TOTO – Africa : « Cri solitaire du génie humain dans l’immensité du cosmos » (Jean Racine)

De l’épopée de Gilgamesh à « Wesh alors », en passant par la Victoire de Samothrace et les toiles du Titien, l’humanité n’a cessé d’exprimer sa créativité saisissante à travers des œuvres immortelles. Du haut de leur notoriété, ces éminences artistiques se toisent dans le flot de l’éternité, ignorantes de la bourbe anonyme et fugace qui les entoure. C’est ainsi que la muse Euterpe, dans sa grande générosité, délivra aux mortels du groupe Toto l’inspiration d’Africa, bouton d’acmé incontestable de l’inventivité humaine. Que celui qui n’a jamais beuglé sur son refrain me jette la première pierre, que celle-ci soit angulaire, d’achoppement ou Desproges. 

Afrimotherfuckingca 

Alors que les experts peinent souvent à déterminer l’origine des textes des religions révélées, Africa constitue une théophanie dont l’historicité n’est plus à prouver. Le claviériste David Paich, lors d’une nuit de désœuvrement insomniaque, regarda une série documentaire consacrée à l’Afrique. S’ensuivit la réminiscence d’anciens professeurs rencontrés durant ses études dans une école catholique, lesquels avaient mené des missions en Afrique. De là, Paich prit la décision d’écrire une déclaration d’amour adressée au continent dans son entier, du point de vue d’un homme n’y ayant pourtant jamais fichu les pieds.

 

` La couverture du single de 1982 qui changea la face du monde à jamais, à commencer par les playlists de l’Occident post-colonial en mal d’exotisme

 

Et ça marche. N’allez pas me dire le contraire, malotrus que vous êtes ! Comment ne pas succomber à l’envoûtement du thème, enregistrement couplé de deux instruments traditionnels que sont le marimba et le kalimba ? Au rythme des percussions conga

À cette coloration originale et acoustique s’ajoute l’ensemble rock FM 80’s imparable :

  • synthétiseur (motif de base et accords des couplets) 
  • piano (si si, les quelques notes à la fin, avant le « OOOOOOH, I BLEEEEESS THE RAIIIIIIINS ») 
  • guitare électrique au chorus scintillant, et à la distorsion triomphale sur le dernier refrain
  • une guitare acoustique, dont je n’ai pas grand-chose à dire mais qui claque, comme tout le reste
  • basse, discrète et groovy
  • batterie, avec l’inoubliable descente de toms  annonciatrice du refrain
  • et pas moins de quatre voix différentes, une pour le couplet (David Paich), une pour le refrain (Bobby Kimball), et deux pour les harmonies (Steve Luckather, Timothy B. Schmitt). Sans compter votre pote bourré qui les accompagne immanquablement une fois le morceau lancé. 
Les musiciens du groupe Toto. La place et la motivation me manquent ici pour vous préciser leur nom et leur fonction, mais je vous assure que ça n’est pas une blague et qu’il s’agit bien de Toto. J’aurais pu vous faire un poisson d’avril (un peu tardif j’en conviens) et mettre une photo de Nickelback, mais c’eût été flatter les goûts de merde de Lazylumps ; et d’ailleurs tout le monde s’en fout.

Il va de soi que le morceau connut un succès planétaire immédiat et unanime : 1er des charts aux États-Unis et au Canada, 3ème single au Royaume-Uni… 30 ans après sa parution, à l’ère même du numérique et du téléchargement pirate, le morceau demeure parmi les plus prisés dans les suggestions d’iTunes. Les pignoufs du New Musical Express (NME) n’ont pourtant classé cette pépite céleste qu’au 32ème rang des « 50 refrains les plus entraînants » en 2012. Signe annonciateur d’une société décadente ? Provocation outrée d’un groupuscule d’extrémistes en mal d’audience ? Qu’importe. Gratifions ce torchon infâme du mépris cordial qu’il mérite. 

Les grands esprits de notre temps ne s’y trompent pas, qui diffusent à qui mieux mieux cette musique des sphères. Le titre apparaît ainsi dans des épisodes de Stranger Things, Chuck, New Girl, Les Griffin, South Park ou encore Scrubs. On peut également l’entendre dans la playlist de GTA Vice City, ce qui incite à l’indulgence. 

Toto, à qui le tour ?

Un chef-d’œuvre de cette envergure ne manqua pas de susciter maints épigones. Portée par la déferlante nostalgique des années 80’s, Africa se vit ainsi reprise aussi souvent que la couture des pantalons de Big Ali. Étant donné que j’ai vraiment mieux à faire mais que je me cherche des excuses, je vous propose de procéder à une recension exhaustive des différentes versions de cette beauté intemporelle. 

La version live.

La version live MAIS avec un chanteur différent et de nouveaux musiciens. 

La version acoustique par de BONS musiciens, et pas ton affreux pote Eudes qui ramène sa gratte à chaque soirée

La version metal, parce qu’il en faut une.

La version électro 8 bits (déconseillée aux moins de 18 ans).

La version a capella. Ne me demandez pas qui est ce fameux Capella, je l’ignore.

La version nippone, ni mauvaise ; après tout, c’est une affaire de goût.

La version bluegrassCes rednecks idiots ont affublé leur chien d’une peau de tigre, espèce présente en Asie et non en Afrique. 

La version  celtique. Oui, bon, à la harpe, me faites pas chier !

Les versions du génie qui expérimente toute la banque sonore de son clavier. 

La version du gland qui s’est trouvé un insupportable kazoo à Farces et Attrapes. (La seule que je maîtrise). 

La version avec un  instrument bizarre mais qui sonne plutôt correctement.

La version avec un instrument classique, mais qui sonne plutôt crade.

La version jouée par un poulet pouêt-pouêt. On arrête pas le progrès.

La version Patrick Bouchitey. Heureusement qu’il y en a qui n’ont que ça à faire.

La version ralentie pour un slow encore plus torride. Assimilable à du Barry White neurasthénique. 

La version accélérée pour accompagner vos cours de fitness collectifs. Assimilable à du Nightcore ou du Cheapmunks.

La version jouée dans un centre commercial vide.

La version jouée dans un égout. 

Africa fut, est, et demeurera la meilleure chanson de tous les temps. Déso pas déso, dégât des eaux.

 

Fly

Créature hybride issue d'un croisement entre le limougeaud et le normand, le Flyus Vulgaris hante les contrées du Sud-Ouest. Son terrain de chasse privilégié étant les poubelles, celui-ci se délecte de musique progressive, de livres d'histoire ennuyeux et de nanards des années 90. Dans sa grande mansuétude, la confrérie du Cri du Troll l'admit en son cercle, mettant sa bouffonnerie au service d'une noble cause. Devenu vicaire du Geek, il n'en fait pas moins toujours les poubelles.