Ventes manga -25% : la génération Pass Culture abandonne… ou passe au numérique ?

Personne lisant une tablette sur un canapé.

Alors que les ventes de mangas en France ont plongé de plus de 12 % en volume au premier semestre 2025, le phénomène japonais reste un pilier de la pop culture geek, plébiscité par des millions de fans. Japan Expo a attiré 230 000 visiteurs l’été dernier, et les plateformes comme Crunchyroll affichent des records d’abonnés. Comment expliquer ce paradoxe ?

Une explosion dopée par la crise sanitaire

Avant 2020, le secteur progressait à un rythme soutenu, boosté par des hits comme One Piece, Demon Slayer ou Jujutsu Kaisen. La pandémie a tout changé : confinements et Pass Culture ont propulsé les achats en flèche. Matthieu, libraire toulousain, se souvient : Vous pourriez aussi être intéressé par Demon Slayer ou Jujutsu Kaisen. Pour aller plus loin, consultez notre guide sur Demon Slayer.

« Pendant un temps, les librairies étaient presque les seuls commerces culturels ouverts. On a vu une explosion des ventes à l’époque, cumulée à l’arrivée du Pass Culture pour tous les jeunes, qui pour beaucoup en ont profité pour se constituer une grosse bibliothèque de mangas. »

Cette manne a incité de nouveaux éditeurs à se lancer et les acteurs établis à multiplier les sorties. Marie, ex-responsable distribution chez un grand éditeur, explique :

« On est passé d’une dizaine de nouveautés par mois à quasiment 20. Et tout le monde a fait pareil. »

Résultat : un flot de titres ingérable pour les libraires et les lecteurs.

Facteurs économiques et restrictions qui freinent le marché

Depuis 2022, l’inflation des matières premières a renchéri les prix, tandis que le budget culturel des Français s’est réduit. Le Pass Culture, pilier de la vague, a été bridé en 2025 pour raisons budgétaires, privant le secteur d’un coup de fouet essentiel. En 2024, 36 millions d’exemplaires se sont vendus ; en 2025, le manga réussit un timide +2 % à 48 millions, représentant 57 % des BD, mais le marché global patine.

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Les petites librairies spécialisées, fleurons de la bulle post-Covid, ferment les unes après les autres. Le marché de l’occasion explose, saturant les rayons à bas prix. Au Japon, où One Piece domine toujours le classement Oricon 2025, les ventes restent solides, contrastant avec la France.

Engouement populaire qui ne faiblit pas

Les professionnels du livre confirment : la demande persiste. Dans les bibliothèques, les mangas dominent les emprunts. Albine, bibliothécaire engagée, note un public intergénérationnel :

« Les mangas font partie des documents les plus empruntés. Les jeunes plébiscitent Blue Lock, Solo Leveling ou One Punch Man, mais les adultes cherchent de la diversité. »

Les enseignants documentalistes abondent. Nock, au lycée breton, observe un déplacement vers l’animation via Netflix et les webtoons numériques. Hermine, en collège parisien, ajoute :

« Ils sont les documents les plus empruntés […] Ça pousse les élèves à sortir de leur zone de confort. »

Selon l’Arcom, 42 % des Français consomment mangas ou animes en 2025, un record historique. Crunchyroll, leader mondial avec 17 millions d’abonnés payants, voit ses prix grimper en 2026, signe d’une base solide.

Surproduction et évolution des habitudes

Marie relativise :

« La fin d’une anomalie qui ne pouvait pas durer. »

Les ventes reviennent à un niveau pré-pandémie, sans l’effet Pass Culture. Nock pointe la surproduction :

« La profession est dépassée par cette surproduction. »

Des hits comme Oshi no Ko, Spy x Family ou Frieren cartonnent toujours, papier et écran confondus.

Le secteur s’ajuste : moins de nouveautés risquées, plus de formats courts, essor du numérique. La culture manga s’est ancrée durablement chez les geeks français, prête à rebondir sur des bases plus saines.

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