Des drones + une IA ont fait en 5 heures ce que des équipes humaines n’avaient pas réussi en 11 mois

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Imaginez un détail infime, quelques pixels de couleur vive coincés au cœur de 183 hectares de rochers et de couloirs vertigineux. C’est précisément ce que vient de réaliser une intelligence artificielle alliée à des drones, en localisant le corps d’un alpiniste italien introuvable depuis presque un an. Une opération qui prouve que la tech, loin des laboratoires, peut vraiment faire la différence dans les conditions les plus extrêmes.

Un chirurgien passionné de montagne qui s’évapore sur le Re di Pietra

Nicola Ivaldo, chirurgien orthopédique de 66 ans originaire de Ligurie et alpiniste chevronné, s’élance seul le 15 septembre 2024 pour gravir le Mont Viso, ce sommet emblématique de 3841 mètres coincé à la frontière entre l’Italie et la France. Son véhicule est rapidement identifié à Pontechianale, mais l’homme reste introuvable. Les équipes du CNSAS, le corps national italien de secours en montagne, déploient hélicoptères, chiens de recherche et premiers drones sur les faces nord et ouest. Les vents violents, les précipitations et l’arrivée précoce de la neige transforment la zone en véritable piège. Les recherches s’arrêtent en octobre, laissant un mystère glacial. Les données de son téléphone portable orientent toutefois vers la face nord, un secteur de 183 hectares truffé de barres rocheuses et de glaciers suspendus. Pendant dix longs mois, plus aucune trace. Ce n’est qu’à la fin juillet 2025, une fois la neige suffisamment fondue, que les sauveteurs relancent les opérations avec des moyens technologiques renforcés.

2600 clichés analysés en un après-midi : le pixel qui a tout débloqué

Le 29 juillet 2025, deux drones équipés de caméras haute résolution survolent le secteur pendant cinq heures seulement, collectant 2600 photographies à environ 50 mètres d’altitude. Au lieu de confier ce volume colossal à des opérateurs humains, qui auraient mis des semaines voire des mois à tout examiner, le CNSAS fait appel à un logiciel de vision par ordinateur. Entraîné à repérer des anomalies de couleur ou de forme – casques, vestes, sacs – l’algorithme passe tout en revue en un après-midi et génère une liste de trois zones suspectes. L’une d’elles montre une petite tache rouge qui ne correspond pas au paysage minéral. Un zoom révèle ce qui ressemble à un casque de montagne. Le 31 juillet, un survol ciblé confirme la présence du corps dans le couloir Perotti, à 3150 mètres d’altitude, environ 600 mètres sous le sommet. Nicola Ivaldo gît face contre terre, son casque encore sur la tête, partiellement recouvert de neige et vêtu de noir. Un hélicoptère des pompiers récupère les restes malgré le brouillard. Sans cette détection automatique, le corps n’aurait probablement jamais été localisé.

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Une techno qui accélère les recherches sans remplacer l’humain

Le CNSAS utilise des drones depuis environ cinq ans et intègre ces outils d’IA depuis un an et demi. L’intérêt est clair : gagner un temps précieux et limiter l’exposition des sauveteurs dans des zones ultra-dangereuses. Trier 2600 images à l’œil nu aurait été épuisant et risqué. Ici, l’analyse oriente immédiatement les moyens aériens. Le système calcule des probabilités, signale les écarts, mais ce sont toujours les humains qui valident chaque alerte, écartent les faux positifs et décident d’engager un hélicoptère. Cette approche a déjà servi après l’effondrement du glacier de la Marmolada, permettant de récupérer des éléments sans mettre des vies en danger. En 2025, l’Italie a enregistré 13 037 opérations de sauvetage en montagne et 528 décès, un chiffre en hausse. Des combinaisons similaires ont aussi été testées à Punta Cusidore en Sardaigne. En France, les unités de secours s’en inspirent, même si les vols restent strictement encadrés par la DGAC. Pour les randonneurs, un casque ou des vêtements très visibles peuvent vraiment compter, surtout si des algorithmes scrutent les images. Les balises GPS, le partage d’itinéraire et une préparation solide restent indispensables : aucune machine n’élimine le danger. Mais dans le pire des cas, quelques pixels colorés peuvent désormais offrir des réponses plus rapides aux familles.

Cette histoire montre que l’intelligence artificielle, quand elle s’associe à l’expérience des professionnels de terrain, ouvre des perspectives concrètes. Loin du battage médiatique, elle apporte ici une utilité directe, même si tardive. Les passionnés de tech y verront une application réelle, loin des démos en studio, dans un environnement aussi impitoyable que les Alpes.

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