IMBATTABLE : Justice et Legume frais

Vous avez remarqué que les super héros et la bande dessinée sont intimement liés ? En BD c’est même un genre « la bd de super-héros ». Avec pour toile de fond la lutte du bien triomphant sur le mal. Ça fait un petit moment que ça dure et à part quelques variations dans l’univers très codifié de la BD de super-héros, ça faisait un moment qu’il passait plus grand-chose de neuf ou de vraiment innovant. Puis voilà que débarque Pascal Jousselin et son héros Imbattable. Aujourd’hui on va parler du seul véritable super-héros de la bande dessinée…
Alors mettez votre slip par-dessus votre futal, piquez une serviette de bain pour vous faire une cape et mettez une cagoule sur votre visage pour cacher votre identité secrète, on va parler d’IMBATTABLE de Pascal Jousselin sorti chez Dupuis.

Tu peux pas test

Super-héros de proximité

Imbattable est un super héros normal, il a la panoplie du super héros de base (masque, cape et bottes). Il vit dans une petite ville de province tout ce qu’il y a de plus normale, avec sa petite délinquance de quartier, son maire avide de pognon, sa police, ses chats coincés dans les arbres et son savant fou qui essaie de dominer le monde. Normal je vous dit. Sans compter qu’il arrive toujours à rétablir la justice au dernier moment grâce à ses pouvoirs…  Je sais ce que vous vous dites, c’est quoi ce pitch tout pété, on a déjà vu ça mille fois ! Il est train de nous la faire à l’envers avec son histoire de révolution dans le monde des super-héros !

Sauf qu’Imbattable a une particularité propre au média dans lequel il évolue, il peut s’affranchir des codes de la bande dessinée et ça c’est très fort !

Je m’explique Imbattable est capable, par exemple d’anticiper ce qu’il se passe dans les cases de la BD, et il peut sauter de l’une à l’autre. Il peut interagir avec les cases à proximité, se dédoubler et la liste est encore longue, car comme la bande dessinée, Imbattable a un potentiel quasiment illimité en terme de narration.

Oubapotons un peu

Alors oui effectivement Pascal Jousselin n’est pas le premier à franchir cette ligne qui sépare narration et expérimentation graphique. On va pas tous les citer mais Windsor Mccay (Little Nemo), Fred (Philémon), Gotlib (Rubrique à brac), et même ce bon vieux Alan Moore avec son complice J.H. Williams III (Promethea) ont réalisé des planches complètement folles et originales en terme de narration et ils ne sont pas les seuls.

Le saviez vous ?
Il existe un comité regroupant plusieurs dessinateurs officiant depuis 1993 sous l’acronyme OUBAPO (pour ouvroir de bande dessinée potentielle). Ce comité crée des bandes dessinées sous contraintes et explore de nouveau territoire de narration tel que le morlaque, un récit qui se « mord la queue » dont la fin se raccorde au début de façon à ce qu’il forme un énoncé indéfini ; ou encore la Pluri-lecturabilité : lecture d’une planche sous plusieurs sens (gauche, droite, en diagonale…). Il en existe un bon paquet d’autres mais je ne vais pas développer davantage. J’ai quand même envie que vous finissiez l’article avec toutes vos facultés mentales.

Je vous encourage vivement à vous intéresser à ce mouvement de la bande dessinée qui, je cite, « participe à l’avènement d’une conception plus ouverte de la bande dessinée ».

Une brève histoire de temps et d’espace

Mais alors si tout a déjà été fait, en quoi Imbattable est il aussi bien ?
C’est tout simplement parce que Pascal Jousselin a su faire d’un effet de style une véritable histoire avec des personnages attachants et un univers cohérent qui peu à peu se construisent sous nos yeux. Car dans le monde d’Imbattable, personne ne comprend la source de son pouvoir, les personnages n’ont pas conscience qu’ils sont dans une BD. Ce qui le rend véritablement Imbattable pour le coup, car il se tire astucieusement de pas mal de situations totalement périlleuses grâce à son pouvoir. Le héros a une vague idée que son univers se découpe en case et qu’il peut en tirer parti mais ça ne le préoccupe pas plus que ça, d’ailleurs il est assez timide et c’est pas le genre à la ramener. Il n’aspire qu’à la tranquillité, le reste du temps il fait ses courses et va manger chez sa mamie, il n’hésite pas non plus à donner un coup de main à ses voisins (il est normal je vous dit)…
Mais ce n’est pas tout car Imbattable n’est pas le seul à avoir des pouvoirs dans ce tome. Vous découvrirez d’autres personnages avec des pouvoirs totalement dingues, comme le Passpaj, un type capable de passer d’une page recto à son verso. Plus on avance dans la lecture de ce tome et plus on découvre le potentiel et les limites de son pouvoir.
Et au niveau du dessin me direz vous ? On est sur du classique ligne claire Franco-Belge, mais avec toutefois un trait fin plutôt sensible et surtout juste, on est pile dans la bonne case le bon mouvement au bon moment, on est pas dans la surenchère de style. On sent que chacune de ces planches sont faites pour être appréciées dans leur intégralité. Et c’est même pour cette bonne et simple raison que Imbattable est le seul véritable super-héros de bande dessinée et que tous les autres ne sont que des super-héros de bande dessinée…

Le bon vieux coup du matou coincé dans l’arbre revisité avec brio !

Pour la petite histoire, quand Imbattable est apparu dans les planches de Spirou il n’avait pas vocation à devenir une série. Mais l’engouement du public et le bouche à oreilles ont fait le reste. Pascal Jousselin avec son héros « conscient » et sympathique arrive à faire un album cohérent et très malin. Il arrive même par moment à plier le temps et l’espace au détour d’une case et nous force en tant que lecteur à nous positionner comme spectateur/complice des prouesses de son héros et par la même occasion il nous oblige à nous creuser le cerveau, et ça c’est pas rien pour une bande dessinée. Et puis une planche d’Imbattable ça ne se lit pas, ça se vit comme une expérience.

 

Blorb

Blorb est tombé dans un carton de comics radioactif quand il était un petit troll. Cette exposition ayant eu pour effet de modifier profondément son ADN, il se met à dévorer des BD puis il les régurgite dans une sorte de vomi liquide qui lui sert de base pour mitonner ses articles.