Snake Pass : enfin un jeu de plates-formes vraiment original

Vous l’ignorez sûrement mais en ce qui concerne les jeux de plates-formes je suis, comment dire… Kinético-déficient. Je fais des sauts à la courbe contrariée, je suis aussi agile qu’un éléphant de mer dans une forêt et j’ai la précision d’un cyclope borgne, bref ! Je suis nul… Astronomiquement nul. À tel point qu’aux soirées Rayman Legend ou Origins je ne connais mon héros que sous la forme d’un ballon qui flotte sur le bord gauche de l’écran et je n’ai même jamais compris comment finir le premier niveau de Sonic.

Pourtant le jeu de plates-formes aussi impossible qu’il me semble être, est un genre qui m’a toujours attiré (pour le plus grand bonheur de mes proches qui prennent un plaisir non dissimulé à me regarder me vautrer en boucle sur le premier saut du jeu). J’en ai essayé des dizaines, tous se vantant de renouveler le genre ou de le moderniser, entre autres : Little Big Planet (avec toutes ses fabrications), Outland (et ses changements de couleur de plates-formes millimétrés), Ori and the Blind Forest (qui a mis mon PC à genoux) ou encore le célébrissime Super Meat Boy (je vous laisse imaginer les océans de viande morte dans l’animation de fin de niveau)… Avec, à chaque fois, l’espoir que celui-là, enfin, sera celui auquel j’arriverais à jouer.

Je n’ai vu la fin d’aucun de ces jeux et ils m’ont tous découragé tant mon manque de précision finissait toujours par me faire « rage quitter » et surtout ils n’ont jamais réussi à me convaincre de leur originalité. Je continuais de buter inlassablement, jeux après jeux, sur les mêmes obstacles. Jusqu’au jour où mon chemin tortueux rempli d’empalements et de chutes dans le vide a croisé celui d’un serpent et d’un colibri.

Pas de bras…

Snake Pass nous conte les aventures de Noodle et Doodle, le serpent et son meilleur ami le colibri, qui vont tenter de protéger leur monde perturbé par une ombre mystérieuse. La présentation « à l’ancienne » ravira les fans des jeux de plates-formes de la période N64/PS1 : l’univers cartoon et coloré, les niveaux petits et particulièrement labyrinthiques ne seront pas sans rappeler Spyro ou Crash (et ne cherchez pas, je suis aussi nul dans les plateformers 3D que 2D). L’objectif de chaque niveau est simple : l’ombre mystérieuse attaque et déloge les trois cristaux qui relient les mondes entre eux, votre but est donc de retrouver ces pierres et les remettre à leur place pour passer au niveau suivant.

L’air délicieusement crétin du serpent est un énorme plus !!

Pas d’ennemi, ni de temps limité, rien ne viendra perturber artificiellement votre progression. On a donc rapidement l’impression de bien avancer surtout que le level-design est particulièrement intelligent. La difficulté va progressivement augmenter et les pièges mettront un moment avant de vraiment poser problèmes.

D’apparence très grand public les plus explorateurs d’entre vous se rendront rapidement compte que les développeurs ont tout de même été assez vicelards et ce dès le premier niveau, en planquant des objectifs secondaires dans toutes les cartes qu’il faudra impérativement récupérer si vous souhaitez obtenir le sacro-saint 100%. Des pièces notamment, si loin et en même temps si proches… Vous allez apprendre à les vouloir et à les détester ces pièces !!

Cependant je mets la charrue avant les bœufs, sachez que cette ambiance innocente, cette musique légère (bien que répétitive quand on galère dans un niveau), les couleurs, mais surtout le sourire béat de notre reptile sauront vous charmer !

Aie confiance…

Bon trêve de compliments sur l’ambiance et les décors, le jeu en lui même, le gameplay ça vaut quoi ?

Les pièces de l’angoisse

C’est là que réside la véritable originalité de Snake Pass : vous le savez, un serpent ça n’a pas beaucoup de membres. C’en a même pas du tout. Du coup, pour un jeu de plates-formes qui comporte quand même son lot de ravins, piques et autres laves, on se retrouve avec un personnage principal qui ne peut pas sauter. Voilà, avant d’acheter le jeu, quand j’ai compris ça, mon cerveau a un peu explosé. J’allais jouer à un jeu où j’allais franchir du vide sans avoir à calculer la balistique d’un raton laveur (ou autres mustélidés/rongeurs cosmiques) ou l’aérodynamique d’un plombier en salopette. GLORIA HALLELUJAH !!

Un jeu de plates-formes sans aucun saut du début à la fin !! C’est ce que j’appelle renouveler un genre ! D’autant que les développeurs ont bien réfléchi à comment ils allaient parvenir à simuler le comportement du serpent. Coup de génie, ils sont partis sur une approche que je n’aurais pas de honte à qualifier de réaliste. Alors que l’ambiance est dessin animé, tout public voire pour les petits, les mouvements du reptile sont au contraire tout à fait crédibles.

Il faudra d’ailleurs comprendre les mécaniques musculaires de ce tube mouvant pour pouvoir bien jouer au jeu : s’enrouler autour de quelque chose, OK il suffit de tourner autour, mais l’escalader ? Tourner autour ne suffit plus, il faut comprendre de quel endroit du serpent vient la force pour se hisser. Or cet endroit change en fonction de vos appuis. Il en suit une mécanique de jeu qui va nécessiter à tout un chacun d’oublier tout ce à quoi ils ont joué avant, ces connaissances ne serviront qu’à résoudre les rares énigmes de certains niveaux. Ainsi pour passer un obstacle il faudra soit s’enrouler sur le bas d’un pilier puis tendre la tête pour « attraper » la branche suivante ou à l’inverse essayer de garder la tête de l’animal la plus proche de votre point de départ. Tout dépendra de comment le corps du serpent s’est réparti sur les agrès en bambou qui servent de plates-formes au jeu. La chute pouvant survenir à n’importe quel moment : le bout de la queue n’a plus assez d’appuis vous voilà en train de glisser vers l’arrière ; le centre de votre corps a dérapé de la branche et bim on tombe par le milieu et votre tête va entraîner tout le reste dans une chute tout simplement parce qu’elle était l’appui principal de votre corps à ce moment là. Des personnes n’ont donc pas hésité à qualifier le jeu d’injouable et d’«inmaniable» tout simplement parce qu’ils n’ont pas compris cette difficulté d’un point d’équilibre qui bouge.

Cependant ces critiques ne sont pas totalement dénuées de fondement, la faute et parfois la frustration venant d’une disposition soit mauvaise soit trop complexe, selon votre patience, des fonctions sur la manette. Voyez plutôt (et accrochez vous ça va être un peu technique ) :

– Le bouton R2 fait avancer le serpent.

– Le bouton X lui fait lever la tête.

– Le bouton L2 contracte les muscles. (Cela permet justement de prendre appuis sur les éléments du décor, de faire des nœuds ou enroulements complexes, etc…)

– Le joystick gauche dirige la tête du serpent. Donc où l’on va dans 90% des cas mais il permettra également d’ajuster votre personnage lors des déplacements avancés notamment en équilibre au dessus du vide, toujours avec cette gestion de la répartition du poids et du point d’équilibre de l’animal.

– Le joystick droit contrôle la caméra : c’est là que le bât blesse. Comment on tourne la caméra quand on avance tout en levant la tête et en étant contracté ? Avec un troisième pouce ? Pire, pour viser correctement avec la tête dans les endroits les plus étroits ou compliqués il faut tourner la caméra. Mais si on arrête de lever la tête on peut changer l’équilibre du corps, et d’un coup une position stable devient un arrêt de mort. Ou l’inverse, on doit lâcher la caméra qui peut se mettre à bouger, changeant ainsi légèrement la direction que pointe le personnage, pour lui faire lever la tête. Rien de grave sauf qu’on va passer à gauche de la branche et pas à droite quand on va avancer, et ça peut signifier une chute. Bref la relation entre la tête du serpent et la caméra est ratée.

Très, parfois trop frustrante, ça rend beaucoup de déplacements imprévisibles ce qui est dramatique dans un jeu de plates-formes.

Serpent python bicolore de bambous

Le jeu en vaut pourtant la chandelle, un peu, dans un autre registre, comme le jeu de plateau Horreur à Arkham que j’ai traité lors de notre semaine consacrée à l’écrivain H.P. Lovecraft, il faut savoir s’acharner pour découvrir le véritable plaisir du jeu : incarner un serpent qui bouge et se déplace comme un vrai. Étant très herpétophobe (Far Cry 3 a déclenché chez moi bien plus de cris de terreur que Dead Space) ce jeu m’a un peu servi de traitement et m’a permis de mieux comprendre cette espèce de gaucherie que les serpents ont dans leurs déplacements. Une maladresse qui n’est pas seulement due (comme je le pensais) à leur quasi-cécité et à leur manière particulière de repérer leur environnement grâce à leur langue et à l’organe de Jacobson, mais aussi à cette constante évolution du point d’équilibre et à l’obligation de toujours parfaitement répartir leur poids pour éviter de constamment glisser, chuter, etc… On comprend également mieux pourquoi ces animaux kiffent aller dans l’eau.

Dans Snake Pass les passages sous marins sont d’ailleurs des moments de pure liberté (pas de noyade à l’horizon, Noodle tient des heures en apnée). Porté par l’eau, on peut enfin se déplacer dans les trois dimensions sans craindre de se faire mal, surtout qu’en plus notre héros nage vraiment très bien. En effet comme pour la vraie bestiole, se déplacer en zigzag nous permet d’avancer plus vite alors imaginez la vitesse qu’on atteint lorsqu’on n’est quasiment plus soumis à la gravité ! De plus les développeurs ont pris le temps d’ajouter des poissons, des nénuphars, etc…, ce qui renforce encore le plaisir de la nage, notre animal s’intégrant parfaitement à cet univers sous marin. Vous l’avez donc compris Snake Pass réussit là où tous les autres jeux de plates-formes échouent : les inévitables passages sous l’eau sont enfin agréables à jouer !

Pour finir parlons rapidement de Doodle le colibri qui n’est pas seulement un partenaire pour suivre l’histoire, puisqu’il pourra également tenter de nous venir en aide en soulevant notre serpent. Résultat, certains passages où la queue du reptile se balade un peu trop seront grandement simplifiés car vous n’aurez plus à vous soucier de la répartition de votre poids sur les bambous. Cependant, ne croyez pas pour autant que l’aide de Doodle est un bouton « réussite automatique » ! Au contraire, vous priver de la répartition du poids pendant quelques secondes pourra vous induire en erreur sur des passages un peu longs ou très techniques. De même si vous passez sous quelque chose : le colibri ne peut pas forcément suivre et il peut vous lâcher brutalement. Donc attention avec Doodle, il ne vous sauvera pas la mise, il est là juste pour vous assister, utilisez le avec parcimonie si vous ne voulez pas de mauvaises surprises !


Avec son ambiance innocente et colorée, Snake Pass présente bien, mais il est loin de se contenter d’être sympa à regarder. C’est un jeu de plates-formes complet qui innove enfin réellement en proposant une alternative unique en son genre. En choisissant comme personnage principal un serpent, les développeurs ont relevé un pari osé. Un plateformer où on ne saute pas. Et malgré quelques frustrations au début à cause de cette maudite caméra et un temps d’apprentissage forcément plus long que pour les autres jeux du genre, nous pouvons affirmer sans mentir que le pari est réussi. Le level-design intelligent, l’ambiance, le sentiment de progression, l’exploration récompensée font de Snake Pass plus qu’un petit jeu qu’on achète en promo sur Steam ou le PS Store. C’est une expérience à ne pas manquer, que vous soyez férus de plates-formes, ou comme moi d’une nullité abyssale dans le domaine. C’est un jeu qui met tout le monde au même niveau et mine de rien, ça fait un bien fou !

Nemarth

Cet individu est un gobelin fait homme. Hautement imprévisible, il représente un danger pour la Société. A éliminer à vue.