Sandman : j’en rêve encore !

Les marchands de sable dans la culture, il y en a des tas. Qu’ils accompagnent un nounours adorable pour coucher les enfants, ou qu’ils viennent vous trucider à grands coups de lames-griffes dans un slasher gore, chacun y va de sa version. En 1987, il est temps pour un certain Neil Gaiman de sortir la sienne, hallucinée et poétique à en pleurer.
Fermez les yeux, et laissez-vous bercer par les bras de Morphée.

Till the Sandman he comes

Sandman. Par où commencer ?
Peut-être par son papa, Neil Gaiman. Britannique et mon auteur favori de son état, le bonhomme a été depuis sa plus tendre enfance plongé dans les bouquins de Tolkien, C.S. Lewis, Lewis Carroll et autres Edgar Allan Poe. Influence que l’on retrouve énormément au sein de ses œuvres, mais surtout dans son œuvre maitresse, Sandman.
Mais qui est le Sandman ? C’est Morphée, Oneiros, Kai’ckul, L’Zoril, et Murphy pour ses intimes. Il est plus qu’un dieu. C’est un Éternel. Un être aussi, si ce n’est plus vieux que l’univers.
Au nombre de sept, ces entités, véritables incarnations de concepts tels que la Mort ou le Rêve, se révèlent finalement diablement humaines et forment une famille dysfonctionnelle qui est la cause de la plupart des intrigues du comics passé son premier tome.
Le Sandman lui, est l’Éternel responsable des rêves de tous les êtres vivants. Il EST le Rêve.

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Rêve c’est lui là, avec sa peau blanche naturelle à faire bander tous les membres des membres du groupe KISS

Le début de notre roman graphique commence tandis qu’un mage anglais tente, au début du siècle précédent, de capturer la mort, ceci afin de se rendre immortel. Manque de pot (et surtout, de talent) l’homme ne parvient qu’à capturer le petit frère de Thanatos, Morphée. Ses outils de pouvoir volés par ceux qui l’ont invoqué, ce dernier se retrouve alors emprisonné pendant des décennies, attendant la première erreur d’attention de ses geôliers pour s’enfuir. Après tout, du temps, il en a à revendre.
Le problème, c’est qu’au dehors, beaucoup d’incidents sont provoqués par l’absence de Rêve. Les gens ne dorment plus ou restent constamment éveillés. Les cauchemars sont en roue libre. Les rêves se font la malle. Et lorsque Rêve arrive finalement à s’échapper des griffes de ses geôliers, il découvre son Royaume, le domaine du rêve, en ruines. Il est affaibli par ses années de captivité, ne possède plus aucun de ses artefacts, et son royaume tire salement la tronche. C’est un peu votre lundi matin, à l’échelle d’un siècle.

La première de ses décisions va être d’aller à la recherche de ses artefacts : son masque, son amulette et sa bourse de sable. Cette recherche qui durera la majorité du premier tome, va l’amener à croiser des membres de l’univers DC, de John Constantine et son cancer, en passant par Jonathan Crane (les vrais savent) ou encore J’ohn J’onzz (les vrais s’en battent la betterave), mais aussi, et surtout, à aller en enfer où il croisera le roi des lieux, Lucifer (dont le design est basé sur David Bowie, rien que ça !).

Lucifer
Lucifer Bowie ou David Morningstar? Nul ne saurait le dire.

Lucifer qui aura droit à une intrigue beaucoup plus poussée dans la suite de notre histoire, laissant la place à des moments de contemplations où votre humble serviteur a appris à regarder les couchers de soleil, et à appréhender la fatalité et le destin d’un autre œil, oui, rien que ça. Lucifer par ailleurs, aura même droit à son spin off au sein de l’écurie DC, spin off adapté en série cette année, mais c’est une autre histoire, qui prouve néanmoins l’importance et la classe Abitbolienne du personnage créé par Gaiman.

Qu’est-ce que c’est les histoires ?

Au milieu de sa trame narrative principale, qui amène le Sandman à chercher ses outils de travail mais aussi à reconstruire son royaume ou à interagir avec sa famille, ou bien encore à réparer les erreurs et autres turbulences du domaine du rêve causées par des humains, Gaiman introduit de nombreux chapitres one-shot, nous racontant une partie de l’histoire du Sandman, déconnectée de cette trame principale, mais nous permettant de mieux cerner notre personnage et ses relations. Le tout premier de ces chapitres nous présente ainsi la relation fraternelle qui unit Morphée et Thanatos (je défie quiconque de ne pas tomber amoureux de celle-ci), tandis qu’un autre nous montre sa relation avec un humain immortel, introduisant dans le fond des personnages secondaires insignifiant qui resurgiront des dizaines de chapitres plus loin.
Et c’est au final ce qu’arrive le mieux à faire Sandman. Créer un monde mythologique vivant, foisonnant de personnages mineurs, mais bien présents (Big Up à Lucien, Eve et Matthew), un monde changeant, rempli d’histoires dans les histoires et parfois même dans l’Histoire, certains chapitres nous ramenant dans le passé, où Rêve côtoie entre autres Shakespeare, Robespierre, Auguste, Marco Polo ou encore l’immense empereur des Amériques Joshua Norton.

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OKLM sur la plage avec l’ami Bill

Sandman aborde ainsi le thème de l’histoire, du conteur, des contes. De ce qui fait le mythe. De la beauté de la narration. Thème cher à Neil Gaiman qu’il aborde constamment dans ses œuvres, que ce soit Anansi Boys ou Nobody Owens (que je vous recommande plus que chaudement par ailleurs). Mais en vérité je vous le dis, tout a commencé avec le Sandman et ce dernier fait en cela une excellente porte d’entrée dans l’univers de son brillant auteur.

Autre thème récurrent chez Gaiman et qui est prépondérant dans l’histoire de notre Éternel, celui de la famille. Et nom de Dieu, qu’est-ce que cette famille Adams cosmique est attachante. Je ne peux pas trop vous en dire, ce serait vous gâcher la surprise de la découverte de chacun d’entre eux. Mais j’aime ces sept personnages. Leurs interactions, leurs valeurs, leurs humours. Leurs blessures aussi. Je les aime dans leurs réunions familiales. Et je les aime quand ils sont traités à part, un par un.

Et les dessins ? Tu les aimes les dessins ?

J’y viens Brigitte. En vérité, la série n’a pas de dessinateur attitré, exception faite des couvertures réalisées par l’immense Dave McKean.

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Dave McKean et le Sandman, la bôtéy.

A part la présence à la barre du père McKean donc, les illustrateurs changent d’un chapitre à l’autre voire même d’une page à une autre. Ce qui donne des choses très bizarres où un même personnage ne se ressemble pas dans la continuité de l’œuvre.

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Dans le tome 2 Lucifer s’est fait peroxyder, et devient bien moins Bowiesque.

Ce qui pourrait paraitre rebutant, étrange et désagréable à première vue crée en fait une espèce de flottement au cours de votre lecture et vous fait vous sentir comme dans un rêve. L’agencement des cases et des bulles amplifie ce sentiment, avec par exemple un chapitre se déroulant dans le monde normal de la réalité véritable et se lisant de façon classique, tandis que le passage dans le domaine du rêve vous poussera à pencher votre fidèle bouquin dans un sens puis dans l’autre afin de lire ce que raconte Morphée, tandis que d’autres passages sont remplis de faux raccords curieux, soulignant la nature intangible du monde de Morphée.

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Intangible, on a dit !

Volonté de vous retourner le cerveau donc, d’autant plus appuyée par les bulles de dialogues de Morphée, et d’autres Éternels, qui soulignent leur appartenance à un monde éthéré.

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Quand le Sandman parle, sa voix résonne directement dans votre subconscient.

En cela les dessins, et l’organisation de ceux-ci, rappellent constamment l’histoire que l’on nous raconte, celle du Rêve, et il n’est pas rare d’émerger de Sandman après plusieurs heures de lecture en se demandant si on a effectivement lu, ou bien rêvé un drôle de rêve, touchant, un peu effrayant et barré.

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Si vous aimez un tant soit peu la poésie, la contemplation, les frissons, les mythes, l’Histoire et les histoires, petites et insignifiantes, qui font de la grande ce qu’elle est, les contes surtout, et les personnages uniques, vivants et attachants, si vous aimez ne serait-ce qu’une seule de ces choses, alors Sandman est fait pour vous.
Lisez Sandman. C’est un conseil honnête, et je n’y gagne pas un brouzouf. Vous, vous y gagnez une belle découverte et une aventure mélancolique et fantasmée au pays des songes, et dans l’univers riche et fantastique de Neil Gaiman.
Faites de beaux rêves !

Narfi

Narfi a été accueilli au sein du Cri malgré sa nature de troll des forêts du Périgord, une sous espèce cohabitant rarement avec ses cousins des plaines Limougeaudes (Petrocore constituant la seule exception connue des Trollologues) Crasseux et vulgaire, poète dans l'âme, il aime à rester au fond de la tanière pour lire des bédés et jouer sur son PC, insultant de sa bouche pleine de poulet frit tous ceux croisant son chemin dans les dédales des internets.

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