Luther Strode : un bien étrange comics de super-héros…

Dans le flot ininterrompu des sorties BD, un bon comics de super héros qui revisite le genre de façon intelligente vient juste de se conclure en trois tomes. Ici pas de collant qui moule les boules. Pas de cape qui vole au vent, mais une vraie réflexion sur la notion de surhomme. Alors mettez votre pancho en plastique, vos bottes en caoutchouc, des lunettes pour protéger vos yeux. On va parler de Luther Strode, un bien étrange talent et de philosophie.
Bon, il y a aussi de fortes chances qu’on se tache avec du sang et des tripes, ce qui arrive souvent quand on fait de la philo.

Une impression de déjà lu…

Luther Strode est la première création de Justin Jordan (au scénar) et Tradd Moore (au dessin). Ils y racontent l’histoire de Luther, un ado souffre-douleur (Peter Parker Syndrome), qui rase les murs en compagnie de son compagnon de lose Pete. Taillé dans un cure-dent, Luther aimerait bien changer la donne et attirer l’attention de la jolie Petra (Mary-Jane Syndrome). Pour se faire, Luther investit dans un petit fascicule subtilement appelé « La méthode Hercule » qui promet une prise de muscle rapide. Le gamin s’entraîne (Karaté Kid Syndrome) et effectivement, la prise de masse est rapide mais elle s’accompagne aussi de trucs en plus. Luther développe la faculté d’anticiper le danger et il voit les gens sous formes de cibles potentielles. Il parvient à distinguer leur point faible (Badass Syndrome).

Alors forcément la vie devient plus simple. La peur change de camp et Luther doit retenir ses coups car il est maintenant capable de tuer des gens avec un choc bien placé. Luther se rend vite compte qu’il devient un surhomme alors…
Que faire de toute cette puissance ? On est dans un comics, il y a de fortes chances pour que ce petit imbécile se costume pour faire régner la justice dans les rues de la ville (Kick Ass Syndrome). Mais Luther Strode n’est pas aussi simple et prévisible qu’il en a l’air… Car voilà que surgit un type étrange, le Bibliothécaire, qui lui colle aux basques et essaye de lui montrer une autre voie : celle de la toute puissance, la force brute et viscérale, la loi du plus fort. En effet, derrière la méthode Hercule se cache un secret bien gardé, un savoir ancestral, qui se transmet depuis des millénaires et qui s’incarne dans certaines personnes prédisposées comme Luther ou des personnages historiques qui ont marqué l’Histoire par leur force ou leur cruauté. Leur idéologie est simple : on est les mecs les plus forts du monde et tout ceux qui sont faibles, on les atomise.

La philo avec Luther.

Partagé en trois tomes, décrivant le parcours de ce super-héros atypique, Luther Strode nous offre un voyage initiatique dans la construction du surhomme ainsi que de sa responsabilité quand à l’utilisation de sa toute puissance. Parce que, être le plus fort et soumettre les autres, est-ce vraiment la finalité lorsque l’on est puissant ? N’existe-t-il pas une autre voie ? Et oui, tu croyais lire un comics bien fun et gore et te voilà en train de faire de la philo ! Luther Strode c’est un peu Nietzsche en BD.

Dans le comics, Luther ne se transforme pas : il ajuste son esprit, son corps et son âme. Et c’est toute la différence avec un Peter Parker qui, lui, acquiert des pouvoirs de façon accidentelle. Luther accepte son changement car il l’a voulu et la voie qu’il a choisie n’est pas simple à emprunter et il va lui falloir éparpiller façon puzzle les différents adversaires qui vont s’opposer à lui.

On se retrouve donc avec une structure de récit qui ressemble à un beat them up survolté avec combats et boss de fin de niveau particulièrement BADASS.

Side Kickeuse

Tout bon super-héros digne de ce nom s’adjoint les services d’un sidekick (Batman et Robin, Lazylumps et Flavius, etc…). Dans Luther Strode, le sidekick c’est la petite Petra (mais si voyons ! la fille dont Luther est secrètement amoureux, essayez de suivre un peu). Il s’avère très vite que cette fille est complètement dingue, elle n’a certes aucun des super pouvoirs de Luther, mais elle a un caractère bien trempé. Du genre à pas se laisser marcher sur les ovaires. Pour compenser son absence d’habilité particulière c’est une accro à toutes sortes d’armes à feu et plus on avance dans le récit, plus elle devient dangereuse et armée jusqu’aux dents.

On a affaire à un vrai personnage de femme forte et attachante et pas une midinette décérébrée qui fait du shopping : Petra par son attitude et son engagement participe à la transformation de Luther. Parce qu’au fond, ces deux là s’aiment véritablement. Et oui, dans ce déchaînement de testostérone et de gore, Luther Strode nous offre aussi une belle histoire d’amour.

Tripe advisor

Nous avons parlé du scénar en long et en large, mais qu’en est-il du dessin ? Il est à l’image du comics, il revisite le genre. Tradd Moore dont ce fut le premier travail dans le milieu de la BD donne le ton. Son style tient autant du comics que du Manga notamment avec les muscles bandés des protagonistes qui sortent tout droit d’un BAKI (manga culte de Keisuke Itagaki où les héros sont bodybuildés à l’extrême). Un vrai mix qui déroute au premier abord et qui ensuite devient immersif dès les premières scènes d’action. Parce que dans Luther Strode des scènes de baston (je devrais plutôt utiliser le terme d’étripage) il y en au tractopelle et c’est là que Moore laisse exploser son talent. C’est simple : lorsque ça se tape, ça ne fait pas semblant. Tradd Moore sublime totalement la violence dans ses planches. Les mouvements sont renforcés par des traits de vitesse qui vous font percevoir l’énergie et la violence des coups portés. Les corps se déforment, se déchirent, se brisent. Le sang gicle de façon presque artistique (notamment dans le troisième tome où la violence devient par moments totalement magnifique). On explore la douleur physique sous toutes ses formes et c’est diablement beau.

Le dessin évolue en même temps que l’histoire pour proposer de nouvelles pistes d’exploration séquentielle. Certaines cases sont de grandes mandales graphiques qui vont mettre vos pupilles à rude épreuve. Tradd Moore est un dessinateur à suivre car son style est en perpétuel évolution. Il a été repéré par Marvel qui lui a confié le relaunch de Ghost Rider dans la série Marvel Now et il a depuis aussi réalisé un paquet de couvertures pour le célèbre éditeur.

Je ne saurais trop vous conseiller son tumblr où vous pouvez admirer son travail : http://traddmoore.tumblr.com/

Luther Strode, avec son scénario au premier abord simpliste et son dessin tape à l’œil est bien plus malin qu’il n’en a l’air. Il s’inspire du super héros vigilante classique pour offrir une nouvelle piste de réflexion sur la notion de héros. Foi de Blorb : ce comics vous tiendra en haleine du début jusqu’à la dernière planche.

Blorb

Blorb est tombé dans un carton de comics radioactif quand il était un petit troll. Cette exposition ayant eu pour effet de modifier profondément son ADN, il se met à dévorer des BD puis il les régurgite dans une sorte de vomi liquide qui lui sert de base pour mitonner ses articles.