The Infinite Loop : amour, tolérance et paradoxes temporels

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Pour la rentrée sur le Cri du Troll et si on commençait par parler d’amour et de tolérance. Rien que pour bien commencer cette nouvelle année. Et c’est bien ça que propose l’excellent tome 1 de The Infinite Loop par le duo de frenchies Pierrick Colinet et Elsa Charretier et tout juste édité dans un magnifique album chez Glénat Comics.

Mais ça parle de tout ça en même temps que de voyages dans le temps. Et c’est beau.

Il était une fois…

The Infinite Loop commence dans le futur. On y suit Teddy, une jeune femme vivant dans un futur plus ou moins lointain. Et dans ce futur, ils ont compris un truc : « L’homme est le seul animal capable de trébucher deux fois sur la même pierre ». En gros ça veut dire que l’être humain reproduit les mêmes erreurs au cours du temps : la fameuse boucle infinie. Et la raison de cela c’est l’amour. Du coup, dans le futur l’amour et les sentiments en général sont prohibés. Et le monde est apaisé. Ça fait rêver non ?

Sauf qu’en plus, dans le futur, le voyage temporel est possible (comme tout le monde le sait). Teddy travaille ainsi pour une agence gouvernementale chargée de corriger les bugs temporels. Et Teddy a pas mal de pain sur la planche pour lutter contre les « Forgeurs », de mystérieux activistes qui s’emploient à créer des paradoxes temporels un peu partout. Et apparemment ça pourrait conduire à l’apocalypse si on laissait faire ces « anomalies ». Teddy mène donc une existence solitaire, enchainant consciencieusement les missions depuis des années.

Jusqu’au jour où l’anomalie qu’elle doit éliminer se présente pour la première fois sous forme humaine. Et sous la forme d’une charmante et mystérieuse jeune femme aux cheveux violets (qu’elle appellera plus tard Ano) dont elle va immédiatement tomber sous le charme.

Décidant de s’enfuir avec elle, Teddy va plonger dans une course poursuite effrénée afin de défendre son amour naissant pour cette fille contre le monde qui considère Ano et leur relation comme une aberration.

Le comics comme vecteur de message

Lancé initialement en financement participatif sur Ulule en 2014, le projet a rapidement été financé et a fini à plus de 250% du montant demandé (+ de 12000 euros au final sur 5000 demandé). Ce véritable engouement a permis aux auteurs d’éditer une première version de The Infinite Loop puis de le faire publier en anglais chez IDW (éditeur entre autre des Tortues Ninjas, X-Files, Judge Dredd ou encore l’excellent Locke and Key). La suite de ce tome 1 est d’ailleurs en cours de parution outre-Atlantique.

Partant d’une histoire assez simple, les auteurs se servent du comics pour faire passer un message de tolérance sur l’acceptation des couples du même sexe mais aussi sur l’acceptation de l’amour sous toutes ses formes en général. Dès le début du projet, les deux auteurs ont expliqué clairement que l’histoire leur était venue afin de s’exprimer sur les difficultés que rencontrent les personnes de même sexe à faire accepter leurs couples aux autres. Le message est clairement délivré tout le long de la fuite de Teddy et d’Ano et de par la tentation de Teddy de vivre selon l’adage « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Au-delà du réquisitoire pour la défense des couples homo, on peut également y trouver un sens plus général sur l’acceptation de toute forme d’amour. On suit l’histoire de 2 femmes certes, mais on suit surtout l’histoire de deux êtres humains qui ont des sentiments dans un monde qui en est dénué.

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Visuellement parlant, on peut dire que ce tome 1 envoie du sérieux pâté. Elsa Charretier a un style très fun qui souligne le mouvement et la sensualité qui se dégagent des personnages. La colorisation rajoute la dose de vie nécessaire aux images par un rendu très lumineux et nous en met plein les mirettes. Le gros point fort est incontestablement le découpage parfois très original de l’image et de la narration. Jouant habilement sur le voyage temporel et le concept de boucle infinie et des choix de Teddy, la mise en page permet au lecteur de suivre les débats internes de l’héroïne, voire d’être acteur lui-même de l’histoire sur quelques pages, presque à la limite de ce que pouvait proposer les Livres dont vous êtes le Héros.

Soulignons enfin le boulot d’édition de Glénat qui comme d’habitude propose un joli tome cartonné avec pas mal de bonus avec son lot de variant covers, d’explications des artistes et un texte très intéressant sur l’histoire de la représentation des gays dans le comics par Katchoo Scarlettinred, responsable du blog The Lesbian Geek sur ce sujet. Ça fait plusieurs fois que j’achète des recueils édités par Glénat (allez lire ma précédente chronique de Sex Criminals si ce n’est déjà fait !) et c’est vraiment autant un plaisir à parcourir qu’à faire trôner dans votre bibliothèque.

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infiniteLoop04-cvrAEncore une fois une BD à lire et à avoir chez soi. Déjà parce que c’est super beau. Ensuite parce ça fait du bien de lire un histoire d’amour sur fond de SF mais qui surtout porte un joli message de tolérance dans un monde qui en manque. Enfin parce que c’est écrit et dessiné par des français, ce qui est assez rare dans le milieu du comics pour être soutenu. Une quinzaine d’euros chez vos libraires et ça les vaut largement. Vivement juste le tome 2 pour connaitre la fin de l’histoire.

Dr Tyriel

"Je sers la Science et c'est ma joie"

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