étaient des sources fiables, se succèdent celles où les tweets et les vidéos amateurs font office de références, et Black Mirror montre avec un certain brio les séquelles que l’Infotainment peut laisser dans les esprits. Le premier épisode de la saison 1, intitulé « The National Anthem » traite d’ailleurs de ce sujet là, mettant un scène une politique désarmée face aux demandes d’un homme utilisant Youtube comme moyen de pression,et de chantage.

Ce qui n’est que fiction nous pousse alors à nous interroger sur la capacité de chacun au recul, à la réflexion sur les informations qu’il reçoit chaque jour, et à leur traitement. Un autre épisode met aussi en avant ce lien étrange et quelquefois pervers (coucou les télé-réalités à deux balles) qui nous unit aux écrans que l’on contemple de plus en plus chaque jour. Il s’agit du superbe « Fifteen millions merits », qui nous brosse le portrait d’une société où les hommes, pour s’en sortir, doivent s’aliéner physiquement, en pédalant chaque jour sur un vélo, afin de contrôler non seulement les images qui leur arrive (refuser de regarder les publicités coûte de l’argent), mais qui leur permet aussi d’accumuler des points, les fameux merits, qui leur permettent ensuite de participer à un télécrochet débile, où une bande de juges, aussi vulgaires qu’incompétents, leur attribue une place dans les différentes émissions de divertissement aussi avilissantes les unes que les autres.

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Difficile de ne pas établir un lien entre ce segment et les programmes qui pullulent sur nos écrans, nous proposant de suivre une bande de personnes dont tout le monde se moque au cours d’une aventure qui n’a pas d’intérêt. En plaçant le voyeurisme au centre de ses questionnements, la série nous invite à réfléchir sur les valeurs que nous mettons au cœur de notre société (rejets de certains individus, banalisation de la pornographie pour ne citer que celles-là). Je te promets qu’à la fin de la série, tu auras envie de jeter ton écran plat aux ordures, non sans avoir pris le soin de le brûler avant. Tout ça pour dire que la télévision, c’est pas forcément comme le cochon, tout n’y est pas bon, et un peu de tri sélectif ne fait de mal à personne.

Et vous allez la regarder, cette saison 3 ?

Parlons un peu de la dernière saison, sortie depuis peu sur Netflix. Comme toujours, la série tacle et aborde des sujets bien dans l’air du temps. On pense notamment au premier épisode, Nosedive , mettant en avant des angoisses et des comportements très actuels, comme la peur du jugement de l’autre, mais aussi son désir de lui plaire. Le principe de l’épisode est simple : tu es dans une société où tu es noté par tes pairs, sur une note de 0 à 5, selon ta façon de te comporter, mais aussi de te mettre en scène sur les réseaux sociaux. De quoi y songer à deux fois avant de ne pas dire au revoir au serveur de chez Starbucks, ou de mettre ce selfie où tu n’es pas forcement à ton avantage. Le lien entre cette description de la société et l’explosion de différentes applications utilisant un système de notations, tel que Trip Advisor, ou encore Uber,  est présent et nous permet une nouvelle fois d’explorer l’étendue de l’emprise que la technologie peut avoir sur notre vie quotidienne.

Et ouais mon petit père, c’est qu’aujourd’hui, on a tendance à tout noter, de la tête de ton pote sur sa dernière photo, au plat dégueulasse que tu as mangé au restaurant la dernière fois. Alors forcément, à un moment, ça ne passe plus, et c’est quand ça ne passe plus que les ennuis commencent pour notre héroïne, qui voit sa note dégringoler au fur et à mesure de ses mésaventures, somme toute quotidiennes, mais qui, au regard d’un système de notation arbitraire, prennent des aspects dramatiques. Imagine moi tout ça dans une ambiance tout en pastels et camaïeu de jolies couleurs, type comédies romantiques américaines.L’épisode, mettant en scène Bryce Dallas Howard dans le rôle principal, est d’ailleurs écrit par deux poids lourds de la comédie, Michael Schur et Rashida Jones, connu tous les deux pour leurs participations à la série Parks and Recreation.

Le second épisode qui m’a marqué dans cette troisième saison est San Junipero, qui nous raconte la rencontre entre deux jeunes femmes, à San Junipero. Parce que cet épisode ne saurait être ruiné à grands coups de spoilers lamentables, je ne t’en dirais que très peu. Sur fond de musique eighties, tu suis la trajectoire de ces deux filles, Yorkie et Kelly, et la romance qui naît entre elles. Elles sont jeunes, elles sont belles, elles s’aiment. Cela suffirait en soi à faire rendre n’importe quel épisode de série potable, mais comme d’habitude, la série nous surprend. Non, non, tu n’en sauras pas plus. Allez, si , mais pas trop quand même, histoire de ne pas gâcher le plaisir !

Le truc magnifique avec cet épisode, c’est cette notion que la technologie, pour la première fois de la série, n’est pas traitée comme étant quelque chose de pas totalement malsain.Malgré les dérives qu’elle peut entraîner, et qui sont, une fois de plus, exploitées de façon subtile au cours de l’épisode, elle nous est représentée comme un facteur qui permets de réunir les gens, parfois même comme un moyen de les faire se rencontrer. C’est une bouffée d’air frais dans l’univers de cette série , qui peut être oppressante. Il s’agit de mon coup de cœur de cette nouvelle saison, tant l’histoire est bien écrite et pleine d’émotions.
Fais comme moi, pleure un bon coup à la fin, et tout ira bien, tu verras.

Composée de 6 épisodes traitant aussi des jeux vidéos à réalité augmentée, ou encore du harcèlement en ligne, la série nous offre encore une fois un kaléidoscope des dangers qu’une technologie mal utilisée apporte.

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Verdict

Tu l’as forcément compris en lisant ces modestes lignes, Black Mirror c’est de la bonne, voire de la très très bonne came. Nous poussant toujours un peu plus loin dans nos retranchements, la série nous permet de mettre en lumière les différents vecteurs pervers qui pourrissent nos rapports à une technologie qui pourrait être salvatrice, si elle était utilisée uniquement à des fins nobles, comme la connaissance ou la découverte de nouveaux univers. Non seulement les épisodes sont bourrés de bonnes idées, mais en plus elles sont bien exploitées! Le lien entre les différents épisodes et les sociétés dystopiques à la Hunger Games est présent, sans pour autant dénaturer la série et lui enlever une originalité, pour le moins audacieuse. 

Mais ce n’est pas pour autant qu’elle nous invite à ressortir nos vieux Nokias 3310 de nos cartons, elle nous montre juste les dérives qu’une société régie uniquement par la technologie et le besoin d’avoir une reconnaissance sociale à travers elle engendre. Tu as quand même le droit de ressortir ton 3310 pour jouer à Snake, on est pas comme ça.

Je t’embrasse, et n’oublie pas, Big Brother is watching you.

 

KaMelaMela

Kamélaméla aime deux choses: la blanquette et Eddy Mitchell. Sinon, de temps en temps, elle va au ciné. Voila, vous savez tout.

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