Le château des étoiles, un format original pour une balade enchanteresse

Si vous avez la douce habitude d’errer dans les librairies en passant par le coin bande dessinée, alors peut-être avez vous remarqué un drôle de journal que les vendeurs ne savent pas où ranger ces temps-ci, tantôt dans un recoin sombre, tantôt sur un trépied bien mis en avant…. De très belles couleurs imprimées sur un papier similaire à celui d’un quotidien comme « Le Monde », voilà qui ne pouvait que m’intriguer au plus haut point. Une BD-journal mensuelle, c’est possible ça, aujourd’hui ?
La bande dessinée, depuis son apparition dans les années 1830 a été distribuée sous une multitude de formats : ainsi , ce sont en premier lieu les comic strips apparaissant dans la presse quotidienne américaine qui l’ont popularisée. L’album cartonné n’a pas toujours été le support le plus pratiqué, ou même privilégié pour diffuser le neuvième art. Certains nostalgiques gardent peut-être, soigneusement rangés dans leur grenier, les multiples exemplaires du fameux magazine de BD Pilote qu’ils ont accumulés au cours de leur jeunesse… (Je n’étais pour ma part pas né lorsque le projet s’est arrêté). Force est néanmoins de constater que cette diversité est nettement moins marquée aujourd’hui, tout du moins en occident, même si je suppose que quelques aventures de Picsou doivent encore paraître dans les kiosques.
C’est donc avec un plaisir manifeste que j’ai découvert la BD-journal du « Château des étoiles », conçue par Alex Alice ( le créateur, entre autres, de la série « Siegfried ») que je conseille à tous ceux qui, l’été venant, désirent lire des journaux un peu moins sérieux que d’habitude sur les terrasses des cafés.

Un support pratique, esthétique et peu coûteux.

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Les trois premiers numéro du « Château des étoiles ». Stylé.
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Le quatrième numéro de dos

Certains me prendront pour une truffe, car la parution de la série a commencé il y a plus d’un an… De mai à juillet 2014, Alex Alice a en effet publié les trois premiers épisodes de son histoire. La publication a repris depuis le 10 mai et le cinquième journal vient de paraître. N’ayez pas peur, cependant, de ne pas commencer par le début ou même de n’acheter qu’un épisode. Le support de l’œuvre invite justement à piocher dans l’histoire, d’autant que les précédentes péripéties sont plutôt bien résumées au début de chaque nouvelle parution. Le fait d’avoir commencé cette année ne m’a pas gêné, même si je pense mettre la main d’une façon ou d’une autre sur le début de l’intrigue.
Vous êtes d’autant plus invités à ne pas vous priver d’acheter un numéro du « Château des étoiles » que le journal est peu coûteux : 2,95 euros pour environ 25 pages. A mettre en perspective avec certaines BD à 13,50 euros ou plus pour 48 pages. Là encore, le format journal agrafé grand format est réellement appréciable et peut faire la différence pour ceux qui sont frileux à l’idée d’investir des cent et des mille dans des BD qu’ils ne connaissent pas.
Je dirais enfin tout simplement que chaque opus est un bel objet, qui peut être facilement recyclé, contrairement à une bande dessinée classique, destinée à traîner sur une étagère aussitôt sa lecture terminée. Certaines double-pages font de très beaux posters à afficher dans un coin dégarni de sa chambre, ce pour une somme modique. 
Bref, le support original de l’œuvre d’Alex Alice a de multiples avantages concrets, bien que, personnellement, la sensation du papier et l’odeur qui s’en dégage suffisent à me faire craquer. « Mer il et fou ». 

On a compris que tu kiffais les journaux mais ça vaut quoi ?

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En ballon sur la lune… Swaggy swag !

Alex Alice a cette fois-ci repris une ancienne thématique, qui demeure toujours aussi belle et inspirante au cours des âges : le voyage vers la lune. La plupart connaissent l’œuvre de Jules Verne De la terre à la lune, ainsi que l’œuvre cinématographique de Méliès qui en est tiré,  « Le voyage dans la lune ». Mais le fantasme d’une traversée de l’éther jusqu’à l’astre sélénite est bien plus ancien encore. Cyrano de Bergerac déjà dans son livre Histoire comique des États et Empires de la Lune se rend sur cette dernière avec une sorte de fusée avant de créer un monde singulier peuplé de séléniens. Plus récemment, la fabuleuse série (BD) De Cape et de Crocs réactualise de magnifique manière cet héritage. L’univers d’A. Alice n’est donc pas réellement originale mais convoque une littérature et un imaginaire dense qui parlent à tous.chateau-etoiles-tome-2-journal-4-naufrages-ci-L-OkcpJU
L’histoire est relativement simple : à la fin du XIXème siècle, le roi Ludwig de Bavière est passionné par la construction de machines volantes et engage un chercheur et son fils afin de parvenir à naviguer dans l’éther…. Ce qui n’est pas sans attirer les convoitises de vilains à moustaches!  Après un certain nombre de péripéties, le roi et un petit groupe de compagnons parviennent à décoller sur un éthernef, en route pour une dangereuse mais merveilleuse aventure spatiale. Le récit est bien mené, non dénué d’un humour qui évite toute pesanteur excessive au fil des pages… (Je pense notamment au petit personnage de Hans, espiègle et rafraîchissant). Un ton relativement enfantin, des inventions et des idées parfois farfelues, une rencontre entre la raison et le rêve, voilà qui garantit une œuvre sans prise de tête.
Par dessus-tout, je tire mon chapeau, encore une fois, à la qualité de l’impression qui nous permet de bénéficier de très belles couleurs et dessins. Certains de ceux-ci peuvent prendre une double page entière et régalent  véritablement nos yeux. Il en ressort une immersion  rapide, qui justifie d’autant mieux la possibilité d’un arrimage à l’éthernef en cours de route ne gâchant pas le plaisir de la lecture, même si les personnages auront du mal à prendre autant d’épaisseur que dans une histoire suivie de bout en bout.

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 Même si, vous l’aviez bien compris, je suis un très très grand fan du journal, l’œuvre crée par A. Alice vaut le coup d’œil quel que soit son support. Poétique, rêveuse, emplie de réminiscences mythiques  mais sans lourdeur aucune, Le château des étoiles mérite qu’on y prête attention. Sachez à cet égard que si par malheur vous avez raté la publication de tous les journaux, l’histoire est rééditée en format BD cartonnée standard (avec tous les inconvénients que cela peut présenter néanmoins…). L’étourdi pourra donc sans doutes trouver son bonheur très prochainement avec l’intégralité de la série dans les rayons des librairies. Reste qu’il est sacrément dommage de ne pas avoir au moins un petit journal. Pour l’odeur, la nostalgie, la satisfaction de tourner ces grandes pages gauches objectivement fort peu pratiques…

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La BD standard

Graour

Errant dans les mondes vidéoludiques depuis mon plus jeune âge, j'y ai développé quelques troubles psychiques. Mais rien de grave, rassurez-vous. D'ailleurs, pour me remettre les idées en place, je lis du Lovecraft, fais des soirées Alien et imite Gollum à mes heures perdues. Tout va bien.

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