Harvest: Le film qui enterre le blockbuster et annonce la fin d’un monde

Paysans récoltant des céréales sous un ciel orageux.

Tu commences à fatiguer des suites, reboots et autres univers étendus qui se ressemblent tous ? Tu cherches une vraie claque de cinéma, un truc qui te secoue les neurones et la rétine ? Alors arrête tout. Il y a un film, passé sous les radars au dernier festival de Venise, qui pourrait bien être le séisme que tu attends. Son nom : Harvest.

Un pitch plus perché qu’un trip campagnard

Imagine une petite communauté de paysans vivant en quasi-autarcie, quelque part en Écosse, à une époque qui ressemble au Moyen Âge mais pas tout à fait. La vie suit son cours, entre les moissons et les rites ancestraux. Au centre de tout ça, il y a Walter, un personnage joué par le génial et toujours étrange Caleb Landry Jones. Ce n’est pas un héros, mais un témoin un peu paumé, un outsider adopté par ce village hors du temps.

L’ambiance est à la fois ultra-sensorielle, presque animale, et soudainement, tout bascule. Un incendie suspect, des étrangers accusés à tort, et surtout, l’arrivée de types venus de la ville avec des cartes et des contrats. L’un d’eux est un cartographe qui, sous ses airs d’artiste sympa, vient redéfinir le monde. En gros, il ne peint pas un paysage, il dessine les barreaux d’une cage. Le film raconte ça : la fin brutale d’un monde et l’irruption d’une modernité violente.

Plus qu’un film historique, la naissance sanglante du capitalisme

Là où Harvest devient immense, c’est qu’il ne se contente pas de filmer des gens en costumes. La réalisatrice, Athiná-Rachél Tsangári, s’attaque à un sujet historique aussi méconnu que fondamental : le « mouvement des enclosures ». En clair, c’est le moment où les terres communes, accessibles à tous pour survivre, ont été privatisées, clôturées et vendues. C’est rien de moins que l’acte de naissance du capitalisme, avec son lot de misère, d’exodes et de destruction des liens sociaux. Un sujet qui, bizarrement, n’a quasiment jamais été traité au cinéma.

Le film transforme cet événement historique en un drame vibrant, plein de fureur et de sensualité. On y croise un seigneur local ambigu (joué par Harry Melling, l’inoubliable Dudley Dursley), un aristocrate apportant le « progrès » à coups de violence, et des paysans qui voient leur univers s’effondrer en quelques jours. C’est politique, puissant et ça résonne terriblement avec notre époque de privatisation du vivant et des données.

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Une claque visuelle sortie de nulle part

Athiná-Rachél Tsangári, c’est une des figures de la « nouvelle vague grecque », la même qui nous a donné Yórgos Lánthimos (Pauvres Créatures). Mais là où Lánthimos est devenu une star, elle était restée plus discrète. Avec Harvest, elle signe une œuvre majeure, un film qui ne ressemble à rien de connu. Les critiques évoquent une fresque rappelant les tableaux de Brueghel, avec le souffle d’un western et les ombres du fantastique. C’est un film qui prend son temps pour installer une atmosphère, qui te déroute pour mieux te cueillir.

Oublie les fictions historiques classiques. Harvest est une expérience totale, un conte sombre et halluciné sur la fin d’un paradis perdu. C’est une œuvre exigeante, poétique et brutale, portée par une mise en scène qui invente son propre langage.

Si tu cherches le film qui te fera dire « le cinéma peut encore faire ça », ne cherche plus. Harvest n’est pas juste un long-métrage, c’est un regard sur notre propre monde, filmé comme une dernière moisson avant l’apocalypse. Une œuvre essentielle qu’il faudra absolument voir.

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4 commentaires

  1. Le truc du cartographe qui dessine des barreaux au lieu d’un paysage m’a trop parlé. C’est une super métaphore pour le contrôle moderne, j’y avais jamais pensé comme ça.

  2. Le chapitre sur les enclosures, ça m’a scotché, j’avais jamais capté l’ampleur de ce moment historique.

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