Dictionnaire des Yôkai : petit inventaire du folklore japonais

Dictionnaire des Yôkai, c’est un peu l’ouvrage dont le seul titre fait rêver les amoureux de la culture japonaise. Et quand Pika Edition décide de le ressortir en version intégrale (et pas en plusieurs tomes comme avant), l’achat relève de l’obligatoire.

Un Yôkai, pour faire simple, c’est une créature surnaturelle au Japon. Fantômes, monstres, créatures célestes, ogres et bien d’autres... L’auteur, un certain Shigeru Mizuki, se lance le défi de tous les  répertorier. Et de les dessiner, par dessus le marché !

Je suis pas gros, j’ai une ossature lourde

Qu’es aquò les yokai ?

Nous l’avons vu plus haut, les Yôkai (apparemment faut pas mettre de « s » à la fin, personne le fait et vu que je suis pas quelqu’un de contrariant…) sont des créatures surnaturelles. C’est le terme dédié, et carrément fourre-tout ! Augmentation de la difficulté pour notre cher Shigeru, mais aussi augmentation de la dose de « What The FUCK » à mesure que l’on tourne les pages. Quand on tombe sur le légendaire kirin, sur le classieux tengu ou sur les énigmatiques kitsune, ça va, ça reste digne. Mais quand on tombe sur les akanamé, qui se glissent dans les salles de bains pour lécher la crasse au fond des baignoires, ou encore sur un jinmenso, un furoncle à visage humain… C’est un poil moins épique, quoi.

Enfin dans tous les cas vous aurez de quoi faire puisque le livre renferme un tout petit peu moins de cinq cent (oui oui, cinq cent) créatures en ses pages. Et si le terme de Yôkai ne vous dit rien, ne vous en faites pas, vous n’allez pas tarder à vous rendre compte que ces créatures étranges peuplent beaucoup plus notre imaginaire qu’on ne voudrait le croire. Kyubi dans Naruto c’est un kitsune à neuf queues, dans Un été avec Coo on a un kappa, ça parle de tengu dans samurai champloo et si vous tapez dans les animés du studio Ghibli alors là c’est le festival. On pourra aussi citer The Great Yokai War de Takashi Miike, inspiré des travaux de Shigeru Mizuki, où il y en a un sacré catalogue. Bref il y en a une belle fournée venant des quatre coins du Japon, d’où la diversité de leurs formes et de leurs fonctions.

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Mais qui de mieux placé que l’auteur lui-même pour expliquer ce qu’est un Yôkai ? « Les règles de sécurité, de prudence, de respect des lieux sacrés, se constituent aussi autour de la crainte des esprits. A chaque hameau ses Yôkai, monstrueux et fascinants. Succombez à un vice et un Yôkai prendra la forme de votre obsession… » Un phénomène inexpliqué, une peur, un sentiment même qui altère un peu trop votre esprit ? Pouf ! un nouveau Yôkai prend sa place dans le folklore du coin.

Le chasseur de yôkai

Difficile de parler du livre sans parler de son auteur. Shigeru Mizuki est un très ancien mangaka japonais  dont le destin a été mouvementé. Né en 1922, il est bercé dès son plus jeune âge par des histoires fantastiques que lui comptait la femme de ménage, NonNonBâ, et qui ont eu une énorme influence sur le reste de sa vie. Il participe à la seconde guerre mondiale, expérience traumatisante qui le marque à jamais et qui lui fait perdre son bras gauche. Je ne vous fais pas tout le détail, mais il a ensuite appris à se servir de son bras droit, et est devenu mangaka, écrivain et même dessinateur de kamishibai. Il passe pour être l’auteur qui a popularisé les Yôkai, notamment avec son œuvre Kitaro le repoussant, manga ultra-connu au Japon dont le héros est un chasseur de Yôkai.

Sa grande expérience sur le sujet transparaît dans le dictionnaire. Chaque entrée a droit à son dessin du monsieur, puis une description détaillée. Il n’y a pas contre pas de « rigueur » dans les textes, dans le sens où Shigeru Mizuki ne suit pas un plan précis à chaque fois. Il s’attarde pour certains sur leur lieu de provenance, pour d’autres à ce qui a surement provoqué leur apparition ou encore sur son évolution au fil de l’histoire. On a parfois aussi droit à des anecdotes personnelles de l’auteur, lorsqu’il nous explique qu’il pensait avoir croisé tel ou tel Yôkai étant enfant, ou qu’il pense déjà avoir ressenti un sentiment causé par un Yôkai pendant la guerre. Ce manque de méthode peut déstabiliser, mais ce que l’on perd à ce niveau est largement rattrapé par la passion de Mizuki qui transparaît à chaque ligne.

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Pour ce qui est du dessin enfin : on reconnaît aisément son style de mangaka dans les personnages « humains » des illustrations. Les yôkai par contre ont un style beaucoup plus proche des vieilles estampes qui fourmillent à leur sujet. L‘amikiri dans le dictionnaire des yôkai par exemple ressemble trait pour trait à celui ci-contre, une estampe datant des années 1700 dessinée par Toriyama Sekien.

Et si vous me permettez une parenthèse avant de conclure : je vous conseille vivement les travaux de ce Toriyama Sekien en complément du dictionnaire des yôkai. C’est en effet lui le premier à avoir tenté de les répertorier et de les dessiner dans ses fameux albums illustrés appelés Gazu Hyakki Yagyō. On pourrait d’ailleurs dire sans trop se risquer que Shigeru Mizuki propose ici une version plus moderne et étoffée des travaux de Toriyama Sekien.

Le Dictionnaire des Yôkai est une base solide pour quiconque veut s’intéresser à la culture populaire japonaise. Les simples curieux y retrouveront pas mal de figures connues, il n’est pas rare de pousser des exclamations du genre « Aaaaaah mais ça vient de là en fait ! ». Si, comme je l’ai dit plus haut, le tout manque de méthode, il n’empêche que le travail de Shigeru Mizuki est titanesque et qu’il est toujours très agréable d’aller se perdre dans les pages de ce livre qui regorge de détails. Pour moi même qui écris dans un univers fortement inspiré du Japon médiéval (le reste de ma biographie sur la-vie-de-petrocore.skyblog.com), ce dictionnaire est une véritable mine d’or. Amoureux du Japon (et même les autres, allez, au diable les étiquettes) n’hésitez pas une seconde !

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