Moderna et Merck viennent de marquer l’histoire de la médecine avec un vaccin anti cancer… et personne n’en parle assez

L’annonce a provoqué un véritable séisme boursier pour Moderna, cinq ans après son heure de gloire liée au Covid-19. En association avec Merck, la société a présenté des données intermédiaires encourageantes issues d’un vaste essai de phase 3 portant sur un vaccin à ARNm conçu pour prévenir le retour du mélanome, l’une des tumeurs cutanées les plus redoutables. Cette thérapie sur mesure, baptisée intismeran, combine l’innovation génétique de Moderna à l’immunothérapie déjà établie de son partenaire.
Une thérapie taillée sur les mutations propres à chaque tumeur
Le principe repose sur une personnalisation poussée rarement vue en oncologie. Après l’ablation chirurgicale de la tumeur, les scientifiques séquencent son profil génétique unique pour extraire jusqu’à 34 néoantigènes, ces signatures protéiques absentes des cellules saines. L’ARNm encapsulé dans des nanoparticules lipidiques est alors injecté afin d’instruire l’organisme à fabriquer ces protéines ciblées. Le système immunitaire, ainsi éduqué, apprend à identifier et détruire les cellules cancéreuses résiduelles. Associé à Keytruda, ce protocole vise à allonger le temps sans récidive et à bloquer la formation de métastases distantes. Contrairement à une idée reçue tenace, l’ARNm n’entre jamais dans le noyau cellulaire et disparaît naturellement après usage, sans modifier l’ADN. Les résultats d’une phase 2 antérieure, présentés récemment, indiquaient déjà une baisse de 49 pour cent du risque de récidive ou de décès par rapport au seul Keytruda, confirmant le potentiel de cette approche individualisée.
Plus de 1100 patients dans un essai de dernière ligne aux signaux clairs
L’étude INTerpath-001 a recruté 1137 personnes atteintes d’un mélanome de stade IIB à IV déjà opéré, réparties de manière aléatoire entre le combo vaccin plus Keytruda et Keytruda seul pendant environ un an. L’analyse intermédiaire planifiée a montré que la combinaison atteint à la fois l’objectif principal de survie sans récidive et un critère secondaire clé de survie sans métastase à distance, avec des écarts statistiquement significatifs et cliniquement pertinents. Aucun nouveau signal de sécurité n’est apparu. Si ces données se confirment lors de la publication complète prévue dans un congrès médical, il s’agirait de la première validation de phase 3 pour un vaccin anticancéreux à ARNm et pour une thérapie néoantigénique individualisée. Moderna et Merck envisagent désormais un dépôt réglementaire, avec une possible commercialisation dès 2027, ouvrant la voie à d’autres localisations tumorales comme le poumon ou la vessie.
Un rebond boursier spectaculaire pour moderna, plus mesuré chez merck
Le titre Moderna a plus que doublé en séance, ajoutant des dizaines de milliards à sa capitalisation, tandis que Merck progressait d’environ 11 pour cent. Cette disparité s’explique par le contexte financier de chaque groupe. Moderna, dont les revenus sont passés de 19,3 milliards de dollars en 2022 à 1,94 milliard en 2025 après l’essoufflement des ventes de vaccins Covid, voit dans cette réussite une chance de relancer sa croissance et de se positionner comme acteur oncologique. Pour Merck, déjà leader avec Keytruda qui génère des milliards, le vaccin représente un complément qui pourrait augmenter les volumes sans tout changer. Les analystes évoquent un potentiel de plusieurs milliards de dollars de ventes à l’horizon 2035 pour cette indication seule. Cette percée rappelle que la technologie ARNm, née dans l’urgence sanitaire, pourrait désormais s’attaquer à des ennemis plus complexes que les virus, à condition que les données finales tiennent leurs promesses.






