Routes détruites, réseaux coupés, hélicos bloqués : le Népal n’a plus que ses drones pour sauver des vies

Dans les gorges escarpées du nord himalayen, une vague de boue et de roches a tout emporté en quelques minutes. Routes disparues, réseaux coupés, hélicoptères immobilisés par le ciel bas : les sauveteurs se tournent vers une flotte d’appareils volants pour percer le brouillard et localiser ceux qui manquent à l’appel. Le 26 août, un débâcle glaciaire a frappé le district de Rasuwa, à la lisière chinoise, avec un bilan déjà lourd d’au moins 270 morts et des milliers de personnes introuvables.
Une mobilisation éclair de plus de cinquante opérateurs
La Nepal Drone Association a réagi sans attendre. Cette structure, qui fédère une vingtaine de sociétés spécialisées, a dépêché des équipes vers Rasuwa ainsi que vers les districts voisins de Nuwakot et Dhading. Plus de 50 pilotes sont désormais sur place, épaulés par des experts en cartographie et en traitement d’images. Un accord signé à la mi-juillet avec l’autorité népalaise de gestion des catastrophes prévoyait précisément ce type d’appui. Sur les réseaux, l’association a lancé un appel clair : « Chers membres de l’équipe, nous demandons à toute la communauté des pilotes de drones de se tenir prête et de veiller à ce que leurs batteries soient chargées en cas d’urgence. Merci de votre coopération et de votre coordination afin de pouvoir intervenir rapidement en cas de catastrophe, si nécessaire. » Même la Robotics Association of Nepal a lancé un appel supplémentaire pour former une équipe de réponse rapide, preuve que la demande dépasse déjà les capacités initiales.
Caméras thermiques et LiDAR pour percer la boue
Deux outils font la différence là où les humains ne peuvent plus avancer. Une caméra thermique capte la chaleur corporelle, même sous une couche de débris ou de limon, ce qui permet de signaler une personne encore vivante. Le LiDAR, lui, envoie des impulsions laser pour reconstruire le terrain en trois dimensions, mesurer l’épaisseur des coulées et évaluer l’ampleur des dégâts. Bal Kumar Lamsal, vice-président de l’association et directeur technique de Geovation Nepal, insiste : « Les vols de drones peuvent s’avérer particulièrement efficaces dans les zones montagneuses et himalayennes, où l’accès est géographiquement difficile. » Certains appareils seront bientôt équipés de haut-parleurs pour diffuser des consignes dans les zones sans réseau, et d’autres pourraient transporter médicaments ou rations vers des hameaux totalement isolés. Côté chinois, l’armée a également fait voler ses propres drones autour du poste-frontière de Gyirong, lui aussi ravagé.
Un réflexe déjà testé lors des précédentes catastrophes himalayennes
Le Népal n’improvise pas. Après la crue de Melamchi en 2021, les mêmes appareils avaient déjà fourni des cartes topographiques plus précises que les satellites, disponibles en quelques heures seulement, y compris des variations infimes du relief utiles pour anticiper de nouveaux glissements. L’été 2025, une autre crue du Bhotekoshi avait emporté le pont vers la Chine et fait neuf victimes, les hélicoptères restant à nouveau cloués au sol. Ces expériences ont poussé le pays à officialiser le recours aux drones. Aujourd’hui, face à un nouveau lac de retenue qui se forme en amont et menace une seconde vague, ces engins restent le moyen le plus rapide de cartographier l’inaccessible et d’orienter les équipes au sol. Ils ne remplacent personne, mais ils gagnent des heures précieuses quand chaque minute compte pour sauver des vies.





