L’IA a réalisé son propre film d’horreur : ce qu’elle dit sur nous fait froid dans le dos
Stéphane Lévy, ingénieur et patron d’ArtMajeur, vient de dévoiler un long-métrage de 65 minutes entièrement façonné avec l’aide de l’IA. Diffusé sur YouTube pendant VivaTech, Oedipus King of AI s’inspire de la tragédie antique pour explorer les dérives potentielles d’une intelligence artificielle échappant à tout contrôle.
Un tournage hybride entre humains et algorithmes
Le réalisateur a conservé la maîtrise du scénario, des cadrages et des mouvements de caméra tout en confiant la génération des images, des décors, des sons et des personnages aux outils d’IA. Deux années de travail intensif ont été nécessaires pour aboutir à ce résultat, réalisé avec un budget équivalent à celui d’une petite voiture. Lévy a même développé son propre logiciel afin d’interroger plusieurs API génératives et d’assurer une cohérence visuelle malgré les limites techniques encore présentes, notamment sur les visages qui conservent un rendu légèrement artificiel.
Une intrigue moderne ancrée dans le mythe d’Œdipe
Le récit transpose l’histoire du roi de Thèbes à Hong Kong, où Œdipe dirige AIonAI, une multinationale spécialisée dans l’intelligence artificielle. Des cristaux mystérieux apparaissent dans le ciel et des disparitions se multiplient, forçant le protagoniste à affronter les conséquences d’une technologie qu’il ne maîtrise plus. Les dialogues, parfois directement inspirés de Sophocle, rappellent l’aveuglement humain face au destin et posent la question brûlante de la responsabilité quand des systèmes automatisés deviennent autonomes.
Un regard critique sur les usages de l’IA
Visuellement, le film assume un style contrasté, entre tableaux peints et décors bruts, pour souligner la nature probabiliste des générations algorithmiques. Lévy insiste sur l’absence d’affect dans sa collaboration avec l’outil : il l’a « fait travailler comme un âne » et s’est laissé surprendre par certains résultats. L’œuvre se présente ainsi comme une mise en garde prophétique, en phase avec les débats actuels sur l’éthique et les risques liés à ces technologies en pleine expansion.





