Jurassic World, Indignosaurus Rex

Ça y est, il est sorti, nous avons un nouveau Jurassic Park ! De nouveau, nous allons pouvoir être transportés par la beauté intemporelle de créatures disparues depuis des millions d’années, rire aux remarques sarcastiques de personnages inoubliables et trembler avec les victimes d’une science hors de contrôle soumise à des intérêts capitalistes rejetant tout principe de précaution au nom de la rentabilité ! Comment ? Les personnages sont des archétypes sans profondeur ? Les effets spéciaux paraissent sans vie et on décompte plus de placements produits que de dinosaures dans le film ? Attendez on parle bien de Jurassic Park ? Oui mais non… Bienvenue à Jurassic World, peut-être le blockbuster le plus stupide de l’année ! (Ah oui aussi, SPOILER ALERT!! )

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Je dirai à personne que tu as vomi

Comme vous pouvez le voir dans le slogan du film, le parc est ouvert. En voilà une idée intéressante après le fiasco total du premier parc et les échecs ayant entrainé moult morts et blessés dans les films suivants de la licence, comment des gens ont-ils réussi à créer un parc à dinosaures qui fonctionne sans problème depuis apparemment une vingtaine d’années ? Quelles sont les procédures de sécurité, quelles sont les attractions choisies, verrons-nous comment le personnel du parc interagit avec ces animaux qui ont déjà prouvé par trois fois leur dangerosité ?

Oubliez immédiatement tous ces questionnements intéressants, le film part immédiatement dans la débauche de spectaculaire, les clôtures sont « invisibles », les dinos sont plus gigantesques que jamais et surtout, surtout, aucun d’eux ne se comportent comme des animaux : les carnivores sont tous des psychopathes et les herbivores sont tous des gentils nounours. Les notions de faim, de territoires, de domination au sein des groupes sont immédiatement évacuées au profit de cette simplification absurde. Évidemment des remarques des personnages du premier Jurassic Park reviennent immédiatement en mémoire : « Vous avez des plantes dans le hall qui sont vénéneuses mais vous les avez choisies parce qu’elles sont jolies. » Chaque scène avec les dinosaures a été sélectionnée comme ça, sans même chercher à rendre les animaux que l’on voit à l’écran crédibles, juste pour du spectaculaire sans queue ni tête (je mets au défi quiconque de s’approcher avec les gyrosphères d’un troupeau d’éléphants il risque avoir la surprise de sa vie)

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Oh ! La grosse balle de Ping Pong !

                                                           

Mais je mets la charrue avant les diplodocus, revenons, si vous le voulez bien, au début du film. Un écran blanc, un léger zoom arrière, on découvre une coquille d’oeuf qui se brise et derrière on peut apercevoir, tout petit, tout mignon, le premier choc du film: « MAIS C’EST MOCHE ! »

Eh oui Jurassic World a pris le parti du « tout numérique » (qui a tellement contribué au succès et à la popularité de la prélogie Star Wars). Dites « Bonjour » aux animations, certes très propres, mais sans vie, sans poids, sans présence de dinosaures et ça commence dans l’œuf…  Comment dire… ça part mal, très mal… (non mais je veux pas faire mon relou mais dans le premier le bébé raptor en marionnette il était vrai, il était beau, on pouvait le toucher… bref je vais arrêter les comparaisons sinon je vais plus pouvoir m’arrêter). On enchaîne ensuite sur un oiseau hyper moche – c’est vrai que filmer le pied d’un vrai oiseau c’était vraiment trop dur – et on nous présente les personnages principaux du film : Zach, un ado américain tout ce qu’il y a de plus typique et Gray l’archétype du petit génie, son petit frère. Étant donné qu’ils sont pompés à mort sur Tim et Alex, les enfants du premier film, ils sont les personnages les mieux écrits et ont une relation qui évolue au cours du film de manière assez sympathique, entre le début où ils ne se comprennent pas et ne se supportent pas et la fin où face aux dangers ils ont réussi à se retrouver sur des vraies valeurs de fraternité et de courage, c’est mignon tout plein. C’est par leur biais que nous irons sur Isla Nublar découvrir ce nouveau parc :

 

C’est vraiment un gros tas de merde

Bon sang ça me le fait à chaque fois, le thème tranquillement joué au piano lorsqu’ils descendent du bateau, les travelling vers l’horizon, les étoiles qui commencent à briller dans mes yeux, ça y est je suis prêt à être émerveillé, vont-ils réussir à finalement insuffler quelque chose à ce film qui part si mal ? Bien sûr que non ! Le thème si emblématique part et l’orchestre se déchaîne, on passe les grandes portes et… On voit des gens qui se baladent dans un fond vert, ils ont l’air contents, on ne sait pas trop pourquoi, aucun dino à l’horizon… Par contre on voit qu’il y a un Starbucks, un Hall Samsung, des voitures Mercedes, des Iphones, des casques Beats… Bienvenue à Jurassic Carrefour ?

Pendant ce temps làJURASSIC-WORLD-Empire-1, dans la partie interdite aux visiteurs, le scénario rôde. Parce que les dinosaures c’est tellement 1993, ils ont décidé de créer une nouvelle attraction : un organisme dinosaurien génétiquement modifié, le Videscénaristiquosaurus Rex, euh je veux dire l’Indominus Rex, qui est plus grand, plus fort et plus intelligent qu’un tyrannosaure. Encore une fois l’idée aurait pu éventuellement être bonne, mais ce qu’il en ressort c’est complètement du Sharktopus et ça n’a rien à faire dans un Jurassic Park. Le centre d’intérêt de ces films sont les dinosaures, des animaux qui ont réellement existé et qui, projetés dans notre monde, sont perdus et réagissent violemment, pas des monstres idiots et sanguinaires qu’on voit sur RTL9 passé 22h ! Mais ce n’est pas tout !

11651206_896199750418280_13557978_nNon seulement ils créent un dinosaure absolument démentiel mais en plus ils sont en train d’entraîner des vélociraptors pour en faire soit des bêtes de cirque (si on suit le point de vue injustifié des gentils), soit des animaux soldats (si on suit le point de vue complètement stupide des méchants) Oui, ils ont osé faire ça aux vélociraptors ! LES VÉLOCIRAPTORS ! Les pires méchants des trois précédents films, ces bêtes vicieuses et intelligentes, celles qui nous font regretter qu’on ne soit plus chassé par le T-Rex. Soit bêtes de cirque, soit soldats, tu choisis… EST-CE QUE QUELQU’UN PEUT LEUR DIRE QUE TOUTES CES IDÉES SONT COMPLÈTEMENT STUPIDES ?!

Eh bien aussi incroyable que cela puisse paraître il se trouve que oui, dans le film, il y a un personnage qui se rend compte que rien dans ce film ne tient debout et cela fait le sel qui permet d’affirmer que ce film, non seulement est idiot, mais qu’en plus il le sait et ne fait rien pour s’arrêter.

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Notre sauveur ??

                                                                        

Ce personnage, Lowery, est tout simplement l’incarnation du spectateur fan du premier film au sein de cette suite. Il porte un T-shirt Jurassic Park, explique que le premier parc avait une âme (en passant, comment peut-il  savoir ? Le parc n’a jamais ouvert !), trouve le nom de l’Indominus ridicule, critique les actions des personnages et la démarche ultracapitaliste de Jurassic World. C’est assez intéressant de s’interroger sur la présence d’un tel personnage. Le film n’assume pas sa propre bêtise et tente de se justifier / de s’excuser en incluant ce nerd ? Ou pire, le film s’assume totalement et fait de ce personnage un clin d’œil permanent aux spectateurs en nous disant « t’as vu comme c’est bête ? Et du coup comme on te montre qu’on sait que c’est bête, bah nous on l’est pas ! »

Mais en quoi cela justifie les incohérences gigantesques de l’intrigue ? Prenons l’exemple des capacités de l’Indominus dont personne ne semble se soucier tant qu’il est dans sa cage alors qu’il a tout du prédateur ultime : Lowery a beau faire toutes les remarques qu’il veut, cela n’empêche pas qu’on envoie des mecs à pied avec des filets contre cette créature. LOGIQUE ! Le fait qu’elle sache qu’elle est filmée par des caméras thermiques, qu’elle arrache un traqueur GPS lorsqu’elle s’échappe ne peut pas être tourné en dérision juste parce qu’un personnage fait des remarques sarcastiques, c’est sensé être un dinosaure, pas un Terminator ! Pourquoi ce film fait ces choix là ? Dans un film aussi sérieux, tuer autant de personnes c’est dramatique, ça ne se résout pas d’une pirouette et d’une punch-line amusante ! Pourquoi une telle collection de mauvaises idées ? Et bien pour arriver au dernier quart du film, l’apothéose de la stupidité, du spectaculaire irréfléchi, celui qui fait que Jurassic World se place en dessous de tout et relègue cette licence, pierre angulaire du cinéma à effets spéciaux, au niveau de Transformers : une machine à fric sans âme et de mauvais goût.

Super Smash Dino Melee

Le film est bourré d’incohérences, de dialogues idiots et de personnages parfaitement incompétents dans leur travail mais je vais vous en épargner les détails pour me concentrer sur la scène de fin du film.

Après avoir fini par accepter qu’on utilise les vélociraptors dressés (décidément j’y arrive pas) afin de traquer l’inarrêtable Indominus on s’aperçoit que celui-ci est en partie vélociraptor à la surprise générale (oui, oui les personnages ne savent pas de quoi est constitué leur super dinosaure, qu’ils ont créé eux-même… bref…). Il se sert donc de cette affiliation pour les retourner contre leurs maîtres et tuer ainsi encore plus de gens. Mais Chris Pratt ne l’entend pas de cette oreille, ce sont ses vélociraptors, alors hein, attention ! Et par un miracle scénaristique il arrive à les ramener dans son camp.

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Vous allez demander : « Mais alors à quoi ça servait de faire que les raptors deviennent méchants ? » À tuer le méchant humain qui voulait les transformer en animaux soldats, les douze autres personnes qui se font déglinguer c’était juste pour faire monter le bodycount du film. Il les lâche donc sur l’Indominus qui les massacre (il les jette sur des trucs et au bout d’un moment se décide à en tuer deux) et c’est là que notre petit génie Gray intervient, il a pris le temps, alors qu’il était poursuivi par l’Indominus puis les raptors, de compter le nombre de dents qu’ils avaient dans la bouche et s’aperçoit que les raptors qui restent, en les additionnant, possèdent moins de dents que l’Indominus. En suivant la logique du film ils sont donc moins forts et ne pourront pas l’emporter … 

Double-face-palmIls ont donc besoin de renfort ! Et qui est le plus apte à mener ce combat ? Et bien le tyrannosaure bien sûr ! Alors on va chercher le T-Rex qui, parce qu’il est de bonne humeur ne dévore pas ces humains qui s’offrent à lui, mais préfère aller taper le méchant ! Pas de bol les vélociraptors sont tous KO ! Encore une fois le nombre de dents joue en la défaveur des gentils ! Comment vont-ils s’en sortir alors que le lézard tyran prend trop cher ?

Et c’est là, LÀ, qu’il se passe le truc le plus stupide et impardonnable de l’histoire de la licence (c’est pire que le meurtre du T-Rex dans le trois). Un vélociraptor s’est relevé et arrive pour sauver le T-Rex au dernier moment, au ralenti et avec une musique héroïque… Vous avez bien lu, ce n’est pas exagéré, c’est exactement ce qu’il se passe.

 

Et vous savez quoi ? C’est toujours pas fini ! Enfin nous avons assez de dents pour rivaliser avec l’Indominus (peut-être que nos héros auraient dû aussi essayer de le mordre… au point où on en est ça aurait été peut-être utile…). Il s’en suit une scène de bagarre absolument hallucinante où le raptor utilise des techniques ninja pour attaquer l’Indominus en coordination parfaite avec le T-Rex et ils arrivent à l’acculer contre une barrière au bord de l’eau. Oui c’est l’enclos du Mosasaure et oui c’est le Mosasaure qui finit par le boulotter, parce que de tous les dinosaures (oui je sais que ce n’est pas un dino mais l’Indominus non plus alors zut) c’est lui qui a le plus de dents. Voilà…. Tout ça. Pour. Ça. Il n’existe pas assez de compilations de facepalms sur tout internet pour réussir à correctement symboliser   l’état d’incrédulité et de consternation dans lequel cette scène de fin nous a plongés à la rédaction…

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Insultant à la fois son public et la licence dont il est l’héritier, Jurassic World est une magnifique démonstration de ratage à tous les niveaux. Sur le fond il est stupide, sur la forme il est dégueu. C’est un film qui tente de faire son autocritique au lieu de nous raconter une histoire qui tient la route. Il lui manque l’émerveillement et la poésie des dinosaures du premier et l’intelligence sur sa critique des débordements de la science et de l’orgueil du capitalisme. Les personnages sont fades (sérieusement c’est quoi déjà le nom de la rousse ? du héros ? Ils s’appellent tous Dodgson à mes yeux parce que tout le monde s’en fout.) Les placements de produits sont ignobles et les dinosaures ne servent à rien. On aurait pu les inter-changer avec n’importe quoi. C’est un blockbuster à oublier le plus vite possible, et pour moi il va rejoindre l’étagère des films qui n’existent pas avec Jurassic Park 3, Indianna Jones 4, Die Hard 4 et Cars 2 ! Tu nous fais plus jamais ça Spielberg !

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La Rédaction du Cri du Troll à l’idée de revoir ce film

                                 

Ce que les autres Trolls en ont pensé :

Dr Tyriel : Je ne voulais pas le voir, je ne voulais pas en entendre parler. Après les retours de certains amis, je me suis décidé à le regarder dans des conditions plus ou moins légales (j’allais pas payer pour ça quand même). Je ne regrette pas de ne pas avoir payer. J’ai vomi… 2 fois. La seule différence avec un nanar made in Asylum c’est les moyens mis dans les effets spéciaux et encore ça reste moche. Je ne comprends même pas que ça engrange autant de pognon. Quand je pense que j’ai vu le premier Jurassic Park au cinéma pour mes 8 ans, j’ai mal pour les gosses fans de dinosaures qui ont découvert cet univers avec ce Jurassic World.

Bolchegeek : Je crois que je hais ce film. Vraiment. Cette purge qui passe son temps à s’auto-commenter pour dire à quel point elle est nulle mais c’est pas grave vous avez des goûts de merde, et vous le savez, et on sait que vous savez, et vous savez qu’on sait que vous savez, tout ce que vous voulez c’est du fun. Ce navet qui fait systématiquement ce qu’il critique en pensant que quelque chose de nul devient bien parce qu’on a conscience que c’est nul. Ce Asylum de luxe qui fournit son orgie sanglante de dino-porn aux ayatollahs du fun, ceux-là même qui feraient mieux de foutre la paix aux franchises qui avaient un peu plus d’exigence que ça. Ce déchet indigne d’un direct-to-video qui fait le plus grand démarrage de l’histoire du cinéma en satisfaisant la branlette aux clins d’œil nostalgiques alors qu’il est l’inverse de ce qui faisait la qualité de ce à quoi il prétend rendre hommage. Je hais tellement ce film que je prépare ma vengeance. Maman est très en colère. 

Flavius : Comme le docteur j’ai profité des vides juridiques d’internet pour me délecter la rétine de cet étron mésozoïque. Je ne rajouterai qu’une chose à l’excellent travail de mon collègue et cela tient à la représentation des dinos. Comme Nemarth l’a très bien dit, il n’y a rien chez eux de naturel dans le comportement, et le premier éthologue venu (spécialiste du comportement animal) serait absolument consterné par ce qui se déroule à l’écran. Les bestioles qui ont hanté notre enfance, et plus pour certains d’entre-nous, ont été passées à la moulinette hollywoodienne décérébrée. Ils agissent de façon concertée comme des gentils animaux de Disney et en ont même les expressions faciales ! L’hallucinante scène de mort du diplodocus – dont l’animatronique ferait de la peine à Wallace et Gromit – nous plonge dans un univers où les animaux génèrent des émotions comme dans le Roi Lion… C’est d’une tristesse… En tout cas, vu le succès du machin, on ne peut même pas dire « je ne blâme pas les gens pour les erreurs qu’ils commettent, mais qu’ils en assument les conséquences » ; toute cette hype à la noix et ce fric engrangé va leur permettre de nous roter une nouvelle fois à la gueule leur mépris pour une franchise qu’ils ont définitivement prostitué à la vulgarité crétinoïde de notre temps…

Graour : Pour faire plaisir à ceux qui apprécient le débat un minimum contradictoire, je serai un peu plus nuancé que mes collègues dans l’appréciation de ce Jurassic World. Certes, les personnages sont scandaleusement creux, certes le scénario est bidon et truffé d’incohérences. CEPENDANT, je dois dire qu’au delà des considérations liées à la crédibilité, à l’histoire, et sur un plan purement technique, le film est par séquence une véritable réussite. Les scènes d’actions, si elles ne sont la plupart du temps nullement réalistes, ont tout du moins toutes les chances d’impressionner le spectateur lambda – que l’on pense aux scènes avec le mosasaure, impensables avec les moyens techniques des précédents opus. Je n’attendais finalement que fort peu de choses d’un film qui sentait déjà la merde depuis la première bande annonce et c’est sans doute ce qui m’a permis de prendre du plaisir sur le strict plan visuel. Enfin, je veux souligner qu’en ce qui me concerne, le passage au tout numérique ne m’a pas choqué et que j’ai trouvé les dino satisfaisants (visuellement parlant, faut-il le répéter). J’estime qu’on est loin du fail total des orcs du Hobbit par rapport à ceux du Seigneur des Anneaux, par exemple.

Nemarth

Cet individu est un gobelin fait homme. Hautement imprévisible, il représente un danger pour la Société. A éliminer à vue.