I Hate Fairyland : carnage au pays des licornes

Le conte commence comme chaque conte : une jolie petite fille aux cheveux verts rêve d’un monde merveilleux, ET PAF ! Le sol la bouffe et l’envoie direct en chute libre se vautrer tête la première dans le pays des contes. Hein ? Comment ça tous les contes ne commencent pas comme ça ? On m’aurait menti ?

Oh quelle mignonne petite fille !

La merveilleuse reine Cloudia (elle a une chevelure de nuage) lui explique alors que pour sortir, rien de plus facile ! Il lui suffit de récupérer la clé magique qui lui ouvrira la porte du retour chez elle. Mieux que ça : pour l’aider elle lui confie la carte du monde, et un joyeux compagnon papillon/moustique/chose qui l’accompagnera dans sa quête.

Et là, problème. Car voilà, tout ça, c’était il y a vingt-sept ans.

« C’juste une ‘tite clé tu vois ? 27 ans, une clé. C’est juste… Tu vois quoi. »

Eh oui car figurez-vous que la clé, la petite fille est infoutue de la trouver. Au fil des années qui glissaient sur elle sans laisser de marques, Gertrude chercha et chercha encore, s’embourbant dans la guimauve et les couleurs flashy de ce monde, jusqu’à très sérieusement péter une durite.

Chevelure autrefois impeccable aujourd’hui anarchique, rides sous les yeux, regard fou… La petite Gerturde a très sérieusement encaissé les années à l’intérieur de ce corps pourtant inaltérable. Piégée dans l’univers de sucre candy et de gentils animaux, Gertrude est aujourd’hui une quadragénaire coincée dans le corps d’une gamine de sept ans qui continue malgré tout à chercher ce Graal introuvable dans l’espoir rêvé de pouvoir un jour retourner chez elle. Toujours accompagnée de son petit compagnon volant, lui aussi désabusé et hagard, à la fois bras droit et prisonnier de cette barjot à couettes, qui doit se tartiner la quête sans fin en plus de supporter cette psychopathe en puissance.

Happy, la gentille petite fille qui cherche aussi la clef !

Bref, Gertrude en a vraiment plein le cul. Désespérée, elle en a perdu tous codes moraux, toute raison. Se sachant immortelle dans ce monde de merveilles fantasmagoriques, Gertrude passe sa fureur sur la faune locale à grands coups de hache dans la tronche.

C’est qu’elle commence à vriller les nerfs de toute la communauté autrefois tranquille de Fairyland la gamine, toute incapable qu’elle est de trouver cette satanée clef et d’enfin tracer sa route AILLEURS. C’était marrant deux minutes, mais maintenant ses pétages de plombs tapent sérieusement sur le système de la reine Cloudia qui contemple jour après jour ce cancer de gamine massacrer son peuple, et ravager son monde sans complexes et en y prenant un plaisir malsain !

Suffit ! En brisant leurs principes, les hauts placés de Fairyland décident d’un commun accord de tout faire pour mettre hors d’état de nuire cette invitée à perpet’ en roue libre. Fairyland, tu l’aimes ou tu le quittes NEZ’PAS ! Manque de pot, ils ne peuvent l’atteindre directement : eh oui, Fairyland est un monde merveilleux, donc inoffensif et bienveillant pour chaque personne qui y pénètre. SAUF, si un autre invité trouve la clef avant Gertrude, ce qui aura pour conséquence de l’absorber à jamais dans le monde et d’en faire une résidente comme les autres. Ce plan imparable s’incarnera alors dans un être maléfique : Happy. La course poursuite entre Gertrude et cette adorable gamine promettra alors un affrontement dantesque à base de Genkidama d’arc en ciel et de flots de tripes.

Des papillons, des licornes et de la tripaille

Ouais non, on est pas du tout dans la finesse avec Gertrude.

Skottie Young a sûrement une sérieuse dent contre le Kawai et de la mignonnitude. Avec son personnage dégénéré tout le monde y passe : les gentilles chenilles, les inoffensifs géants, les astres, les champignons rigolos… Sans pitié Young fait subir à Fairyland son courroux du policé, du gentil et du toubotoupropre. En retournant les codes, il embarque le lecteur dans un gros (énorme) délire de scénariste sous LSD, lassé du déjà-vu et des ficelles que l’on voit venir à cent kilomètres. L’humour est le seul fil rouge, le pilier de ce grand n’importe quoi qui tient tant que la vanne va jusqu’au bout, tant qu’elle retient l’attention du lecteur : c’est bien simple, son personnage est tellement attachant et fumé, que l’on dévore les pages pour la suivre dans ces péripéties clownesques. On est loin des standards du genre : Young nous propose une bonne tranche de marade grasse, et on le suit de bon cœur tant c’est percutant et efficace. Le tout porté par un dessin plus proche du Cartoon que du Comics pur où le Coyote s’incarne sous les traits d’une petite fille ravagée du ciboulot, qui n’avance que parce qu’elle le doit. On ressent d’ailleurs l’immense influence de Tex Avery dans le trait de pinceau et d’esprit de Young qui amène I Hate Fairyland à un croisement entre Coyote, un Kid Paddle pour adulte et le Donjon de Naheulbeuk.

C’est fort, ça fonctionne diablement. Et c’est profondément jouissif.

Verdict

I Hate Fairyland est un bonbon. Tout rose, tout bien emballé, tout beau. Il resplendit et se savoure au fil des cases. C’est une réelle gourmandise de lecteur. On se marre de la bouffonnerie du scénario et de son héroïne dopée à la violence et perchée loin loin dans les hautes sphères de la folie. On est ici face à tout ce que l’on peut apprécier au Cri du Troll : un genre de Looney Toons à l’ancienne mélangé à un comics trash hilarant et gonzo qui assume son absurdité et va au bout du délire. On retrouve donc avec I Hate Fairyland tous les ingrédients pour passer un super moment de pure détente sans prise de tête.

En bref, un indispensable ! 

 

LazyLumps

Déjà petit, le troll Lazylumps collectionnait les cailloux. Après en avoir balancé un certain nombre dans la tronche de tout le monde, il est devenu le "Rédak' Chef" de la horde, un manitou au pouvoir tyrannique mais au charisme proche d'un mollusque. Souvent les nuits de délire on l'entend hurler "ARTICLE ! ARTICLE ! IL FAUT UN ARTICLE POUR DEMAIN".