Neocast, les vidéastes du web dans leur milieu sauvage

Nous avons envoyé nos agents infiltrés Nemarth et Bolchegeek observer les vidéastes des internets dans leur milieu sauvage à Neocast, la convention qui s’est tenue à Strasbourg les 16 et 17 mai. Nous les avons récupérés vivants pour qu’ils fassent leur rapport.

Les boss finaux des Internets

La création de contenu vidéo sur internet fait maintenant partie du paysage culturel. Entre professionnalisation et succès rencontré par des gens pourtant amateurs, on ne manque ni de quantité, ni de qualité. Le développement de plateformes comme Youtube et les réseaux sociaux, mais aussi la démocratisation du matériel et du savoir-faire multimédia, a bouleversé aussi bien ce que nous consommons que ce que nous créons. Pour beaucoup, internet a totalement remplacé la télévision. Certains, qui ont connu le 56k et les disquettes, sont irrémédiablement passés de l’une à l’autre, d’autres, plus jeunes, sont nés avec le web et les smartphones. Ils ont grandi avec le Joueur du Grenier comme nous avons pu grandir avec le Club Dorothée.

Le phénomène est d’autant plus important en France que notre télévision sent le formol, contrairement aux anglo-saxons qui, s’ils ont certes le pire, ont au moins pour eux d’avoir le meilleur. Si leur téloche balance des séries que le monde entier leur envie (et que nous regardons essentiellement… sur le web) et des talks shows où l’on parle vraiment de sujets de société entre deux sketchs hilarants, nous n’avons ni notre HBO, ni notre BBC produisant du Doctor Who. Alors pour qui le goût de Louis la Brocante et de Jean-Pierre Pernaud ne procure que nausée, on se reporte sur un autre contenu, celui que l’on choisit et qu’on partage, aussi amateur soit-il : on s’est petit à petit mis à préférer l’imperfection technique à la nullité professionnelle. Résultat : nous avons permis l’avènement d’un paysage culturel où des passionnés ont fini par faire mieux, à tous les niveaux, que notre ORTF privatisée et pétée de pognon. Sérieusement, depuis la fin de C’est Pas Sorcier, quelle émission TV pédagogique peut prétendre être aussi bonne qu’E-Penser ou les Revues du Monde ?

Oh certes, le web est aussi une immense décharge et il peut s’avérer aussi formaté et opportuniste que sa grande sœur hertzienne (qui a déjà commencé à y mettre ses billes ou à y récupérer des talents) mais sa liberté créative et de ton lui permet de proposer autre chose.

Places to go, people to see

Pour voir ces vidéastes de France et de Navarre, il fallait jusque là souvent se rendre dans pléthore d’événements japonisants. Étrangement, il semblait que seules ces rencontres avaient les épaules pour déplacer des youtubeurs et leur foule d’abonnés. Un état de fait un peu absurde, tant ils ne semblaient pas spécialement liés à cette culture, et assez irritant pour qui ne tient pas spécialement à jouer des coudes au milieu de lolitas sur fond de générique d’anime. Puis il y a eu Neocast : une convention uniquement consacrée aux vidéastes du web. Bon, certes, il y avait un groupe de J-Pop et des cosplays dont on n’a pas toujours compris la pertinence… Mais on avait enfin un lieu pour nous réunir autour de cette culture des émissions web !

Autant dire que pour une première, le casting était assez impressionnant et de qualité. L’organisation aussi, malgré quelques moments de bordel. En gros, une immense salle bourrée de stands et deux autres consacrées aux conférences et ateliers. Une fois là-dedans, il fallait aller prendre un ticket pour une conférence. Au début un seul, ce qui était assez frustrant, quoique compréhensible, puis on a pu se servir un peu plus une fois les attractions phares complètement bookées. Pour les dédicaces, c’était à la one-again, sauf pour les grosses stars Antoine Daniel, Linksthesun et Aziatomik, qui avait leurs tickets. Le même système a été mis en place le dimanche pour des gens comme E-Penser ou le Fossoyeur, dont le succès avait peut-être été sous-estimé.

neocast file attente chaosExemple du phénomène des « files d’attente du bordel absolu mais dans la bonne humeur »

A partir de là, Nemarth et moi-même avons vite mis au point notre méthode : on a vite fait le deuil d’aller voir Antoine Daniel ou Linksthesun en dédicace ou conférence parce que ça nécessitait souvent de se priver de beaucoup d’autres évènements et d’attendre pendant des plombes. A la place, on a préféré aller à un maximum de trucs et aller papoter avec les vidéastes selon leurs disponibilités. Une stratégie dont nous ne sommes pas peu fiers puisque nous avons pu faire pas mal de conférences/ateliers (on a bien squatté Gorkab), faits des rencontres fantastiques au détour des couloirs (ou des pauses clopes) et découverts des talents que nous avions tort d’ignorer (la conférence sur la zététique de la Tronche en Biais est l’une de celles qu’on a préféré alors qu’on y allait par hasard… mon dieu cette performance scénique !).

Concernant les dédicaces, nous avons été pas mal impressionné par le temps qu’accordaient la plupart des invités à leurs spectateurs, malgré la foule. Mais c’est surtout les conférences et ateliers qui sont un excellent point de cet évènement : au lieu de se contenter de petits questions/réponses en mode fanboys, les intervenants proposaient des sujets intéressants et adaptés à leurs émissions (le Fossoyeur et E-Penser causant de la science au cinéma, Danycaligula et Pouhiou sur les droits d’auteur ou des conseils aux nouveaux venus par Antoine Daniel). On espère sincèrement que cette effervescence sera la marque de fabrique de cet événement, à qui on souhaite longue vie.

Cri du Troll Investigation : les Français ont le droit de savoir

On vous renvoie à notre petit reportage pour les rencontres que nous avons filmées. Et en attendant, voilà ce qu’on a appris :
neocast vidéastes

– La Délirium en pinte de l’Académie de la Bière, ça fait mal à la tête. On ignore toujours pourquoi les strasbourgeois, mieux placés que nous pour prononcer correctement « flammekueche », utilisent le terme « tarte flambée ».

Thomas Olland utilise sa notoriété pour taxer des clopes, ce vil opportuniste.

E-Penser est un être surhumain capable de dédicacer sans manger de 9h30 à 19h, puis de continuer avec le même enthousiasme à parler aux gens dehors. Nous enquêtons actuellement pour savoir s’il s’agit en fait d’un robot mutant.

Gorkab se déplace en convention avec un pistolet nerf, ce qui est la marque des hommes de goût.

Vled Tapas considère que la couleur jaune est – je cite – « grotesque ». Il ne s’est pas encore expliqué officiellement sur ses propos.

Axolot dédicace avec la phrase « Reste curieux », ce qui pose des soucis de droits vis-à-vis d’E-Penser. Une bataille juridique est en cours.

Pouhiou utilise l’argent du Youtube Game pour distribuer des capotes en convention, ce qui est bien urbain de sa part.

DanyCaligula nous a fait remarquer que le fait de s’appeler Trolls et de faire des articles de fond argumentés était un peu la plus belle façon de troller actuellement (un genre de méta-troll).

– Je n’arriverais jamais à prononcer correctement du premier coup « French Food Porn« .

Le Fossoyeur de Film est capable d’assurer une conférence au petit matin même lorsqu’il sort manifestement de la douche et qu’il est clairement au radar.

Popee nous a démontré qu’il était une très mauvaise idée d’expliquer le jeu du Titre au début d’une conférence bondée (Jeu qui consiste à crier « Titre ! » quand quelqu’un vient de prononcer une phrase pouvant être le titre d’un mauvais film porno).

– La Vidéothèque d’Alexandrie est une bande de joyeux lurons.

Histoire Brève regarde les vidéos Bolchegeek, ce qui fait de lui, sur une échelle de 1 à 10 et en toute objectivité, l’une des meilleures personnes du monde.

Verdict

Neocast est une première à de nombreux égards. Une première bienvenue et bien menée, dont on espère qu’elle va perdurer, d’autant que l’orga a cherché à corriger les quelques petits couacs en « temps réel », ce qui n’augure que du bon pour les prochaines éditions. La création internet francophone a désormais un endroit consacré à elle seule, ce qu’elle mérite depuis bien longtemps. Comme en plus, c’est dans une belle ville qui aime la bière et les saucisses, on y retournera.

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