La Rédak’ propose : ces œuvres inspirées de Lovecraft

Voilà 80 ans que disparaissait Howard Phillips Lovecraft, alors bien sûr au Cri, on a allumé des cierges, de l’encens et sacrifié des vierges au nom des Grands Anciens. Après on s’est dit que ce serait pas mal de vous inclure dans la commémoration, on a beaucoup discuté mais l’argument de Graour « Non, Nemarth, si on sacrifie tous nos lecteurs à Nyarlathotep, il n’apparaîtra pas et on ira en prison » a fini par faire mouche.
Alors, à la place, on vous propose de contempler l’héritage de l’Homme de Providence au travers de cette sélection d’œuvres qui ont été fortement (voire totalement) inspirées du mythe qu’il nous a légué. 

Bloodborne : du sang, des armes et du chasseur.

Par Narfi

Buraddobōn, comme on dit dans son pays d’origine, est un jeu développé par From Software et sorti en 2015 sur PS4. From Software, les gens responsables de la rage de millions de personne avec la série des Souls. Et oui, vous l’avez deviné, Bloodborne est un de mes jeux de l’amour lui aussi.

Bon, mais quel rapport avec Hewlett-Packard Lovecraft ?
Toute la mythologie de Bloodborne se base sur la Thérapie du sang. Dans d’anciens tombeaux oubliés se situant sous la ville de Yharnam, des scientifiques ont découvert du sang, provenant de Grands Anciens (c’est bon, vous l’avez ?), des êtres dépassant la compréhension humaine (vous êtes sûrs, j’vais pas trop vite ?). Ce sang Ancien permet de guérir n’importe quelle maladie, et Yharnam devient ainsi une métropole incontournable dans le monde. Problème, cette hémoglobine immémoriale a aussi pour défaut de transporter une infection transformant les hommes en bêtes monstrueuses.
Vous incarnez un(e) étranger(e) malade venu(e) à Yharnam afin de guérir. Sauf que, malheureusement pour vous, vous débarquez pendant une nuit de chasse, où les monstres rôdent, et où les villageois sont en mode torche/fourche pour des cosplay La Belle et la Bête plus vrais que nature. A vous de vous en sortir vivant, et de démêler les sombres manigances des Grands…

Et au cours de votre aventure au sein de Yharnam, vous allez en prendre plein la poire sur l’influence qu’a eu Harry Potter Lovecraft sur Bloodborne : les Grands Anciens, d’abord, dont vous rencontrerez certains spécimens et dont le design renvoie fortement aux descriptions impossibles du maître.

Ebrietas, Fille du Cosmos
Amygdala. Lazylumps me demande dans l’oreillette si on parle de la princesse… JPP.

Mais on retrouve également l’influence du maître dans les attributions et pouvoirs des Anciens, puisque certains d’entre eux se servent des rêves et des cauchemars pour communiquer avec les humains. Rêves et cauchemars qui sont d’ailleurs leurs royaumes. Ainsi, dans le Cauchemar du Chasseur, qui constitue le seul DLC du jeu, on finit par parvenir à un village de pêcheurs transformés en ignominies mi-homme mi-poisson… Rappelant, évidemment, Le Cauchemar d’Innsmouth !
Finalement, la plus grande influence du maître se retrouve dans un élément de gamedesign, une statistique dénommée Lucidité, permettant de percer le voile entre notre monde et celui des Anciens. A chaque rencontre avec un Boss, avec une horreur, à chaque découverte vis à vis d’une vérité sur un Ancien ou sur le monde de Yharnam, cette jauge de lucidité augmente. Et avec elle, votre compréhension du monde et ce que vous pouvez en percevoir. En contrepartie, vous devenez beaucoup (BEAUCOUP !) plus sensible à la Folie, altération d’état destructrice. Vous voyez le parallèle ?
La lucidité vient également rappeler la stat de Connaissance du Mythe dans le JDR culte L’Appel de Cthulhu. Voilà, c’était la petite info en plus.

Se déroulant principalement dans une ville rappelant le Londres pré-industriel (celui de Taboo) dénommée Yharnam, le jeu est tout aussi brutal que ses cousins Souls. Beaucoup plus nerveux et dynamique cependant,  puisqu’ici pas de bouclier en main gauche, mais une pétoire. Difficile comme ses cousins (voire plus ?), avec un véritable aspect multijoueur pour jouer avec les copains, Bloodborne n’est rien de moins qu’un TRÈS grand jeu à l’ambiance folle (vous l’avez ?) et aux musiques sublimes.
A faire absolument pour tous les joueurs hardcore, et pour les amoureux de Howard Phillips Lovecraft.

Penny Dreadful : mais pourtant, y’a pas d’tentacules ?

Par Lazylumps

Eh oui, effectivement mon petit bonhomme, dans Penny Dreadful, il n’y a pas de tentacules. Il y a du vampire, du démon, du loup garou, Van Helsing, Frankenstein, Gray… Bref toute la panoplie du bestiaire gothico-Draculesque ! Mais en y regardant de plus près, et notamment sur cette première saison exceptionnelle, on y rencontre aussi une « force obscure » qui « attend » et qui tourmente l’héroïne. Le Diable sûrement ? On ne sait pas vraiment. Il y a des secrets inavouables, des étrangetés, des horreurs qui se cachent dans le giron maléfique de quartiers sombres et crasseux. Il y a aussi ces personnages qui évoluent ensemble dans un Londres nocturne, grisâtre et poisseux, (un peu comme Limoges un Dimanche après midi d’octobre, c’est dire !)  et qui sont victimes de l’obscurité et de ses mystères… m’voyez où je veux en venir ?

Oui oui, tu ne me la feras pas, je sais que tu commences à entrevoir ce que je veux te faire comprendre. Penny dreadful est pour moi une série grandement inspirée de Lovecraft. Notamment dans l’ambiance victorienne sombrissime et par la carrure de ses protagonistes qui luttent contre la malfaisance.

Le personnage parfait de Sir Malcom Murray en est un parfait exemple : explorateur hanté par la mort accidentelle de son fils lors d’une expéditions en Afrique et la disparition de sa fille, il incarne à lui seul l’idéal type (Narfi dit : « ouais un archétype quoi ? » Exactement Narfi, mais oui oui un peu de sociologie ne fait pas de mal !) d’un personnage Lovecraftien. Dans sa dégaine, dans son background, dans son arrogance sous-jacente et son désir toujours plus puissant de découvertes qui le font sombrer petit à petit dans les méandres de l’obscurité et de la folie. Et puis il y a son « serviteur » et ami qui semble tout droit sorti d’un conte horrifique et qui semble connaître et comprendre les choses occultes sans jamais en parler. Jusqu’à l’héroïne Vanessa Ives incarnée par Eva Green qui dégage tant d’aura maléfique qu’elle oscille elle aussi entre la folie et la raison, bien consciente d’être possédée par une force qui se joue d’elle.

Le premier épisode pose les bases d’une série certes bancale sur la durée mais qui a le mérite de proposer une ambiance qui collerait parfaitement à une adaptation lovecraftienne. Vous y penserez en suivant les personnages dans le quartier chinois, naviguant entre les salons d’opium à la recherche de « la bête »… Vous y penserez en vous disant : « bordel, et si y’avait des tentacules OLOL » ? Et si on y collait une trame plus proche des Grands Anciens que du Comte Dracula ? Et vous verrez… Vous verrez que Penny Dreadful est sur le sentier du père de l’horreur !

Munchkin Cthulhu : un jeu de grosbill non-euclidien

Par Petrocore

Les fans de jeux de rôles qui tapent aussi dans le jeu de société connaissent sûrement le Munchkin, cette simulation de grosbill en jeu de cartes. Un grosbill (Munchkin en anglais, d’où le nom du jeu) qu’est ce que c’est ? C’est un gars qui cherche par tous les moyens possibles à rendre son personnage le plus puissant possible, au détriment du réalisme, de son équipe voire même des règles. Dans Munchkin donc, chaque joueur doit ouvrir des portes, poutrer des monstres et gagner des trésors dans le but d’atteindre le premier le niveau 10, synonyme d’ultra-puissance et accessoirement de victoire. Tout est permis : certaines cartes vous permettent de tricher, vous pouvez négocier votre aide avec un autre joueur moyennant certains des trésors récupérés sur le corps d’un monstre… Et si ce joueur refuse, pourquoi ne pas récupérer les trésors directement sur son cadavre après avoir boosté le monstre comme un porc ?

Munchkin est très très fun, les illustrations sont d’ailleurs à l’avenant. Après le succès de la première mouture med-fan, nous avons bien sûr eu droit à des déclinaisons : Starmunchkin, Munchkin Zombie et… Munchkin Cthulhu. Dont je vous parle en ce moment même.

Exit les dragons, les ogres et autres monstres de donjon, il vous faudra maintenant latter l’abomination du sandwich, le trop choupi chibithulhu, diverses horreurs non-euclidiennes et bien sûr, si vous êtes assez costaud, le Grand Ancien tentaculaire lui-même. Tout en faisant attention aux autres joueurs, qui attendent la moindre opportunité pour vous passer devant, si possible en s’essuyant les pieds sur votre cadavre.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Munchkin, peut-être serait-il souhaitable de vous diriger vers le jeu original tout d’abord. Rien d’obligatoire cependant, surtout si le monde de Lovecraft vous ambiance à mort. Les illus sont parfaites, les jeux de mots font souvent mouche, et la mécanique des cultistes (qui ont droit à des avantages particuliers) est complètement dans le ton. Bon c’est un jeu de cartes où ça pioche, donc le hasard y est pour beaucoup dans votre réussite (ou échec, bien sûr) mais le fun qui se dégage de l’ensemble est suffisant pour que vous vous laissiez séduire sans trop d’hésitations.

A NOTER : si vous avez aimé, le jeu comporte 4 extensions pour renouveler encore et encore votre plaisir. Mais je pourrai pas vous en parler, je n’ai testé que la version originale.

Kult of Ktulu : Olympic

par Flavius

 

Le jeu est accessible en français

Il y a quelques temps l’équipe du studio Le Grand Cauldron nous a proposé fort judicieusement de jeter un œil à une de leur récente création, Kult of Ktulu, un petit jeu pour mobile disponible sur Android ou Iphone. Il s’agit d’un livre interactif dans lequel nous allons avoir pour tâche de sauver une jeune fille des griffes d’une immonde entité sans âge revenue plonger le monde dans je ne sais quel abîme de folie. Vous l’aurez compris, l’atmosphère est toute lovecraftienne et se déroule dans le médium favori de l’illustre auteur tourmenté ; l’écrit.

Le récit prend place sur un paquebot au début du XXe siècle ; nous sommes un acteur un peu mystérieux de cette histoire puisque notre seul moyen d’interagir avec l’univers est un journal intime d’une petite fille, Elena, issue d’une famille de Russes blancs (non pas le breuvage cher au Dude). Elle est accompagnée de son oncle, Djadja, qui semble traîner sa carcasse souffreteuse dans des affaires mystiquement louches, et de sa mère, une insouciante cocote mondaine. Le jeu étant un livre interactif, nous communiquons avec Elena au moyen d’un choix de plusieurs réponses possibles à ses interrogations. Comme dans un jeu de rôle sur ordinateur, nos choix de réponse influent sur l’histoire et mènent la jeune fille dans des directions diverses, plus ou moins pertinentes. Le but est bien entendu de lui permettre d’échapper à une entité mystérieuse qui pointe le bout de son nez derrière une disparition d’enfant sur laquelle Elena s’est lancée peu après son arrivée sur le bateau. On enquête donc et, sans y prendre garde, on se laisse happer par une histoire rythmée et plutôt bien écrite. Le seul bémol sur cet aspect reste que certaines des réponses qui nous sont proposées sont rédigées dans un registre de langue en décalage avec le ton général du texte. La plume généralement littéraire et fluide tombe alors dans un langage oral pas forcément très fin, qui, s’il veut sans doute marquer une familiarité amusante dans les dialogues, m’a parfois un peu fait sortir de l’histoire.

Mais outre cette légère ombre au tableau l’intrigue est suffisamment bien montée pour nous accrocher quelques heures sur nos téléphones parce qu’on veut à toute force éviter à notre petite amie de se faire attraper par des cultistes cinglés, ou des créatures venues d’on ne sait où. Petit à petit la trame prend place, nous pousse à nous méfier de tout le monde et on enrage de ne pouvoir faire davantage pour aider Elena aux prises avec des forces qui la dépassent. Pire, dans ce journal magique, l’entité s’adresse ponctuellement à nous sans qu’il soit possible pour la petite héroïne d’en comprendre quoique ce soit. Il s’agit alors de la rassurer… ou de paniquer ! Et pour nous attirer dans les filets de l’histoire le jeu a plus d’un tour dans son sac. Je n’en dis pas davantage, pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.

Sachez simplement qu’il y a 89 pages à traverser (enfin, avec la fin sur laquelle je suis arrivé) et que si vous menez Elena dans les griffes de la bestiole maudite vous pourrez revenir en arrière, à une de vos réponses anciennes, pour orienter différemment votre amie.

Préparez-vous donc à entrer dans une histoire que Lovecraft n’aurait pas complètement dédaigné, même si, ô nouveauté, nous suivons un personnage féminin, ce qui est totalement absent de l’œuvre de l’auteur américain. On rencontrera également plusieurs personnages historiques illustres dont un certain Conan Doyle. C’est une immersion dans une époque qu’on vous propose pour trois petits euros.

La clé de l’abîme de José Carlos Somoza

Par Nemarth

Quand Daniel Kean monte dans le Grand Train ce matin-là pour aller travailler, il ne s’attend pas du tout à embarquer dans un voyage qui le mènerait aux confins du monde, du temps et de la folie. En effet, il y découvre un kamikaze qu’il parvient à dissuader de commettre l’acte fatidique. Mais l’homme est mourant et il a un terrible secret à transmettre : l’emplacement de la Clé qui pourrait détruire Dieu. Commence alors une impitoyable et inarrêtable course-poursuite où des factions diverses plus affreuses les unes que les autres vont tenter de s’arracher le secret de Daniel Kean. La confiance envers autrui est morte, notre sommeil aussi.

Pour un hommage à l’œuvre de Lovecraft, José Carlos Somoza a fait extrêmement fort. C’est simple on pourrait presque croire que c’est l’homme lui-même qui l’a écrit. Le ton halluciné, les descriptions complètes de lieux auxquels on ne peut rien comprendre mais qu’on parvient malgré tout à imaginer, l’urgence, tous les ingrédients sont réunis pour ce magnifique thriller horrifique. De plus l’auteur fusionne deux styles ensemble pour un résultat absolument angoissant car à la folie de Lovecraft, il y ajoute l’absurde de Kafka avec ces gens qui n’arrêtent pas de faire faire des trucs au héros sans jamais rien lui expliquer, dans une société totalitaire où les règles ne sont pas claires, et où une seule certitude règne : c’est que Dieu n’est que terreur. La clé de l’abîme c’est ce genre de bouquins qui marquent, un peu comme Dune, qu’on sait qu’on a lu mais comme dans un rêve, on ne se rappelle pas de tout, mais l’ambiance nous a changé à jamais.

Cette impression permanente de suffoquer, cette peur de tourner la page, cette horreur de ne pas continuer. Happé par l’intrigue, on n’est plus capable de lâcher le bouquin avant d’en avoir atteint la conclusion. Bien que l’histoire ne reprenne aucun monstre du mythe, c’est à mon humble avis, l’une des meilleures adaptations qui a été faite du style lovecraftien. Beaucoup s’y sont cassés les dents, surenchère de gore, de descriptions hallucinées qui, au final, perdent simplement le lecteur qui ne lit plus ça que d’un seul œil avant d’abandonner. Somoza, lui, a parfaitement compris ce qu’il fallait faire. Toute en retenue, son écriture laisse à notre imagination faire le boulot, mais sans jamais nous laisser tomber ou pire nous faciliter la tâche car en quelques mots il reprend le contrôle et nous fait vriller le cerveau en ajoutant des détails impossibles ou  en changeant brutalement d’ambiance. En clair, le livre est vraiment excellent et la fin est parmi les plus mémorables mais ça, bien sûr, nous n’en parlerons pas ici !

Narfi

Narfi a été accueilli au sein du Cri malgré sa nature de troll des forêts du Périgord, une sous espèce cohabitant rarement avec ses cousins des plaines Limougeaudes (Petrocore constituant la seule exception connue des Trollologues) Crasseux et vulgaire, poète dans l'âme, il aime à rester au fond de la tanière pour lire des bédés et jouer sur son PC, insultant de sa bouche pleine de poulet frit tous ceux croisant son chemin dans les dédales des internets.