Interview du Koidoukai : Lumière sur la troupe bordelaise de danse Yosakoi !

Durant le festival Animasia d’octobre 2017, nous avons eu l’occasion de découvrir, avec ce cher Narfi, une association bordelaise de danse Yosakoi originale et dynamique : le Koidoukai ! Mais qu’est-ce donc que le Yosakoi me direz-vous ? Il s’agit d’un style de danse japonaise énergique qui allie le rythme à l’esthétique et qui se pratique en groupe, en particulier lors de festivals. Cette danse, grâce aux initiatives de troupes, à l’image du Koidoukai, se démocratise peu à peu en France et même dans l’Europe entière. Pour cette semaine spéciale Japon, j’ai eu envie de vous présenter à la fois le Yosakoi de façon générale et en particulier le Koidoukai, à travers une interview de la présidente de l’association, qui fait vivre cet art dans la région bordelaise !

Alizée est la présidente de l’association du Koidoukai depuis juin 2016, et elle est rentrée dans la troupe en septembre 2015. Elle a eu l’occasion de découvrir le Yosakoi durant ses études au Japon. C’est à son retour en France et après quelques recherches qu’elle a repéré une association de Yosakoi qui s’entraînait, à l’époque, dans son université, à Bordeaux (Bordeaux Montaigne) : le Koidoukai. Les entraînements de la troupe ont lieu chaque semaine dans les environs de Bordeaux. J’ai donc eu la chance de poser quelques questions à Alizée qui est une réelle passionnée de cette danse japonaise, mais aussi très investie dans l’association du Koidoukai !

Peux-tu faire une petite présentation du Yosakoi ?

C’est une danse japonaise qui existe depuis les années 1950. Elle a été créée après la Seconde Guerre Mondiale, à un moment où les japonais subissent la défaite, et qui est marquée par une atmosphère de démoralisation générale.

L’initiative vient de la ville de Kōchi qui a décidé d’organiser, en 1954, une grande parade dansée dans la rue commerçante. Les participants ont repris des mouvements d’une danse déjà existante dans les festivals d’été, qui s’appelle Awa Odori, puis d’autres pas se sont ajoutés au fur et à mesure. Cette parade de Kōchi a été le premier festival de Yosakoi au Japon. Depuis, il y a tous les ans un très gros festival de Yosakoi à Kōchi avec plusieurs troupes du pays. La danse s’est répandue dans tout l’archipel, avec des adaptations et des formes différentes suivant les régions.

C’est une danse qui est à la fois traditionnelle de par ses origines mais aussi très moderne, et qui a incorporé des mouvements d’arts martiaux par exemple, mais aussi des pas d’autres danses. Elle peut se danser sur pratiquement n’importe quelle musique (rires). J’ai déjà vu une représentation qui se dansait sur la chanson de « La reine des neiges » ! C’était réalisé par un groupe de collégiens ou de lycéens, et c’était très mignon ! Enfin, tout ça pour dire que c’est un art très libre !

Comment a été créée l’association du Koidoukai ?

Alors, l’association a été créée en  2010, par Martine qui est  toujours dans le groupe aujourd’hui. Elle était étudiante en japonais, et c’est durant un séjour au Japon qu’elle a découvert le Yosakoi, dans la fac où elle étudiait. Quand elle est rentrée en France, il y avait quelques étudiants japonais avec qui elle a créé une sorte de mini équipe de Yosakoi, ici à Bordeaux. Ce n’était pas prévu forcément pour durer, c’était ponctuel. Ils ont participé à des événements et ça a beaucoup plu ! D’autres personnes ont voulu essayer cette danse, alors ça s’est peu à peu développé, avant que l’association soit ajoutée au groupe Mandora. C’était un atelier officiel de Mandora, d’ailleurs Martine était bénévole là-bas, c’est grâce à elle que la troupe a pu se monter sous l’égide de Mandora. Puis, en 2015, le Koidoukai a pris son indépendance et c’est devenu une association à part entière.

Et comment s’organise l’association ?

C’est une association classique de type Loi 1901, donc il y a un bureau avec la  présidente, vice-présidente, secrétaire, trésorier, etc. Et à ce système de l’association se superpose le système de la troupe, avec Martine qui est le leader ou la capitaine de l’équipe, les deux termes sont bons ! C’est elle qui aide à enseigner les danses et qui organise les placements quand on doit passer sur scène, etc. Les autres membres de la troupe participent aussi !

Comment décrirais-tu le Koidoukai et ses valeurs ?

Ce que je retiendrai surtout, c’est la très bonne ambiance qu’il y a dans le club ! On y va pour s’amuser, même si ce que l’on fait est artistique. On aborde la danse davantage par l’aspect sportif, c’est plein d’énergie et on se dépense beaucoup ! On ne vise pas forcément la performance, mais on privilégie le fait de s’amuser, d’être ensemble et de pouvoir faire participer les nouveaux arrivants le plus vite possible. Oui, c’est vraiment le plaisir d’être ensemble et de s’éclater sur scène pour que le public passe un bon moment aussi !

C’est plus ou moins l’esprit que l’on retrouve dans les troupes du Japon, même s’il y en a avec de très bons niveaux qui peuvent viser des prix. Dans les festivals japonais, il y a souvent des compétitions. Les troupes peuvent choisir de rentrer dans l’aspect « compétition », ou de seulement participer pour se faire plaisir. Dans le cas de la compétition, il y a une note, où les différentes équipes récoltent un certain nombre de points. Puis, il y a une phase finale avec les équipes qui ont le plus de points, et qui font une nouvelle représentation sur scène. En général, cette finale se passe de nuit durant la soirée du festival, et il y a une super ambiance ! L’équipe gagnante remporte un diplôme et les honneurs ! Dans les plus gros festivals, les phases finales peuvent être retransmises à la télévision japonaise.

Aujourd’hui, combien d’adhérents compte le Koidoukai et comment se passent les recrutements ?

On a eu pas mal de nouveaux arrivants cette année (2017), donc aujourd’hui, on est une trentaine. Il y a une majorité féminine qui est assez marquée, je crois qu’il y a  cinq ou six  garçons, ce qui est pas mal ! Les gens pensent parfois que c’est une danse réservée aux filles, ce qui n’est pas du tout le cas. Ni ici, ni au Japon ! Il y a des équipes où c’est clairement moitié femme et moitié homme. J’ai déjà vu des équipes  uniquement composées de garçons, qui font des chorégraphies très puissantes, avec des sauts, etc. Mais c’est plus dur en France de trouver des garçons…

Pour la moyenne d’âge, la plus jeune membre a 12/13 ans et la plus âgée n’est pas loin de la quarantaine, mais la troupe est constituée en grande partie de personnes entre 20 et 30 ans.

Le recrutement se passe en majorité lors des festivals comme Animasia. Les gens nous voient sur scène puis passent sur le stand parce qu’ils sont intrigués, intéressés car ça leur a plu. Il y a aussi les ateliers d’initiation qui marchent particulièrement bien dans les festivals. Parfois, on a des personnes qui ont découvert le Yosakoi par d’autres moyens (voyage au Japon, amis, etc.) et qui du coup, ont cherché des associations en France et qui sont tombés sur nous. C’est rare mais ça arrive ! Il y a aussi des membres qui amènent des amis dans l’association !  

Comment se passe le choix des chorégraphies que vous présentez ?

On en a un certain nombre ! Au début du club, Martine a utilisé des danses qu’elle a apprises lors de son voyage au Japon, avec l’accord de sa troupe japonaise. Puis, s’y sont ajoutées des danses que l’on appelle les Sô Odori, qui sont un type de danse ouverte à tous. Il y a un moment dans un festival consacré à ces danses, où des personnes de toutes les équipes participent, ainsi que le public, éventuellement. C’est cela que veut dire Sô Odori, l’idée de danser ensemble ! Il en existe énormément au Japon, chaque festival possède la sienne et c’est libre de droits. Certaines sont plus ou moins connues, et en général, la chorégraphie n’est pas difficile, pour pouvoir faire participer le public. C’est une bonne base pour débuter, le Koidoukai a commencé par ce genre de danses.

Il y a aussi des créations originales, même si la musique n’est pas de nous. On en a une et l’on travaille sur une seconde actuellement. Je n’étais pas là quand la première chorégraphie a été créée mais je pense qu’elle a été composée comme la seconde. C’est-à-dire que l’on tient à ce que tout le monde puisse donner son avis, même si cela prend plus de temps car on est assez nombreux. Il y a aussi des influences d’autres danses dans nos chorégraphies. Par exemple, comme c’est moi qui travaille dessus en ce moment,  j’ai pratiqué depuis petite la danse classique, un peu de jazz et de Yosakoi au Japon aussi, donc j’ai un certain répertoire de mouvements (rires). On a aussi des danses que l’on a apprises avec d’autres équipes de Yosakoi de France ou d’Europe lors de rencontres !

Peux-tu nous expliquer le choix des costumes et des accessoires de la troupe ?

En général, le costume dépend des troupes mais il y a des constantes comme les chaussures appelées les jika tabi. C’est comme des chaussettes japonaises avec espace pour le pouce, elles peuvent être blanches ou noires et elles rappellent un peu les ninjas dans leur style.

Souvent, les équipes portent une sorte de veste, un happi, c’est comme une veste de kimono qui est plus ou moins longue. On peut trouver dessus l’emblème de l’équipe, dans le dos ; les couleurs ainsi que les motifs peuvent être très variés. Après, il y a des équipes qui portent carrément des kimonos, mais il faut avouer que c’est plus rare, car cela limite les mouvements ! On en retrouve surtout dans le Yosakoi du sud du Japon, qui est un peu plus « calme ». Mais les costumes peuvent être d’une très grande variété !

Il existe aussi des doubles costumes, c’est-à-dire qu’il y a le costume du dessus, et en dessous, un deuxième costume. Dans le milieu de la chorégraphie, les danseurs enlèvent le costume du dessus, mais il reste accroché à la taille par une ceinture. Ce changement de costumes est absolument génial à regarder, c’est surprenant !

Dès le début du Koidoukai, les couleurs des costumes ont été le rouge et le noir. Mais on a l’intention d’améliorer le costume au fur et à mesure, en ajoutant d’autres couleurs comme du blanc et du bleu. Et notre emblème est une carpe ; c’est inspiré d’une légende chinoise, celle de la carpe qui remonte la cascade et qui se transforme en dragon ! Une légende qui a aussi inspiré les Pokémons Magicarpe et Léviator (rires). C’est une légende très connue dans l’ensemble de l’Asie !

Pour les accessoires, on a ce que l’on appelle des naruko dont les couleurs peuvent changer en fonction des équipes. Mais le plus fréquemment, ils sont noirs avec du rouge et du jaune. À l’origine, cet objet était utilisé dans les champs pour faire fuir les oiseaux grâce au bruit. Alors, comment c’est devenu un instrument de danse, je ne sais pas qui en a eu l’idée en premier ! (rires) Mais ça marque le rythme, un peu comme les castagnettes ! C’est devenu l’accessoire emblématique du Yosakoi, même si de nos jours, certaines troupes ne les utilisent pas.

Mais il y a d’autres accessoires dans le Yosakoi, souvent chaque équipe possède un très grand drapeau avec son emblème et ses couleurs. Koidoukai en possède un aussi, mais on ne peut pas l’utiliser souvent car nos représentations sont majoritairement en intérieur. Au Japon, la plupart des représentations se font en extérieur. Après, suivant les équipes, il peut y avoir des éventails, des ombrelles ou des lanternes par exemple ! Notre troupe utilise des éventails sur une des danses, il n’y a pas que le naruko.

Le fameux naruko !

Quels sont vos projets en cours ou à venir ?

On a pas mal d’événements pour 2018 ! On participe à un festival à Castelginest (25 mars 2018), au nord de Toulouse, qui est sur la culture japonaise plutôt traditionnelle. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont des musiciens qui jouent des instruments traditionnels japonais, et ont proposé de jouer nos musiques en live, ce qui va être assez énorme… il faut admettre que j’ai hâte !

Il y a aussi Animasia, au Haillan (28 mars 2018), où l’on devrait normalement participer et, potentiellement mais ce n’est pas encore certain, à la Japan Expo 2018 !

Organisez-vous des rencontres avec d’autres troupes de Yosakoi, en France ou ailleurs ?

À échelle européenne, il y a le YEN (Yosakoi European Network) qui a été créé en 2014. C’est un réseau qui regroupe les équipes de Yosakoi qui existent en Europe. Au moment de sa création, il y avait donc nous, le Koidoukai, l’équipe de Raiden des Pays-Bas, celle de Zyka de Suède, Sakuramai de Pologne et l’équipe Todoroki d’Allemagne. On peut dire qu’il s’agit des équipes fondatrices du YEN. D’autres équipes se sont ajoutées, comme celle de Paris, Hinodemai, l’équipe de Nantes Odori Tsuru, et l’équipe de Londres qui s’appelle simplement Yosakoi London !

Il existe aussi une équipe européenne, qui rassemble des membres venant d’autres troupes existantes, ou bien qui ne sont pas rattachés à des troupes. Alors le nom complet est compliqué, donc je vais l’appeler par son petit nom qui est le RIKURYOKU !

Entre les équipes européennes, le premier échange a eu lieu en 2014 aux Pays-Bas, il s’agit du meet up du YEN. L’idée a été de faire un rassemblement pour faire connaissance et de danser ensemble. Il y en a eu un deuxième en 2015 en Suède, avec un spectacle ouvert au public. Un troisième qui s’est déroulé les 28 et 29 octobre 2017 chez nous, à Bordeaux, sur le modèle du premier meet up. Et donc, la quatrième rencontre devrait avoir lieu à la Japan Expo, à Paris ! Après, toutes les équipes ne peuvent pas être toujours présentes ou au complet.

La troupe européenne a pu participer au festival de Kōchi au Japon cet été ! Malheureusement, aucun membre du Koidoukai n’a pu se déplacer au festival, mais je faisais partie du groupe qui a créé la chorégraphie.

Certains membres du Koidoukai ont pu aller au Japon pratiquer le Yosakoi, mais dans des troupes japonaises. En 2016, la préfecture de Kōchi a invité des ambassadeurs des équipes européennes à se rendre au festival de Kōchi. Il y a eu trois membres de notre association qui ont pu s’y rendre et danser avec une équipe japonaise ! Le but de ce rassemblement était de lancer un projet en vue des JO de 2020, qui ont lieu au Japon. Ils aimeraient organiser un festival international lors du traditionnel festival de Kōchi, qui serait ouvert aux équipes de Yosakoi du monde entier ! Il y aurait éventuellement, mais ce n’est pas certain, une participation à la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques et on enchaînerait donc avec le festival de Kōchi. C’est absolument énorme, donc on espère vraiment que ça va se faire !

Parmi vos différents projets, lequel a été le plus marquant pour toi ?

Je ne suis pas dans la troupe depuis aussi longtemps que certains, qui sont là depuis le début. Mais personnellement, j’ai adoré le meet up du YEN qu’on a organisé à Bordeaux. Si je devais en citer un autre,  ce serait l’Animasia de 2016, au Haillan. Bon, c’était ma première scène avec le Koidoukai, mais c’est aussi parce qu’on avait invité l’équipe de Paris et qu’on avait dansé tous ensemble ! C’était la première fois que l’on a essayé cet exercice et c’était une réussite ! Ce sera sans doute amené à se refaire car on est en bon termes avec les équipes de Paris et de Nantes. On envisage même de créer une sorte de fédération française de Yosakoi, et de pouvoir se réunir plus souvent.  

Représentation du Koidoukai avec la troupe parisienne Hinodemai, 2016

Un mot de la fin ?

N’hésitez à venir ne serait-ce que tester, car tout le monde peut danser le Yosakoi ! Quel que soit le sexe, l’âge et même la condition physique ! Des membres dans le club ont des problèmes aux genoux ou de vieilles blessures, par exemple. Mais les chorégraphies sont complètement adaptables ! J’ai déjà vu un groupe de Yosakoi au Japon avec des personnes en fauteuil roulant, et c’était super bien ! Le Yosakoi, c’est donner, et recevoir de la bonne humeur ! C’est plus qu’une simple danse, c’est un état d’esprit !

 

Vous pouvez retrouvez le Koidoukai par ici !

Leur site : https://koidoukai.jimdo.com/

Leur page Facebook : https://www.facebook.com/Koidoukai/

Leur chaîne Youtube : https://www.youtube.com/user/KoidoukaiYosakoi

Et par email : koidoukai@gmail.com

Tobye

C'est dans les vallées vigneronnes de l'Entre-deux-Mers que se trouve l'antre de Tobye, jeune trolle du Cri. Entourée de mangas et autres vieux bouquins, elle aime se perdre dans les méandres de l'internet à la recherche de pépites à se mettre sous la dent. Un godet de pinard à la main, évidement.

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