Sherlock : son chapeau, sa pipe, son smartphone.

Je me dois de te le dire : je profite allègrement de l’abonnement Netflix de ma sœur. Tous les mois, je lui promets monts et merveilles pour ne pas qu’elle change son mot de passe, et je l’use à petit feu, jusqu’à ce que, vaincue, elle me dise « C’est bon, de toute façon je continuerai de payer ». Du coup, je passe ma vie dessus. En effet, quoi de mieux que de boulotter des Granolas en matant des séries à longueur de week-ends, je te le demande ? Hormis une relation de caractère sexuelle avec Ryan Gosling, vraiment, je ne vois pas. C’est donc en errant dans les méandres du géant du streaming légal, un dimanche où ma productivité était égale au talent de Macron pour pondre un programme, c’est te dire, que j’ai découvert la série Sherlock.

Alors, je te vois bien venir là, avec ton petit air supérieur à la mords-moi « Quoi, mais tu connaissais pas le personnage de Sherlock ? », donc, mettons de suite les points sur les i et les barres sur les t. J’étais familière avec le personnage de Sherlock, figure emblématique de l’intelligence et de la résolution d’énigmes en tous genres, créé par Sir Arthur Conan Doyle. Déjà, je ne sors pas de 30 ans de coma (même si quelques habits de ma garde-robe semblent attester du contraire), et de plus, contrairement à Lazylumps, je lis autre chose que le dos de mes chocapics le matin. Le personnage de Sherlock a maintes fois été traité dans l’univers cinémato-télé-culturel (ouais j’invente des termes, et alors, tu vas faire quoi ?). Que cela soit au cinéma, au travers notamment des films Sherlock Holmes de Guy Ritchie (avec dans le rôle-titre, Robert Downey Jr.) ou à la télévision dans diverses séries que le détective inspire.

Mais aujourd’hui, je choisis de te parler de la série sobrement intitulée Sherlock. Série créée par Mark Gatiss (scénariste sur Dr Who, que l’on retrouve par ailleurs en interprète de Mycroft dans Sherlock), et Steven Moffat (producteur exécutif de Dr Who), elle est diffusée depuis 2010 sur la chaîne britannique BBC One, en France, on a pu la découvrir sur la chaîne France 4, et comme je te le disais, par le biais de Netflix également.

Comme son nom l’indique sûrement, cette série se concentre sur les aventures de Sherlock Holmes, détective privé so british, et les mystères qu’il élucide à l’aide de son ami John Watson. Parce que Sherlock, c’est pas n’importe qui niveau déductions, permets-moi de te le dire. En analysant la tâche de café que tu t’es fait au petit déj’, il est capable de savoir ton niveau d’éducation, le montant de tes impôts et ta taille de soutif (plus dur à assumer si tu es un homme, j’en conviens, mais au Cri du Troll, on ne discrimine pas). D’enquêtes en enquêtes, on s’y attacherait presque, à ce duo complètement barré. Attache moi vite ta ceinture de sécurité, on décolle.

Embarquement immédiat, direction Baker Street

Alors, autant l’annoncer tout de suite, la série est une petite bombe de finesse, de direction d’acteurs et d’intelligence. Avec le showrunner de Dr Who aux commandes, on était à peu près sûrs que le produit fini ne serait pas du gros beaujolais qui tache, mais là, niveau bouteille, on est beaucoup plus proche d’un bon Château Rothschild que d’un vieux vin de curé dégueulasse que tu payes trop cher à Monoprix. Pour commencer, la série est magnifiquement interprétée. Magistralement interprétée.
Bref, tu l’auras compris, les deux acteurs principaux sont méchamment bons. C’est que les deux acteurs principaux, c’est pas n’importe qui. D’un côté, pour jouer Sherlock, on retrouve Benedict Cumberbatch, connu notamment pour son rôle d’Alan Turing dans The Imitation Game, et de l’autre, dans le rôle de Watson, le beaucoup trop cool Martin Freeman, que l’on avait déjà vu dans l’excellente série Fargo. Et les deux-là, ensemble, c’est pépite pour les yeux. Désolée, je sais que tu aimerais que je trouve d’autres mots, mais là j’ai rien qui me vient. Regarde la série, délecte toi de l’alchimie palpable entre eux, et reviens me voir avec une meilleur punchline si t’es pas content, okay ? Du coup, le duo Holmes/Watson fonctionne comme sur des roulettes, et c’est un plaisir constant de les regarder se disputer comme un vieux couple, de voir leur amitié se développer, et évoluer au fil des saisons. C’est sans conteste la relation la plus élaborée de la série (no shit), et elle m’a émue aux larmes un paquet de fois. En effet, qui ne rêve pas du genre d’ami prêt à tout pour te sauver, capable de tous les sacrifices pour toi ? C’est une des nombreuses questions qu’aborde la série, avec un succès et une sensibilité certaine, la capacité que l’on a à se constituer des relations et à se construire à travers le regard de ceux qui nous sont chers.

En plus, la série se passe de nos jours, idée de génie des scénaristes, et pari très réussi pour le coup. Cela permet de transposer très fidèlement les écrits de Conan Doyle, et de façon très astucieuse. La rubrique que tient Watson dans le journal se transforme en blog, Sherlock est un personnage public avec tout ce que cela peut représenter au 21ème siècle, des paparazzis aux tweets le concernant. Ce n’est pas la seule série à avoir tenté le coup (coucou Elementary) mais c’est celle qui le fait de la manière la plus naturelle. A aucun moment de l’histoire, on ne ressent une dichotomie entre ce qui se passe à l’écran, et les récits originels. Tout est fait de manière subtile, comme l’explication du retour de guerre de Watson, qui est traitée dans Sherlock de la même façon qu’elle l’est dans les bouquins. C’est vraiment agréable quand on est un peu connaisseur, d’avoir une série qui ne dénature ni le propos original, ni les personnages. Sherlock est imbu de sa personne, drogué et asocial, quant à John, c’est toujours la caution morale, le personnage qui nous permet en tant que spectateurs/lecteurs de nous identifier et d’avoir des points de repères dans les enquêtes. Car c’est principalement au travers des yeux de Watson que nous découvrons les histoires auxquelles nos héros sont confrontés, que cela soit dans les livres ou la série.

Les 4 saisons 

La série est, attention gros spoil, constituée de 4 saisons. Selon certaines sources (et cet odieux Lazylumps, toujours prêt à me faire de la peine), elle n’en aurait pas de cinquième, Mark Gatiss ayant déclaré que Sherlock pouvait très bien se terminer sur son dernier épisode, The Final Problem. Si comme moi, tu as tout dévoré tel Gérard Depardieu devant un plateau de charcuterie, je sais que tu auras de la peine qu’une telle série s’arrête. Si tu n’as pas encore vu Sherlock, savoure les épisodes, ils risquent d’être comptés. Ça commence donc tranquillou-bilou (expression non utilisée depuis 1985) par la rencontre entre nos deux protagonistes, qui décident de faire une collocation. Jusque là, rien de bien folichon, mais attends un peu de voir la suite. Car la suite du coup, c’est une série d’enquêtes, plus précisément une par épisode, qui nous permet d’en apprendre toujours un peu plus sur nos personnages. Mais à ce moment précis, j’ai envie de te parler plus en détail de la saison 4. Comme d’habitude, elle est composée de 3 épisodes de 90 minutes environ.

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A mon humble avis de troll, la saison 4 a démarré doucement, voire même très doucement, avec son premier épisode, The 6 Thatchers, qui est une adaptation moderne de la nouvelle The Adventure of the Six Napoleons de Conan Doyle. C’est l’épisode le plus faible de la saison, peut-être même de la série, tant il se perd en fausses pistes inutiles, chose à laquelle on n’est pas forcement habitué devant Sherlock. Alors, attention mon jeune ami, on reste quand même dans le très haut de gamme de la télévision, donc tu ne t’ennuieras pas devant cet épisode, mais tu risques de te dire « Mouais, okay, on a connu mieux comme démarrage de saison ». C’est en tout cas la réflexion que je me suis faite, attendant tellement de cette série, tant elle a su par sa sensibilité et son intelligence nous habituer à du très très grand.

Le reste de la saison est cependant plus savoureux, avec un deuxième épisode qui nous envoie vraiment dans les cordes, The Lying Detective. C’est l’occasion ici pour Gatiss et Moffat de nous prouver encore une fois que Holmes, sous ses airs de sociopathe, est en fait un grand gaillard bourré d’humanité. Et si mon pote, je t’assure, tu ne resteras pas insensible en voyant cet épisode. En plus, on nous montre à quel point Mrs Hudson (leur logeuse, et un des nombreux ressorts comiques de la série) est résolument le personnage le plus badass de tous les temps, ce qui, en ce lendemain de journée de la meuf, fait quand même bien plaisir. Les femmes sont d’ailleurs toujours représentées de manière très forte dans cette série, que cela soit le personnage de Mary, la femme de John, ou Molly, l’éternelle amoureuse de Sherlock, elles ne nous sont pas montrées comme des nunuches ou des faire-valoir, juste bonnes à être au second plan, et c’est toujours agréable à voir. Mais pardon, je digresse, je vais donc reposer mon T-shirt à l’effigie des Pussy Riots et reprendre le cours de cet article.

Et maintenant le final. CE FINAL. De fous furieux. Pour moi, il trouve aisément sa place dans les meilleurs épisodes de séries jamais réalisés, entre le final de Breaking Bad et l’épisode Battle of the Bastards de Game of Thrones. Ici, Sherlock se retrouve confronté à quelqu’un de proche de lui, et, sûrement pour la première fois de la série, à quelqu’un de plus intelligent que lui (même si Moriarty c’était quand même pas de la tarte, j’en conviens). L’ennemi qu’il doit affronter est le meilleur ennemi EVER, enfin un des meilleurs ennemis télévisuels qu’il m’ait été donné de voir. Sans trop en dévoiler : le personnage est hallucinant de complexité et de manipulations, faisant de l’épisode un mindfuck total. Je tiens à préciser pour étayer ma thèse que Lazylumps n’a pas aimé ce personnage, ce qui devrait vous rassurer sur le fait qu’il est absolument génial, car comme vous le savez, notre rédak’ chef a à peu près autant de goût que Nadine Morano à un rassemblement des républicains. C’était un season final absolument ahurissant de rebondissements, de finesse et d’émotions, en partie grâce aux personnages de Mycroft et de Watson.  Si la série s’achève sur cet épisode, elle finit sans aucun doute à son firmament.

Sherlock, se déguste comme un thé à 16h avec des petits scones, dans le sens où c’est une série qu’il faut savourer. Remplie d’émotions et de rebondissements, hallucinante de justesse et d’intelligence, elle est rentrée définitivement au panthéon des séries tant le traitement de la psychologie de ses personnages est complexe. En plus, on n’est jamais pris pour des idiots par les scénaristes, les images sont sublimes, et les dialogues souvent à mourir de rire. Que demander de plus ?
Rien, alors tu prends ton plaid et ton doudou préféré, et tu te poses devant Sherlock.

C’est quand même la moindre des choses, non ?

 

KaMelaMela

Kamélaméla aime deux choses: la blanquette et Eddy Mitchell. Sinon, de temps en temps, elle va au ciné. Voila, vous savez tout.