La rédak propose : de quoi vous occuper pour l’été !

Les vacances approchant à grands pas pour nous comme pour vous (du moins on l’espère), on s’est décidé à vous faire un petit La Rédak’ pour vous présenter quelques œuvres qui pourraient bien occuper votre été. C’est light, c’est frais, on vous en parle rapidement pour pas trop monopoliser le temps de cerveau face au mondial, au soleil et aux grains de sable !

In Humus de Linnea Sterte

Par Graour

Les éditions de la Cerise ont le vent en poupe ! La fille Maudite du Capitaine Pirate (Jerémy Bastian) m’avait particulièrement enchanté grâce à sa qualité graphique exceptionnelle ; la petite bande-dessinée de science-fiction concoctée par une suédoise inconnue ici présentée n’a fait que me conforter dans l’idée que leur catalogue mérite un coup d’œil régulier. In Humus fait partie de ces œuvres miraculées qui n’auraient peut-être jamais vu le jour en France sans le courage d’un label indépendant. Qu’on en juge ; un scénario elliptique, parfois obscur, un texte réduit au minimum, un univers mystique et contemplatif, voilà les ingrédients d’une recette qui ne plaira pas à tout le monde. Et pourtant, le talent est bien là, ainsi qu’en atteste la nomination de son auteure pour le prix Eisner 2018 dans la catégorie « meilleur album ».

In Humus – comme son titre anglais l’explicite fort bien (Stages of Rot) –  est la mise en récit d’une putréfaction, la putréfaction mélancolique et magnifique d’une carcasse de baleine venue mourir sur une planète inconnue. Rien ne nous est clairement expliqué, ni par les mots, ni par les images ; reste une suite de visions superbes, souvent énigmatiques. Linnea Sterte distille la délicate poésie du cycle de la vie en une poignée de chapitres. De la mort jaillit une nature exubérante, du cadavre se nourrissent et survivent Hommes, animaux, plantes en un tournoiement organique. Les différentes peuplades habitant cette terre quasi-lunaire utilisent toutes les parties du cétacé mort – la chair d’abord, les os ensuite. On pense alors aux descriptions documentaires d’Herman Melville traitant du dépeçage des baleines dans Moby Dick. Célébration d’une continuité et d’une harmonie qui fait défaut à l’exploitation actuelle des ressources naturelles, In Humus se place dans la lignée des fables de science-fiction écologistes, comme Nausicaä ou, plus récemment, la trilogie du Coup de sang (Enki Bilal). L’influence du grand maître japonais est d’ailleurs prégnante dans la composition de l’univers, surchargé d’excroissances fongiformes et bourdonnant d’insectes. Le trait est souple, parfois avare de détails, souvent évanescent et met en exergue une palette de couleur étonnante marquée par un mélange entre les oranges et les verts – verts olives, verts bleus. Nourrie par cette influence, l’identité visuelle du travail de notre jeune suédoise n’en reste pas moins singulière et forte. C’est avec bonheur que l’on contemple ces poissons volants qui passent devant la lumière de la lune, cet espace tout à la fois minéral, aquatique et aérien. Il y a là comme un songe qui se délie et dont on reste captif, un rêve à partager que l’on épouse sans mal.

In Humus se déguste au mieux avec une musique bien choisie. Sélectionnez des sonorités en apesanteur, discrètes mais évocatrices. Un album comme The Songs of Distant Earth de Mike Oldfield enrichira votre expérience artistique de la plus belle des manières.

 

Ode à Edika 

Par Fly

Ne pas confondre avec « Epica »

J’avais pensé soumettre mon mémoire de recherche en suggestion de lecture, histoire de me faire un peu de publicité. Mais après mûre réflexion, ses dimensions ne permettraient malheureusement pas aux anatomies les mieux pourvues de satisfaire aux besoins du naturisme, problématique pourtant centrale. Passons.

Je profite et abuse donc de cette opportunité pour chanter un amour des plus chers, qui me conquit, encore ingénu, dans l’âge vulnérable de l’adolescence, au détour d’un Fluide Glacial. Amour platonique puisque portant sur un être de papier ; amour plutonique puisque d’une pureté minérale, inaltérable, voué à une éternité de délices. En effet la bande-dessinée d’Edika présentait, présente encore et présentera toujours, dis-je, un concentré de tout ce que l’humour recèle de meilleur. Platonique, cet humour ne l’est pourtant pas, tant il est vrai que prolifèrent à longueur de page testicules impromptus et chibres mollusques. Il serait pourtant sacrilège de s’en effaroucher, et de ne pas goûter plus avant les merveilles edikesques. 

Édouard Karali (de son vrai nom) manie en virtuose l’absurde, le mimétisme graphique (sidérant lorsqu’il singe Moebius, Binet, ou encore Gotlib), le comique de répétition et la mise en abyme. S’il serait déloyal de minimiser sa scatologie omniprésente, l’oeuvre d’Edika vaut aussi pour son dialogue permanent, intelligent et subtil (si, si) avec le lecteur, à l’affut du moindre gag. Car ceux-ci sont légions et se dissimulent tant dans les recoins du cadre que dans des dialogues référencés, parfois même authentiquement philosophiques. Notons au passage un goût prononcé pour le calembour et le jeu avec la langue, porté par une inventivité grandiose qui s’illustre notamment à travers les titres des opus : Homo Sapiens Connardus, Melon-Bago, Concerto pour Omoplates, Orteils Coincés, Tshaw !, Aïe Woze Djoking ou encore Héroïc Loosers en constituent un échantillon représentatif. L’intrigue ? Elle est inexistante. Ou plutôt, protéiforme et contingente. L’oeuvre d’Edika est à la BD ce que le nouveau roman est à la littérature : un espace d’expérimentation avant tout.

Si quelques personnages récurrents se démarquent, à l’instar du chat vert Clark « Gaybeul », de Monsieur Habib le Myope ou de Bronsky Proko et sa femme Olga, les chapitres se focalisent avant tout sur des situations. Réitération et déclinaison ad nauseam d’un même gag, ou encore déroulement forcené d’une intrigue jusqu’à son absence de dénouement, constituent ainsi les deux piliers de l’art edikesque. Du reste, l’auteur n’hésite guère à se mettre en scène lui-même, s’acharnant sans succès à trouver une chute à son histoire, ou tentant de biaiser auprès de son éditeur pour rendre un travail bâclé. C’est à se demander si l’auteur ne se fout pas parfois de nous ; mais qu’importe, car le résultat est toujours excellent. Du très grand art. 

 

Un petit coup de FLIP ? 
Par Roufi

Si vous avez échoué à camoufler votre protubérance bas-ventresque avec les ouvrages précités, et que la maréchaussée, poussée à intervenir par une horde de familles outragées et crème-soleillées, vous a chassé de l’étendue de sable fin sur laquelle reposait jusque là votre moelleux fessier, sachez que j’ai pensé à vous. Ce n’est donc pas un livre cache-sexe que j’ai à vous proposer, de toute façon la plage c’est surcoté. Profitez donc de votre liberté retrouvée pour faire quelques kilomètres dans les terres, car c’est à Parthenay que je vous propose d’aller faire un tour. A priori, là-bas, pas de problème de dissimulation génitale à prévoir, vous devriez avoir remis votre bermuda. Mais qu’est-ce que vous pourriez bien avoir à faire dans les Deux-Sèvres, me direz-vous ? Vous amuser. Voilà, j’ai dit le mot. Comme je pars du principe que vous aimez passer de bons moments, que vous aimez les jeux, et que vous ne roulez pas sur l’or, ça pourrait bien être the place to be pour vous. Du moins du 11 au 22 juillet

Car c’est le FLIP, ou Festival Ludique International de Parthenay ! Il existe depuis 1986, rassemble chaque année environ 170 000 visiteurs, et est gratuit, puisqu’il a lieu dans tout le centre-ville. Et laissez-moi vous dire qu’il y a des jeux partout ! Tout s’organise en différents espaces thématiques, les « villages », où vous pourrez tester les jeux qui vous sont proposés par les éditeurs, les créateurs, les ludothécaires ou les associations venues faire partager leur passion. Des lieux comme la Chapelle des Arts Ludiques, les Halles ou la Prée sont aussi mis à contribution, pour accueillir expositions, conférences, tournois, ou encore la remise de prix nationale… Voilà pour la présentation « sérieuse » d’un événement qui rassemble autant les professionnels du milieu que les joueurs occasionnels ou passionnés de tous âges. En moins sérieux ça donne : des spectacles, des musiciens ambulants, plein d’ambiances différentes, des parties de grandeur nature, des nocturnes, des jeux expérimentaux que vous ne recroiserez pas ailleurs…

Mais que font ces gens? vous le saurez peut-être en allant au Flip!
Réponse en vrac: CornHole, TrollBall, Dr Eurêka
Ces 3 événements ont été organisés et photographiés par l’association Woopy on/off, très active pendant le festival pour notre plus grand plaisir !

Pour vous donner une meilleure idée, avec mes excuses pour ce que je pourrais oublier, quelques exemples vécus par votre serviteuse :
Une nocturne « zombies versus survivants », aka grosse baston au pistolet à eau dans la vieille ville à 40 participants (c’était TROP BIEN) ;
Un tournoi de Mollky ; 
Une déambulation sur un bout de navire sur roues avec des musiciens trad’ ; 
Du CornHole ;
Une partie de Carnage, un jeu éphémère créé par une petite asso qui se jouait à plusieurs équipes de deux, un à plat-ventre sur une planche à roulette qui va attraper des bouts de carton, l’autre qui dirige la planche en la poussant et en la tirant avec une corde ;
Des découvertes de prototypes de jeux ; 
Une partie de Mysterium dans une maison entièrement décorée et sonorisée dans le thème ;
Un passage à l’académie de sabre-laser qui, ai-je découvert, est reconnue comme sport ;
Les jeux d’Allumette Creations, très sympathiquement présentés et animés par leurs créateurs ;
Du Trollball sur sable ;
Quelques jeux vidéos, notamment ceux de créateurs indé et des projets de fin d’études ;
Du Zombicide ;
Un spectacle pour enfant de clown-rocks (Hakuna Matata en version punk franchement c’est drôle) ;
Du Street-PackMan et pfiouuu… J’en oublie ! Et comme je suis sympa, voici le programme.

Parmi les bons côtés, outre la gratuité et l’immense variété de ce qu’on peut y faire, il faut que je souligne combien les gens y sont gentils. Vraiment. Vous trouverez toujours quelqu’un pour vous expliquer, pour discuter, pour jouer avec vous si vous êtes venu tout seul (et vous auriez raison, c’est très sympa à faire tout seul aussi, on rencontre plein de gens !). C’est l’occasion de découvrir des associations ou des ludothécaires d’un peu partout, et du coup d’en savoir plus sur ce qui peut se passer par chez vous. Si vous êtes fanas de jeux longs, sachez que la plupart des assos vous proposeront de « garder » votre partie pour que vous puissiez la mener à terme, même si ça vous prend plusieurs jours (et ça c’est top !). 
Donc si vous en avez l’occasion, franchement, je ne peux que vous encourager à découvrir ce festival et à profiter pleinement de tout ce qu’il peut vous offrir ! Qui sait, vous y croiserez peut-être un troll ou deux…  

Graour

Errant dans les mondes vidéoludiques depuis mon plus jeune âge, j'y ai développé quelques troubles psychiques. Mais rien de grave, rassurez-vous. D'ailleurs, pour me remettre les idées en place, je lis du Lovecraft, fais des soirées Alien et imite Gollum à mes heures perdues. Tout va bien.