Her Story, Google investigator

Her Story est LE jeu indé qui fait parler de lui en ce moment, à peu près tous les critiques crient au génie, vantent la richesse absolue du titre et les émotions qu’il provoque. Nous devons ce miracle divin au game designer Sam Barlow, surtout connu pour avoir bossé sur Silent Hill : Shattered Memories, et ici le bonhomme a pondu un espèce d’ovni narratif (presque) tout seul dans son coin.

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Her story tape dans le minimalisme niveau interaction, vous vous retrouvez devant une interface de logiciel au doux parfum de Windows 3.1, votre seule possibilité d’action est de taper des mot-clés sur un moteur de recherche archaïque. Ces recherches feront ressortir un maximum de cinq vidéos que vous pourrez visionner pour en tirer des informations et faire une nouvelle recherche, reconstituant ainsi les évènements que vous devez découvrir. Tous ces enregistrements sont les bouts d’interrogatoires d’une jeune femme, sur plusieurs jours, dans un commissariat, et ce sera à vous d’en reconstituer une histoire cohérente.

HerStoryDesktop

La première fois que vous lancez le jeu, un mot-clé est déjà pré-rentré, « murder » (oui, c’est tout en anglais, démerdez-vous), vous dévoilant ainsi cinq vidéos pour démarrer vos recherches. On va dire sans trop spoiler qu’un meurtre a eu lieu et que vous devrez apprendre qui ? Quoi ? Pourquoi ? Comment ? Où est le chat ? Quel chat ? etc… Dans la forme, les vidéos sont de vraies films, pas de 3D, de dessins, c’est une vraie actrice qui a joué son personnage et vous devrez scruter ses réactions, ses mimiques, pour vous faire une idée de ce dont elle parle et de ce qui vous est caché au milieu de toutes ces bandes.

HerStoryDans la forme, le jeu s’amuse à envoyer les vidéos en format 4/3 sur un bon vieil écran cathodique des familles pour faire vintage, ça marche vraiment bien parce que ça nous plonge dans l’ambiance directement, et les reflets sur l’écran permettent quelques petits détails rigolos que je vous laisserai découvrir. Pendant les premières vidéos, on se dit que le jeu de l’actrice est un peu pourri, puis au fur et à mesure on se demande si c’est pas le jeu du personnage qui est pourri et que l’actrice le joue parfaitement, on le saura peut-être un jour… Cette actrice m’a pas subjugué mais elle fait son office, l’histoire s’installe bien à travers elle et c’est peut-être le principal.

Ce mode de narration permet au créateur d’expérimenter un nouveau concept de jeu qui laisse le joueur découvrir à peu près tout par lui-même, on joue les détectives en cherchant les indices et les références, en notant tout les mot-clés sur un petit bout de papier pour les chercher ensuite dans la base de données et découvrir de quoi la bonne femme à l’écran peut bien parler. C’est un pari osé et une expérience narrative très innovante mais je suis quand même loin d’être en extase comme pas mal de journalistes qui n’hésitent pas à balancer sur « best detective game ever », « une des plus belles surprises de l’année », du 10/10 et des superlatifs à la pelle.

False detective

Ici, si on se contente de faire des recherches d’un seul mot avec les indices présents dans les films, on arrive à la conclusion en moins de deux heures : C’est simplement une vidéo où l’actrice te raconte carrément toute la vérité en un coup. Il n’y a pas de subtilité dans la démarche, le scénario comporte un twist (qui n’est en soi pas d’une originalité folle mais laisse une petite part d’interprétation) et le reste de l’histoire n’est pas vraiment du thriller de haute volée. Une fois qu’on a compris, le reste des vidéos n’a que très peu d’intérêt.

Sam Barlow est un game designer qui étudie beaucoup la psychologie des personnages mais surtout des joueurs, on l’avait déjà constaté dans l’épisode de Silent Hill qu’on luit doit, où des séquences de psychothérapie influençaient le reste du jeu selon vos résultats. Mais on peut surtout faire un parallèle assez évident entre Her Story et le premier projet du créateur datant de 1999, Aisle qui est jouable ici, un jeu textuel qui place le joueur dans un supermarché. Vous n’aurez qu’un seul mouvement à faire avant la fin du jeu, mais des dizaines de possibilités, et c’est en recommençant le jeu que vous reconstituerez l’histoire du héros (Spoiler : y’a des gnocchis). Le principe du gameplay est le même sur son dernier titre, laisser le joueur se débrouiller tout seul pour reconstituer une histoire morcelée dans le sens qu’il veut.

 

Her Story est dans la continuité de cette recherche de storytelling non-linéaire et reste une expérience narrative qu’il serait dommage de rater, mais il aurait du être moins « évident » pour me marquer vraiment. C’est un game design élégant et futé mais qui ne va pas assez loin, j’aurais aimé une histoire à tiroirs, de multiples surprises, des indices visuels, sonores, des mensonges éhontés, des preuves qui se recoupent. On se contente d’écouter le témoignage, de noter un nom ou un mot qui parait important de temps en temps, et la solution nous tombe dessus toute seule sans prévenir, c’est vraiment dommage. J’ai presque l’impression qu’on a un prototype qui aurait pu être destiné à un éditeur en vue d’un développement futur, plutôt qu’un jeu entier et fini, on est toujours dans la catégorie du « proof of concept » ici.

Verdict

Her story est décevant dans sa portée mais on va dire que c’est pas bien grave vu le prix (5.99 eurodollars sur GOG, Steam ou directement sur le site web), donc si vous voulez vous essayer à une expérience narrative intéressante, n’hésitez pas, mais ne vous attendez pas au chef d’œuvre scénaristique du siècle…

Lâche ton cri

  • 21 octobre 2015 at 13 h 34 min
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    Totalement d’accord avec la conclusion. C’est une expérience narrative intéressante, presque une performance au sens art contemporain, mais l’aspect ludique est extrêmement limité.

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