Les Quatre Brigands du Huabei : de cape, d’épée et d’amitié

Ça faisait bien longtemps que je voulais vous parler des Quatre Brigands du Huabei, roman de wuxia taïwanais particulièrement singulier. Le wuxia, c’est l’équivalent chinois de notre roman de cape et d’épée : le mot signifie littéralement « héros/redresseur de torts martial » et met en scène des sortes de chevaliers errants se servant de leurs talents martiaux pour aider la veuve ou l’orphelin ou ce genre de trucs. Les vieux de la vieille du Cri du Troll se souviendront peut être d’ailleurs du terme « wu xia pian » (film de héros martial) que j’avais utilisé pour décrire L’Homme aux Poings de Fer

C’est qui celui-là ?

gu long
Feu l’auteur

Gu Long, nom de l’auteur, ça ne vous dit sûrement rien. Je n’en avais moi-même jamais entendu parler et je dois vous avouer que ce livre est tombé entre mes mains purement par hasard, alors que je flânais dans une librairie. Il faut dire que, si en France le bon ami Gu Long n’a eu droit qu’à trois traductions de ses bouquins, c’est une autre paire de manches en Chine : il a quand même écrit la bagatelle de 70 œuvres vendues à des millions d’exemplaires et en a même adapté quelques unes sur grand et petit écran. 

Comme dit dans l’introduction, Gu Long est spécialisé dans le wuxia, et les Quatres Brigands du Huabei sont un parfait représentant de son style (selon ce que j’en ai lu). Si le wuxia de Gu Long est souvent comparé à nos romans de cape et d’épée, ayant en commun des personnages aventuriers, fine lame, allant de rebondissements en coups de théâtre, l’écriture en est différente. Les descriptions y sont rares et sommaires, ne servant qu’à planter un décor simple ou à montrer une attitude très rapidement (à la manière d’une didascalie).

Ceux qui cherchent une gross

e documentation sur la Chine d’alors  peuvent ainsi passer leur chemin : ici on ne s’embête pas à ancrer le récit dans une époque précise, on est plutôt dans le flou à ce niveau là, un peu comme dans un conte populaire. De même, les Quatre Brigands du Huabei n’est en rien un traité d’arts martiaux, et les batailles des personnages mettent plus l’accent sur les ruses et les intentions que sur des techniques précises.

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Un téléfilm basé sur l’un de ses personnages, Xiaio Shiyi Lyang

A vrai dire, le cœur du récit est le dialogue. L’énorme majorité du livre est constitué de répliques entre les personnages, et notamment de vannes. Car les Quatre Brigands du Huabei  est extrêmement drôle, et aux joutes à l’épée contre leurs ennemis se superposent des joutes verbales tout aussi passionnantes. L’avarice en description des décors et la richesse des dialogues, appuyées comme je le disais plus haut de « didascalies romanesques » (je sais pas si ça se dit mais vous voyez, quoi), peuvent faire penser au théâtre. 

C’est qui ceux-là ?

Bon alors, ils font quoi nos brigands dans ce livre ? Ils arnaquent, volent et roulent les puissants et les gens de peu de scrupules pour nourrir la veuve et l’orphelin… et eux aussi, accessoirement. Wang Dong, Yen Tsi, Kouo Dalou et Lin Taiping sont quatre, mais sont loin d’être des mousquetaires. On est plus proche de Robin des Bois et sa clique. Bien que nobles dans la langue, dans les attitudes et dans

les valeurs, nos héros sont clairement des marginaux. Ils fréquentent les enfants de la balle, les usuriers, les patrons de gargotes et tout plein de villageois sans s’approcher des hautes sphères. Cela explique surement la facilité du public à s’identifier à eux. Certains dialogues écrits dans le livre auraient très bien pu s’entendre au sortir d’un kebab ou à la terrasse du bar du coin (surtout que les quatre brigands s’en envoient pas mal derrière la cravate !).

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Il semblerait qu’il existe un MMORPG appelé « New Gulong ». Mais dès que j’essaie de me documenter un peu c’est en chinois donc…

Nous sommes dans un roman de wuxia, le cœur du livre est donc la baston d’arts martiaux. Mais autour de cela, Gu Long développe ses thèmes principaux avec une intelligence rare. Les héros ont tous eu, avant de se rencontrer, des histoires assez troubles et ont laissé des ardoises. Les spectres de leur passé viendront régulièrement les hanter -parfois littéralement, car le livre comporte une dose de fantastique- mais c’est toujours ensemble qu’ils lutteront contre. L’amitié qui lie nos quatre brigands transparaît durant tout le livre, elle transpire même et en devient communicante, si bien que le livre aurait presque pu s’appeler les Cinq Brigands du Huabei, avec le lecteur en personnage-guest.

On y voit aussi développer une philosophie de vie, à la fois simple et digne. Dans les Quatre Brigands du Huabei, nos héros squattent tous chez Wang Dong, le seul à avoir une maison. Ils sont la plupart du temps sans le sou, mais profitent de leurs rares deniers pour se payer (beaucoup) à boire et à manger, rien de plus. Pourtant, bien que marginaux, toute la bande porte les valeurs nobles de loyauté, de générosité, de sacrifice. L’amitié qui les lie, conjuguée à ces grands préceptes, émouvra le lecteur à coup sûr. L’argent ne fait pas le bonheur, comme on le voit ici, mais de véritables amis oui. Conclusion empreinte de naïveté, j’avoue, mais des fois ça fait du bien. 

Verdict

couverture

Les Quatre Brigands du Huabei est un livre unique en son genre (ceci étant dû au fait que les autres livres du genre ont du mal à arriver en France). Le wuxia écrit par Gu Long est facile et agréable à lire, libéré de descriptions fastidieuses pour laisser place à des dialogues savoureux, souvent drôles et toujours spirituels. Le bouquin n’oublie pourtant pas de balancer de jolis moments de bravoure endiablée, portés par des personnages hauts en couleurs, attachants et valeureux dans le plus beau sens du terme. Il est agréable de pouvoir lire des héros à la fois simples mais animés de sentiments nobles, dans un récit populaire appelant à rester digne dans sa simplicité et infaillible dans son amitié. Énorme coup de cœur pour ma part. 

Petrocore

Tout comme Narfi, Petrocore est issu de la sous-espèce des Trolls du Périgord (d'où son nom). Il se nourrit de tout ce qui passe à sa portée du moment que ça a été cuit dans de la graisse d'oie, voire de canard. Parce qu'il aime le gras, Petrocore est surtout versé dans la musique métal brutale et toutes sortes de produits faisant preuve d'un bourrinisme sans failles ou d'un humour pas fin.

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