Devilman Crybaby : Devil May Cry

Devilman Crybaby : Devil May Cry

Le 5 Janvier dernier, alors que mes vacances touchaient à leur fin, et que le retour du Cri se préparait avec sérieux, sortait sur Netflix un nouvel animé sobrement intitulé Devilman Crybaby. Tout juste savais-je que ledit animé était adapté d’un manga du début des années 70. En cliquant sur le bouton lecture, j’ouvrai sans le savoir les portes de l’enfer. Une œuvre forte, trash, influente, et sans concessions m’attendait. En des termes plus usités sur le Cri : je me suis pris une énorme baffe dans la gueule.

Satan l’habite

Devilman Crybaby nous conte l’histoire d’Akira Fudo, simple lycéen lambda, avec toutefois une empathie prononcée. Le jeune homme ne peut en effet s’empêcher de s’effondrer, en larmes, au moindre signe de tristesse chez une personne de son entourage. Gentil, doux, et sans talent particulier, Akira vit une vie tranquille dans la famille de son amie Miki Makimura, jeune star de l’athlétisme.
L’élément perturbateur qui va venir chambouler cette vie paisible, c’est Ryo Asuka, le meilleur ami d’enfance d’Akira. Celui-ci est aussi blond que notre héros est brun, et ce n’est pas la seule chose qui différencie les deux personnages. Charismatique, charmeur, mais aussi troublé et laissant paraître un air prédateur inquiétant, Ryo ne saurait être plus différent de son meilleur ami.

Le blondinet revient dans la vie de notre protagoniste pour une bonne raison : il a découvert que les démons existent bel et bien. Et il décide d’emmener Akira avec lui, afin de récolter des preuves de leur existence lors d’un sabbat. Un sabbat, c’est une orgie où le sang coule (autant vous dire que l’ambiance y est festivement glauque), afin d’attirer les démons et de les pousser à posséder des humains. Alors que l’hémoglobine manque et que Ryo se met à taillader la foule comme un furieux pour invoquer les monstres, la soirée vire au carnage et au chaos. Ryo s’en sortira avec une jambe cassée, Akira avec une nouvelle apparence, ou plutôt un nouveau corps, celui du démon Amon.
Un corps de démon pour un cœur bien humain : Devilman est né.

Onanisme + Mule = Perfection

Y a même de l’amitié virile

Voilà pour un spoil du tout premier épisode. La suite, je ne vous la révèlerai pas, bien évidemment, mais disons que la découverte du nouveau corps d’Akira n’accaparera pas longtemps la série.

Et c’est tant mieux, tant ce qu’elle raconte est nécessaire. Devilman Crybaby est adapté du Devilman de Go Nagai, publié en 1972, et créé pour aborder le sujet de l’intolérance. Manga anti-guerre, volontairement provoquant, mais aussi révolutionnaire par les renversements des clichés qu’il opère (Berserk s’en inspirera énormément), l’œuvre de Go Nagai est l’une des plus connues et influentes du médium.
Mais, n’ayant pas lu le Devilman de Nagai (pas encore !), je n’en parlerai point trop non plus. Disons simplement que le manga est réputé sulfureux, violent, trash, avec même des fesses et des seins à l’intérieur du dedans.

Ça tombe bien, c’est aussi le cas de son adaptation !
Le trash est omniprésent, entre scène d’orgies, scènes de sexe vues à la première personne et combats violents, mais sur ce dernier point, on est quelque peu habitués. Le design des démons, tout aussi curieux que dérangeant, a ici été un peu adouci. Cela se voit en particulier chez un personnage féminin, qui pouvait se targuer d’avoir une apparence hyper sexualisée et malaisante dans l’œuvre de Nagai, bien plus aseptisée dans la version Netflix.
Ce qui n’empêchera pas la série d’avoir ses moments venus tout droit d’un autre monde, telle cette scène de masturbation féminine où de grands braiments semblent sortir de la bouche entrouverte de la jeune femme pratiquant avec assiduité l’onanisme. Si le bizarre de la chose ne vous arrache pas un rire nerveux, je ne sais pas ce qui le fera.

Mais l’étrangeté et le trash apparents de la série sont les deux arbres qui cachent la forêt des thèmes abordés par la série, comme les malaises d’une jeunesse qui se sent à la marge, le rejet par la société des plus petits ou des plus excentriques, la bêtise humaine et la violence des foules… L’intolérance, sous sa forme crasse et violente, celle qui peut détruire notre humanité et l’humanité entière avec elle, nous est présentée en long en large et en travers. En cela accrochez-vous bien, Devilman Crybaby ne vous donnera pas à voir pas un monde meilleur, ni la montée en puissance d’un super-héros qui viendra en aide à la veuve et à l’orphelin grâce à ses pouvoirs nouvellement acquis.
Devilman montre au contraire jusqu’où l’intolérance peut nous mener. C’est une longue descente aux enfers qui vous attend au long des 10 épisodes de la série, avant de finalement vous laisser derrière votre écran, agrippé à vos restes d’espoir comme une moule à un rocher bien trop érodé…

Toi après le générique final.

Rarement une œuvre n’aura été aussi troublante que Devilman Crybaby. Véritable coup de surin dans l’estomac, cette série traitant de l’intolérance et de la bêtise humaine ne peut que vous laisser sur le cul, avec un immense sentiment de dégoût, de gâchis, et de vide. Âmes sensibles et jeunes spectateurs s’abstenir.
Pour les autres, prêts à affronter un style graphique clivant et la lancinante douleur du désespoir, le meilleur animé produit par Netflix vous tend les bras, entre musiques géniales et thématiques capitales. Car, loin d’être simplement bon, Devilman Crybaby est important. Particulièrement dans un monde comme le nôtre, où les différences et l’étranger sont rejetés.

Narfi

Narfi a été accueilli au sein du Cri malgré sa nature de troll des forêts du Périgord, une sous espèce cohabitant rarement avec ses cousins des plaines Limougeaudes (Petrocore constituant la seule exception connue des Trollologues) Crasseux et vulgaire, poète dans l'âme, il aime à rester au fond de la tanière pour lire des bédés et jouer sur son PC, insultant de sa bouche pleine de poulet frit tous ceux croisant son chemin dans les dédales des internets.