Les Animaux fantastiques : belle surprise !

« La croisée des chemins », voilà une expression qui décrivait plutôt bien mon sentiment quant aux derniers travaux de Rowling. C’est aussi le titre de l’avant-dernier chapitre du fabuleux Harry Potter et la Coupe de feu, probablement l’un des opus les plus riches de la série, opus à côté duquel Harry Potter et l’enfant maudit paraît bien médiocre. (*Ton tragique*) La magie qui m’avait suivi durant toute ma jeunesse, cette merveilleuse parenthèse habitée par l’enfant à la cicatrice en forme d’éclair, était partie. Pis, elle semblait en passe d’être piétinée par la négligence même de celle qui en possédait la formule. Les premières bande-annonces des Animaux fantastiques confortèrent cette impression : mais que fait-elle, me disais-je, quelle est donc cette chose qui s’avance avec la tête gominée de Colin Farrell en gros plan ? La dernière fois que ce garçon était apparu devant mes yeux, c’était pour la deuxième saison de True Detective : sacrée cagade ! David Yates ? Sa réalisation des derniers tomes (cinq, six, sept partie I & II) de la saga m’avait laissé un sentiment mitigée…

Sourd aux commentaires positifs de mes camarades, vitupérant à l’encontre de ce que je concevais comme une ultime trahison, il fallut bien un samedi soir brumeux de novembre pour que je décidasse finalement de me traîner dans une salle obscure. Après tout, cette nouvelle incursion dans le monde des sorciers ne pouvait pas être pire que l’image que je m’en étais faite ! Cette dernière pensée était non seulement tout à fait exacte, mais je dus bien reconnaître que je m’étais planté dans les grandes largeurs : Les Animaux fantastiques est tout simplement l’excellente surprise de cette fin d’année.

Who let the niffleur out ?!

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Niffleur où es-tu? Cette grande ville me fait peur !

L’œuvre chargée de la lourde tache d’initier l’après Harry Potter au cinéma ne nous emmène pas à Poudlard une nouvelle fois. C’est sous un tout autre jour que nous apparaît le monde des sorciers, et, disons-le tout de suite, peut-être n’est-ce en fin de compte pas si mal, même pour les vieux nostalgiques tels que moi. J.K Rowling a souhaité raconter son histoire dans le New York des années 1920 : exit ce cher vieux Albus, le nez crochu de Rogue, et la bave de Crockdur. Bienvenue aux froids gratte-ciels grisâtres de la Big Apple, cependant bien vite égayés par la charmante frimousse d’Eddie Redmayne (Une merveilleuse histoire du temps, The Danish Girl) dont on connaît dorénavant les prouesses. Le roux aux yeux verts tombeur de ces dames excelle en tant que personnage principal, parfait dans son rôle de Norbert Dragonneau, sorcier à la fois attirant et excentrique, doux rêveur qui participe grandement à la qualité du film. Ce nom ne vous est pas inconnu, et pour cause : il en est fait mention dans pratiquement tous les livres Harry Potter. Bien que Rowling ait voulu nous transporter 70 ans en arrière, elle ne nous laisse pas totalement en terrain inconnu, ainsi qu’en témoigne également la présence en tant que grand méchant de Gellert Grindelwald qui sera plus tard vaincu par Dumbledore.

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Lourde brochette pour combattre les forces du mal : un pâtissier, un roux et une flic ratée avec un chapeau immonde.

Ce cher monsieur Dragonneau débarque donc un beau jour à New York on ne sait trop pourquoi ; passionné par les créatures magiques, il transporte une curieuse valise d’où s’échappe des bruits étranges. Nous comprenons bien vite que celle-ci n’est pas exactement ce qu’elle paraît, sans que nous ne devinions encore tout à fait sa nature.  La découverte progressive de l’objet est sans doute un des plus grands plaisir du début des Animaux fantastiques. Bien malgré notre héros d’ailleurs, qui ne cherche lui qu’à rester discret en ne dévoilant pas le contenu de son mystérieux bagage. Les bestioles sont hélas un peu plus remuantes que de vieilles paires de chaussettes mitées et peuvent se faire la malle (jeu de mots, drôle !) à la moindre inattention. Cette dernière se matérialise sous la forme de Jacob Kowalski (Dan Fogler), un moldu qui croise la route de Norbert. Après des événement quelque peu ubuesques, le mal est fait : une partie de la ménagerie de Dragonneau se retrouve dans la nature. Le personnage principal et Jacob vont donc essayer de récupérer les créatures échappées, ce qui n’est pas une partie de plaisir. Difficile en effet de partir à la poursuite du niffleur, terrifiante engeance à mi-chemin entre la taupe et l’ornithorynque dont la principale occupation consiste à faire les poches des rentiers capitalistes ! Serviteur à la solde du communisme, cauchemar des Harpagons, réincarnation poilue du moujik au couteau entre les dents qui vous dépouillera de toutes vos petites piécettes, le niffleur se faufile partout en laissant derrière lui banquiers exsangues et bijoutiers suicidés.

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La terreur des banques

Ce n’est là qu’une des nombreuses bestioles  – citées dans Harry Potter ou non –  que vous découvrirez : aller voir Les Animaux fantastiques, c’est un petit peu comme une visite virtuelle d’un zoo un poil particulier, avec un prix d’entrée pas si démesuré compte tenu du plaisir procuré par la chose. Car oui, c’est clairement kiffant que d’assister à la matérialisation de créatures toutes plus étranges les une que les autres, des minuscules botrucs en forme de brindille aux aigles géants en passant par des espèces de babouins pouvant se rendre invisibles à volonté. Un bonheur presque ludique pour les fans de Harry Potter mais aussi pour les profanes, et c’est bien là un des grands atouts du film.

 Humour, niffleur et beauté

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La tronche du mec qui s’est fait chourer la montre de papy par un niffleur

Tout n’est pas rose pour autant. Les Animaux fantastiques n’échappe pas à quelques scènes d’action bouffonnes que l’on retrouve dorénavant dans l’immense majorité des super-productions anglo-saxonnes – la fin du film étant globalement en deçà du début avec le retour des baguettes pistolasers.  Colin Farrell est quant à lui relativement inutile et fadasse, en tous les cas à des années lumières de Redmayne. L’intrigue de fond enfin, c’est à dire la lutte entre Grindelwald et les forces du bien, nous en touche une sans faire bouger l’autre ; elle n’est de toute façon pas assez développée pour que l’on puisse juger de son potentiel. C’est dire que la réussite du premier film ne préfigure en rien de la qualité des suivants, ce qui peut faire un peu peur.
Quoi qu’il en soit, pour l’heure, c’est une réelle sensation de plaisir qui domine ; plaisir de se replonger dans les merveilles du monde des sorciers avec ses intérieurs cosy ( like le Cri si toi aussi tu veux vivre au Terrier) où cuisiner un strudel ne nécessite qu’un tour de baguette, plaisir également de découvrir toute une faune fascinante. L’expérience, qui confine parfois au poétique, est embellie par une 3D très réussie. Sans être un indéboulonnable adepte de cette innovation souvent contestée, il faut reconnaître qu’elle est ici particulièrement impressionnante : on pense pouvoir toucher un insecte qui semble voleter à quelques centimètres de nous.
Cet article ne saurait s’achever sans que l’on ne consacre enfin quelques mots à l’humour omniprésent dans le film, surtout au travers du personnage de Jacob Kowalski, non-mage pâtissier qui se retrouve au milieu de tout ça par hasard. Certes, le coup du type pas bien beau, pas bien futé, toujours en décalage avec l’intrigue, c’est quelque chose d’assez classique et donc susceptible de tomber à plat. Cependant, le comique de caractère et de situation fonctionne là encore plutôt bien et devrait vous tirer quelques éclats de rire. Le ton de l’ensemble est relativement léger,  à la manière des premiers Harry Potter, et ce n’est pas pour nous déplaire.

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Rien de tel qu’un bon repas après une chasse au niffleur

Verdict

Les Animaux fantastiques m’a agréablement surpris. Je n’en attendais pas grand chose (c’est le moins que l’on puisse dire) et à l’arrivée force est de constater qu’on tient un film solide. Bien sûr, on pourra lui reprocher une intrigue principale pas si convaincante que cela, mais là n’est pas l’essentiel : Rowling et Yates sont parvenus à recréer cette ambiance si particulière qui fait tout le charme du monde des sorciers. Suivre les aventures de Norbert Dragonneau ne vous laissera pas dans le même état que la découverte d’Harry Potter, mais devrait raviver les braises d’un foyer que vous pensiez peut-être éteint. Soulignons pour terminer que le film doit à mon sens sa réussite pour une large part à Eddie Redmayne qui rend le personnage principal profondément intéressant et attachant. Il est décidément très fort ce Eddie !

Graour

Errant dans les mondes vidéoludiques depuis mon plus jeune âge, j'y ai développé quelques troubles psychiques. Mais rien de grave, rassurez-vous. D'ailleurs, pour me remettre les idées en place, je lis du Lovecraft, fais des soirées Alien et imite Gollum à mes heures perdues. Tout va bien.