Firewatch : L’appel de la forêt

Il y a presque deux ans, on nous annonçait la création d’un nouveau studio de développeurs indépendants : Campo Santo. Si ça n’a rien de bien original, il en pousse à peu près 70 par semaine, c’est surtout le staff principal qui réveille l’attention du joueur. Imaginez Jake Rodkin et Sean Vanaman (design, réalisation et écriture de The Walking Dead saison 1) qui s’allient à Nels Anderson (designer et programmeur sur l’excellentissime Mark Of The Ninja) et Olly Moss (artiste qui sort de Lucasfilm et Ghibli) pour nous pondre un truc. Ça fait pas envie, ça ?

Engagez-vous

firewatchposterAu fur et à mesure, l’équipe a grossi un peu en piquant du monde chez Double Fine qui se noyait dans ses projets, et on découvrait l’univers de leur jeu à travers leur blog. C’est finalement le 9 février qu’ils nous ont livré leur première création, Firewatch, un jeu narratif où vous jouerez Henry, mari un peu paumé qui se porte volontaire pour surveiller un bout de forêt du Wyoming du haut de sa tour de garde pendant tout un été. Trois mois isolé en haut d’une tour en pleine nature, et il y a même pas Netflix, qui voudrait faire ça ? C’est l’introduction qui répondra à ça en nous présentant son héros. On découvre une vue à la première personne, Henry qui prend ses affaires et monte dans son pick-up (America !!!), entrecoupée de flashbacks textuels d’une subtilité ahurissante qui vont vous proposer quelques choix pour définir le background à notre image, et vous faire chialer un coup.

Henry est un type normal, pas bien sportif, mais il en a gros sur la patate. Sans tout dévoiler, puisque la narration est l’intérêt principal du titre, il a traversé de dures épreuves et a besoin de s’isoler pour respirer un peu. Vous vous retrouvez donc en haut de votre tour à regarder l’horizon quand la radio se met en marche, vous ferez la connaissance de Delilah, votre chef et la seule personne que vous entendrez régulièrement. Elle commence à blaguer et vous explique votre mission : en gros, surveiller que rien ne crame, et appeler si ça arrive. Comme « regarder la forêt » n’est pas une tâche très intense, vous allez passer beaucoup de temps à papoter avec Delilah à l’aide de cette radio.

Le gameplay du jeu est minimal, voire anorexique, car Firewatch se veut surtout un « walking simulator » narratif. Le genre est très prisé chez les indépendants, demandant un peu moins de boulot mais plus d’astuce sur le plan narratif. Les porte-étendards du domaine ne m’ont jamais franchement emballé. Entre un Gone Home un peu chiant et un The Vanishing of Ethan Carter qui part complètement en sucette (mais un peu chiant aussi), ils ont tendance à me frustrer plus qu’autre chose. La vraie bonne idée de Firewatch ? Cette radio, qui permet de laisser de côté la narration environnementale pour tout miser sur les dialogues et la personnalité de ses personnages.

Walkie et Talkie

Et de la personnalité, Henri en a à revendre. On s’attache réellement à lui à travers ces discussions, il se révèle drôle et touchant, surtout très attachant. Les textes sont certainement parmi les meilleurs dialogues jamais écrits dans ce media, et les deux acteurs qui leur donnent vie sont époustouflants de justesse. Méfiez-vous cependant car aucune VF n’est dispo pour le moment, les sous-titres français devraient arriver via une mise à jour, mais pour l’instant les anglophobes devront patienter. Comprendre tous les textes est indispensable pour apprécier le jeu, tant il repose sur eux.

 

Vous vous promènerez dans la forêt pour accomplir les petites tâches et pourrez contacter Delilah pour tout et n’importe quoi avec votre radio. Lorsque vous regardez un objet interactif avec votre viseur, vous pourrez en parler à votre collègue, prétexte à toujours plus de dialogues plus ou moins déconneurs. Ces dialogues vous permettent régulièrement de choisir vos réponses, ce qui ne chamboulera pas l’aventure mais la forgera un peu à votre image par vos décisions. Les joueurs de The Walking Dead savent. Il n’y a pas grand chose de plus que marcher, discuter, ramasser des trucs, donc les allergiques aux jeux purement narratifs passeront leur chemin. Mais pour les autres, ne vous inquiétez pas, l’histoire ne se contente pas d’une simple villégiature à la montagne pour vous ressourcer, car petit à petit il va vous arriver quelques bricoles, quelque chose rode dans cette forêt, et c’est pas un gentil farfadet.

Campo Santo a fait un excellent travail sur la narration, on va découvrir le mystère qui se cache derrière ces bois par petits indices, parsemés pendant notre randonnée ou dans les dialogues avec votre chef. Je me suis retrouvé à marcher en me demandant ce qui se passait, en faisant autant de théories que notre garde forestier en herbes, flippant en contactant Delilah pour essayer de comprendre. Le jeu s’amuse à semer les indices et les fausses pistes pour vous faire gamberger, appuie ça avec son ambiance d’isolement et de paranoïa dans de grands espaces. Pourtant c’est drôle, il y a plein de petits détails amusants ou de répliques juste là pour déconner, mais la solitude est bien là, et le mystère aussi.

firewatchss

For the watch !

L’autre aspect remarquable de Firewatch est la direction artistique. C’est pas un exemple de photo-réalisme et de technique poussée mais il compense par un rendu cartoon qui permet de nous proposer des paysages superbes avec pourtant très peu de détails. Tout est question d’ambiance et de palette de couleurs. L’aube brumeuse sera dans les tons verts, les couchers de soleils sur du rouge bien cramé, etc… Le même traitement est réservé aux objets et au personnage principal, enfin à ce qu’on en voit c’est-à-dire ses mains, ses pieds, sa radio. On aperçoit ses bons gros mollets de quadragénaire pas trop sportif et ses grosses paluches, et ça suffit à nous donner un feeling sur notre héros.

Mais c’est sur le côté technique que nous aurons peut-être le seul gros défaut du jeu. C’est simple, on frise la catastrophe. Pour la version PS4 sur laquelle j’ai joué, les décors apparaissent vraiment en retard, un clipping violent qu’on voit rarement de nos jours surtout sur un jeu qui n’est pas si complexe techniquement. En plus de ça, les performances posent problème, le jeu souffre de mini-freezes réguliers qui font vraiment tâche, notamment dès qu’il auto-save mais pas seulement. Petite cerise sur le gâteau avec un effet de motion-blur dégueulasse en courant avec un accessoire à la main.

On sent que c’est pas un studio de gros techos, mais simplement des créatifs qui se battent avec leur moteur Unity, déjà connu pour pas être le plus performant du marché. Les développeurs bossent en ce moment même sur des correctifs mais si vous êtes biclassé PC/console, privilégiez le PC. Et pourtant moi je suis têtu et j’aime bien jouer affalé en travers du canapé dans une position certainement pas recommandée par l’union des ostéopathes blasés, donc j’ai quand même joué sur ma console, et j’ai quand même adoré ma partie de Firewatch.

VerdictFirewatch est un petit-chef d’œuvre de narration et d’immersion, un des jeux les mieux écrits auxquels j’ai pu jouer. Malgré sa durée très courte (environ 4 heures pour le boucler) et un bilan technique mitigé, il arrive à faire vivre ses personnages et son ambiance avec talent et subtilité. Si vous êtes réceptifs à ce genre de proposition, c’est-à-dire que vous allez pas râler 3 heures parce qu’on craft pas soi-même son papier-toilette avec des feuilles et de la salive de tortue, c’est un de ceux que je mettrais bien en haut sur la liste des meilleurs jeux du genre.

Ce que les autres trolls en ont pensé :

Lazylumps : Un excellent jeu, une expérience unique. Un scénario génialement écrit.Une atmosphère hallucinante et une musique… une musique ! (qui rappelle parfois celle de Carpenter). Vous pourrez d’ailleurs la retrouver ici : https://camposantogames.bandcamp.com/album/firewatch-original-score
Foncez. Vite.

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