Descender : un Comics de SF qui en met plein les yeux

L’homme qui s’y connait en Comics sur le Cri, sans aucun doute, c’est ce cher Dr Tyriel. Pourtant, au risque de passer pour une truffe, je me risque à chroniquer une œuvre que je ne pouvais pas laisser de côté : Descender de Jeff Lemire (scénario) et Dustin Nguyen (dessin), parue très récemment aux éditions Urban Comics. Il faut dire que cette excursion dans des domaines que je ne goûte habituellement guère est justifiée par mon amour immodéré de la science-fiction relative au neuvième art…

Un  robot d’apparence enfantine a le regard poétiquement perdu dans les étoiles,  sa figure mi humaine mi mécanique magnifiquement détaillée se détachant sur fond de pleine lune diaphane. Tout autour, un noir d’encre seulement éclairé par les astres et quelques touches de rouge découpe les contours du personnage avec sobriété et classe… Vous l’aurez compris la couverture (ci-dessus), ne m’a pas laissé insensible. Je le souligne, dans la mesure où la plupart d’entre elles me paraissent aujourd’hui bien souvent trop chargées , trop clinquantes, avec un titre en police 72 qui vous agresse les yeux.
Mon exploration attentive de l’ouvrage  ne fit que confirmer cette excellente première impression : le tome 1 de Descender, intitulé « Etoiles de métal »,  initie une oeuvre pleine de promesses et est d’ors et déjà une réussite esthétique.

Un robot, deux robots, trois robots,….

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Coucou monsieur le moissonneur

Dans un lointain futur marqué par le progrès technologique, l’espèce humaine est parvenue à créer toute sorte de robots afin d’effectuer la plupart des tâches subalternes. Nos congénères coexistent relativement pacifiquement avec d’autres formes de vie intelligentes au sein de la galaxie, formant même le Conglomérat Galactique Unifié (CGU), sorte de gigantesque alliance.

DESCENDER_1_Letts_17Mais un beau jour, comme vous le devinez, cette quiétude fut tragiquement brisée : d’immenses robots, les moissonneurs, attaquent sauvagement les planètes du CGU en ne laissant que mort et désespoir dans leur sillage. Nul ne sait d’où viennent ces terrifiantes apparitions de métal, nul ne sait ce qu’ils sont ou ce qu’ils veulent et c’est au sein d’une humanité tétanisée par leur venu, portée par sa volonté de survivre que commence réellement le récit.

Il est amusant de noter que, hasard ou non, l’histoire de Descender a des points communs avec celle du célèbre manga L’attaque des Titans de Hajime Isayama (que moi et mes collègues recommandons fortement). Les moissonneurs peuvent fortement faire penser à des sortes de titan du futur et leur apparition est tout aussi inexplicable… L’atmosphère des deux œuvres est, quant à elle, tout aussi sombre.

Cependant, un petit droïde de compagnie de classe A nommé Tim-21 pourrait bien changer la donne. Au cœur de la narration, cette juvénile figure vous troublera par l’authenticité de son empathie et la portée de son intelligence. Il semble être lié aux moissonneurs et pourrait en être la clé. Quel est le lien de Tim avec ceux-ci ? Surtout n’est-il qu’un tas de ferraille ? Plus largement les robots ne sont-ils que des auxiliaires sans volonté propre ? Voici quelques questions parmi d’autres qui émanent de Descender et qui ne sont pas sans rappeler un certain Les androïdes rêvent-ils de mouton électrique de monsieur Philippe K. Dick (entre autres, bien sûr).

L’intrigue est bien menée tout au long de ce premier tome, alternant de façon rythmée dialogue et action et comportant des flashbacks permettant de donner une épaisseur suffisante à Tim-21. Les péripéties s’enchaînent de façon très fluide grâce à un découpage et une écriture efficace.  Il faudra bien évidemment se pencher sur la suite pour pouvoir se faire un avis définitif. Il n’en reste pas moins qu’en l’état tous les ingrédients d’une chouette histoire sont peu ou prou réunis : un héros attachant, des personnages secondaires qui semblent être plus que des potiches, de la baston comme il faut ou encore une intrigue dont on veut connaître le dénouement sont ainsi au rendez-vous.

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 Un Comics sidérant de beauté

En montrant les planches sélectionnées dans cet article, je pense que l’essentiel est dit. Vous en connaissez beaucoup des BD et a fortiori des Comics de science-fiction ayant fait le pari de dessins réalisées à l’aquarelle? En ce qui me concerne, je n’en connais pas, et force est de constater que le rendu est magnifique en plus d’être relativement original. Cela permet à Dustin Nguyen de créer une ambiance relativement pesante sans pour autant délaisser l’usage de couleurs vives bienvenues.

Surtout, Descender multiplie les espaces d’expression artistique : panoramas épiques occupant deux planches entières, bande allant coloniser la page voisine, incrustations multiples, chevauchements de cases, mises en pages originales et dynamiques, tout est fait pour montrer l’étendue des talents du dessinateur et favoriser une immersion maximale. Qu’il semble dépassé l’ancestral gaufrier de la BD franco-belge !

Le soin accordé à l’esthétique va par ailleurs jusque dans les plus petits détails. Les phylactères tout comme le lettrage sont ainsi différents selon que le locuteur soit un humain ou robot.  Les cartouches enfin ne sont  pas délaissés et se distinguent du reste des bulles afin de renforcer l’impression « tableau de bord ». Cela peut paraître mineur mais cette  volonté de ne négliger aucun élément d’une page de bande-dessinée est tout à fait appréciable dans la mesure où elle renforce la beauté de l’ensemble.

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Descender est une véritable claque visuelle qui multiplie les planches à couper le souffle. L’écriture n’est pour le moment pas en reste, reste à savoir si le prochain tome tiendra toutes les promesses du premier. Il n’y a vraiment pas de raisons que cela ne soit pas le cas, et on a hâte de suivre les pérégrinations de ce touchant petit Tim-21. Quoi qu’il en soit, il serait vraiment stupide de passer à côté d’un Comics aussi beau de 152 pages vendu encore pour quelque temps au modique prix de 10 euros…

 

 

 

Graour

Errant dans les mondes vidéoludiques depuis mon plus jeune âge, j'y ai développé quelques troubles psychiques. Mais rien de grave, rassurez-vous. D'ailleurs, pour me remettre les idées en place, je lis du Lovecraft, fais des soirées Alien et imite Gollum à mes heures perdues. Tout va bien.