Hero Corp : Pinage rassemblement !

« À l’issu de la guerre dans les années 80, les super-héros se sont regroupés au sein de l’agence Hero Corp pour maintenir la paix. Mais les années ont passé. Les menaces ne sont plus forcément là et les super-héros se sont endormis. Au fin fond de la Lozère, un petit village perdu abrite une communauté d’anciens super-héros. Retirés du monde et du service actif et/ou non formés, leurs pouvoirs ne sont plus ce qu’ils étaient. Mais la réapparition inopinée de The Lord, plus grand super-vilain de l’histoire que tout le monde croyait disparu, va bouleverser la vie des habitants du village. Une prédiction annonce pourtant que leur seul espoir viendrait de John, le fils de deux anciens super-héros, qui ignore tout de ses origines. »

C’est sur ce pitch assez original qu’en 2008 débarque sur Comédie ! une série française assez atypique à la télévision, Hero Corp.

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Saison 1 / Saison 2 : le début de l’aventure

La série et ses origines sont portées par Simon Astier et Alban Lenoir. Auréolé par les succès de Kaamelott créé par son demi-frère Alexandre Astier, Simon Astier (qui y jouait le personnage d’Yvain, chevalier au lion) propose à la production de CALT la série Hero Corp à partir d’un sketch écrit avec son comparse Alban Lenoir sur des super-héros aux pouvoirs moisis. Cette première saison sera tournée pendant l’été 2008 et comporte 15 épisodes de 26 minutes. A l’inverse de Kaamelott, parti d’une série composée de sketchs courts pour aller vers de plus en plus de narrativité, Hero Corp se pose dès le début en tant que série avec une trame narrative entre les épisodes. On y fait donc la connaissance de John (Simon Astier) qui arrive dans ce village perdu pour enterrer sa tante qu’il n’a plus vue depuis des années. Il va vite comprendre qu’un truc ne tourne pas rond avec les habitants.

4093486gquhtOn fait connaissance avec une dizaine de personnages qui sont tous attachants à leur manière : Klaus dit Force Mustang (Alban Lenoir), homme le plus fort du monde (même si c’est pas vraiment son pouvoir), bourrin au grand cœur qui devient le meilleur ami de John, Doug dit Serum (Sebastien Lalanne), qui se fige lorsqu’il entend un mensonge, Steve dit Brasier (Gérard Darier) maitrisant le feu et est donc devenu boulanger du village, Stan dit Mental (Arnaud Joyet) qui a le pouvoir de persuasion surtout si la personne est d’accord à la base ou encore Burt dit Acide Man puis Captain Shampoing (François Podetti) qui peut projeter du shampoing doux (à la base c’était de l’acide). Et bien d’autres.

Ce qui est intéressant et qui constitue l’un des principaux ressorts comiques de la série est que tous les personnages sont dysfonctionnels. Dysfonctionnels avec leurs pouvoirs qui sont, au choix, non maitrisés, en perte de vitesse, ou juste complètement cons. Dysfonctionnels aussi dans leurs relations avec eux-même et avec les autres. L’exemple le plus parlant est bien sûr John. La plupart du temps il ne sait pas vraiment ce qu’il fait là et ce qu’on attend de lui, ses pouvoirs émergents semblent incontrôlables et ses relations avec ses amis (Klaus et Doug en tête), sa famille ou avec Jennifer (une des seuls « civils », c’est à dire non super-héros, et de qui John va se rapprocher) sont au mieux bancales, au pire aléatoires et chaotiques. Ce type de relations entraînent quiproquos, discussions absurdes, actions débiles et autres répliques cinglantes.

« Je suis dans un village de super-héros moisis. Tu m’as fait venir dans un village de super-héros moisis ! Mais si j’raconte ça quand j’rentre on va m’lancer des cailloux quoi ! » – John

Les méchants de l’histoire ne sont pas en reste. Ainsi The Lord (Christian Bujeau qui jouait notamment le maitre d’armes dans Kaamelott), plus grand super-vilain de son temps, se retrouve à devoir composer son plan d’attaque accompagné d’une bande de bergers du fin fond de la Lozère avec un QI proche de celui de leurs bêtes. Ça pète quand même un peu moins la classe.

Tournée clairement avec peu de moyens et en peu de temps, la saison 1 est loin d’être parfaite mais le charme est là si on aime ce type d’univers, l’humour un peu absurde et les répliques qui font mouches. S’en suivra une saison 2 (également composé de 15 épisodes de 26 minutes) en 2010, on l’on retrouvera toute la bande cherchant à fuir une nouvelle menace tandis que John perd peu à peu le contrôle de ses pouvoirs. Dans cette nouvelle saison, on sent que plus de temps a été passé sur le tournage et sur la mise en scène ce qui renforce le potentiel de la série. Ce n’est pas encore parfait avec notamment la direction de certains acteurs encore approximative et un scénario qui a tendance à se perdre dans des facilités ou des changements absurdes dans le comportement des personnages (non mais John/Jennifer please !) mais le tout reste super attachant. Simon Astier en profite pour développer la mythologie de la série et notamment ce qui va apparaître comme, pour moi, l’un des thèmes centraux : John et la quête de sa « famille » (parents/amis/relation amoureuse) et de son identité. Mais on découvre également de nouveaux personnages parmi lesquels on peut citer les excellents Captain Sports Extrêmes (Arnaud Tsamère en grande forme) ou Jean Micheng (Patrick Vo) qui a quand même le pouvoir le plus drôle du monde.

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Hommage assez prononcé aux comics de super-héros (rien que le générique illustré par Oliver Peru qui raconte le pitch de départ en BD), la série est pleine de petites références pour les connaisseurs (les 4 Atomiques, Captain Canada ou encore Wolverine dont le vrai nom serait Cédric) et s’amuse à essayer de détourner les codes du genre. À leur échelle on retrouve les concepts de quête initiatique du super-héros en devenir, de sidekick limite souffre-douleur (Doug par exemple), de vilains (au sens anglais du terme) avec des plans de domination et une soif de revanche, de gentils pas si gentils mais aussi l’importance des costumes ou des identités secrètes. Le tout à une échelle plus humaine due au fait qu’on a affaire à des héros sur le retour (et peut être aussi au manque de moyens).

Captain Sports Extrêmes : « Bon, on a trois possibilités. Soit on fait nos connasses et on descend en rappel, soit on n’est pas des fiottes et on y va en free fly ! »
John : « Ouais donc y a que deux possibilités en fait. »

Il faut avouer que la série dénote à sa sortie sur la télévision française. Il faut en effet se replacer dans le contexte. En 2008, on bouffe effectivement du Kaamelott depuis 3 ans mais par exemple on ne verra l’apparition d’une série comme le Visiteur du Futur qu’en 2009 (et encore sur le web). Au cinéma, ce n’est que la même année que, par exemple, débuta vraiment le Marvel Cinematic Universe avec la sortie du premier Iron Man. Alors autant dire que la série est au départ assez ciblée sur un public de niche. Rajoutez à cela une diffusion sur une chaine du câble (Comédie !) non accessible au plus grand nombre et une comparaison inévitable à sa « grande soeur », Kaamelott bien plus aboutie en terme d’écriture et de mise en scène, et il faut bien avouer que la série ne partait pas forcément gagnante. Je connais quelques personnes qui n’ont pas du tout accroché à cause de l’aspect plus foutraque et plus « amateur ». Pour moi, je l’ai toujours pris comme un élément en soi de la série : c’est pas grave si c’est tourné dans un village au fond de la campagne avec 2 bouts de ficelles, ça colle avec l’ambiance de l’histoire. Les seuls moments qui m’ont vraiment dérangé ont été, comme je l’ai dit plus haut, quand j’avais l’impression que le scénario et les personnages (notamment leur psychologie) partaient dans toutes les directions d’un épisode à l’autre.

« Moi, si on commence à jeter des animaux décédés, franchement ça va pas me le faire. » – Klaus

Malgré tout cela, la série arrive à trouver son public notamment sur internet (merci le téléchargement quand tu n’as pas le câble) et se forge une communauté de fans connaissant les répliques par cœur. Malheureusement, le téléchargement ne fait pas les audiences et à l’issue de la saison 2, Comédie ! décide de pas continuer l’aventure, laissant le public sur un cliffhanger de fin de saison particulièrement frustrant.

Pinaaaaaaaaaage !

Et là quelque chose s’est produit. Quelque chose d’inattendu.  Je viens juste de vous dire qu’Hero Corp avait réussi à se forger une communauté via internet. Et bien c’est d’internet que viendra en partie la survie de la série. Alors que les déclarations de Simon Astier ne laissent que peu d’espoir sur le devenir de la série et une éventuelle saison 3, les fans vont progressivement se rassembler, frustrés de ne plus rien avoir à se mettre sous la dent (déjà qu’on commençait à comprendre que Kaamelott au cinéma c’était clairement pas pour tout de suite). Et entre 2010 et 2012, plusieurs rassemblements vont avoir lieu dans les villes de France sous ce cri, le « Vengeurs, rassemblement ! » d’Hero Corp : PINAGE ! A cela vous pouvez rajouter plusieurs pétitions et une mobilisation au moment des rediffusions sur Comédie ! puis sur France 4 et Game One pour montrer que le public était bien présent (notamment lors des marathons de redifs). En marge de ça, Simon Astier continue de développer un peu son univers avec la sortie de deux BDs estampillées Hero Corp revenant notamment un peu plus sur les origines des personnages.

C’est en 2012 que , contre toute attente, France Télé annonce le développement de la saison 3 d’Hero Corp qui sera diffusée sur France 4 l’année suivante. Hero Corp devient ainsi l’une des premières séries françaises (la première ?) sauvées par ses fans. Et ça c’est cool ! Mais pour s’adapter au créneau de diffusion, le format de la série change et passe à un format court de 35 épisodes de 7 min. Bien que sur le DVD/Blu-Ray de la saison, plusieurs épisodes soient rassemblés pour retrouver une trame narrative plus claire, la série en pâtit clairement. Elle est toujours un peu plus aboutie dans les moyens de tournages, les décors, les costumes ou les effets spéciaux, mais le format court met vraiment en avant les problèmes scénaristiques et un fil directeur particulièrement décousu. Comme dans la saison 2, c’est sur John que l’effet est le plus visible. Tantôt leader, tantôt dépressif, tantôt vrai connard arrogant (et ce d’un épisode de 7 min à l’autre), on ne sait malheureusement plus sur quel pied danser. C’est dommage après l’attente que cette saison 3 avait suscité. Et c’est aussi dommage car malgré tout, la série gagne en même temps en maturité. La saison est clairement plus sombre et plus adulte. Le final est particulièrement réussi sur ce point-là. L’humour est toujours là mais distillé de manière intelligente. Le fond dramatique de l’histoire et le fait que ce soit filmé en plein hiver, dans la neige, au fin fond de la Bourgogne renforce cet aspect-là.

unnamedMais l’intérêt de cette saison 3 vient du développement de l’aspect trans-média de l’univers Hero Corp. Déjà débuté par les BDs, celui-ci prend de l’ampleur avec la sortie quelques mois avant la diffusion de la série d’une application téléphonique. L’application permettait notamment de faire le lien entre les saisons 2 et 3 avec des énigmes et des QR codes permettant notamment de débloquer les épisodes de la web-série Les Survivants.

Une autre web-série Les prémonitions de Kyle se situant en parallèle de la saison 3 viendra compléter le tout. La multiplication des formats notamment sur Internet et sur plate-formes mobiles est assez atypique en France mais apparaît très cohérente avec la communauté de fans. Le public Internet a grandement sauvé la série, il apparaît normal qu’on lui parle directement.

La série/production est d’ailleurs très active sur les réseaux sociaux (notamment sur Twitter avec @HeroCorp).

Finir en beauté

En 2014, la saison 4 permet enfin à la série d’atteindre sa plein puissance. Résolument pour moi la saison la plus aboutie, on peut lui reprocher peu de chose. Le format change une nouvelle fois pour passer à 19 épisodes de 13 minutes laissant plus de place à la narration. Le développement des personnages est plus maitrisé et ça ne part plus dans tous les sens malgré la multiplication des lieux (et donc des sous-intrigues). Certains passages sont même vraiment bien trouvés et jouissifs (e.g. l’épisode « zombie » ou le moment musical avec le chanteur Tété). Le volet trans-média continue avec l’application permettant de visionner les épisodes de la web-série La voie de Klaus ou le livre interactif « Le livre dont vous êtes le Hero Corp » (rien que pour la référence à ces grands moments qu’ont été les livres dont vous êtes le héros ça pète).

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Et maintenant ? Simon Astier et France 4 ont annoncé que la saison 5 était en développement et qu’elle serait la dernière. Aux dernières informations, elle devrait être composée de 9 épisodes de 26 minutes (encore un changement de format bordel !). Afin de finir en beauté et de cofinancer cette dernière saison, un appel à la communauté de fans a été lancé grâce au système très à la mode du financement participatif. Lancé en août 2015 sur Ulule (le lien est là) pour un premier palier de 60 000 euros et des contreparties assez cools, le montant est explosé en moins de 7h. Au final, la campagne Ulule s’est clôturée en octobre avec plus de 200 000 euros collectés ce qui permettra de rajouter plusieurs jours de tournage et de la post-prod sur les effets spéciaux. La saison 5 était normalement prévue pour cette année mais le tournage a pris un peu de retard. On va devoir donc attendre un peu pour voir l’épilogue de l’histoire de John et des autres habitants du Village.

Miss Moore : « Il faut faire ce qu’on sait faire. »
Burt : « De la merde ? »

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Comme dit plus haut, Hero Corp reste pour moi une série atypique à la télévision française que je m’efforce de défendre. Oui c’est parfois un peu bancal, c’est pas toujours la meilleure série du monde et ça souffre sans doute de la comparaison avec Kaamelott mais merde ! Ça a le mérite d’être original, de tenter des trucs, d’avoir des répliques qui font mouche et qui peuvent rapidement devenir culte. La série ne fait que se bonifier au cours des saisons tout en gardant son identité propre. Et c’est surtout un gros hommage au monde des super-héros arrivé sur les écrans avant la grosse déferlante qu’on connaît depuis quelques années sur les grands écrans. Prenez le temps de regarder, rattrapez votre retard à temps pour la dernière saison et donnez une chance à la série. Si seulement ça pouvait montrer que ce genre de projets et d’univers sont viables à la télévision française.

« Moi, juste pour info, tu m’effleures j’te dévie la trachée ! » – Klaus

Dr Tyriel

"Je sers la Science et c'est ma joie"

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  • 22 janvier 2016 at 15 h 20 min
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    Un de ses problèmes vient de l’effet « Astier » : une formule similaire (le quotidien qui vient briser la légende) à Kaamelott et les comparaisons inévitables avec la façon d’écrire du frère.

    Sans cet élément de comparaison (la série existerait-elle d’ailleurs ?), je suis persuadé qu’HC aurait été soit un gros flop soit un phénomène mais pas la série plutôt confidentielle entretenue par sa communauté de fan.

    J’espère que la saison 5 viendra conclure tout ça en beauté et que d’autres séries tout aussi décalées viendront compléter la liste :)

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