The Unknown – The Vision Bleak : horreur, démence et riffs metal

La dernière fois que je vous avais parlé de metal atypique, nous avions parcouru les contrées sombres de la Terre du Milieu avec Summoning. Il est maintenant temps d’entrer dans un territoire bien plus horrifique que le Mordor, j’ai nommé l’Allemagne avec les Bavarois de The Vision Bleak.

Après réflexion, je crois qu’il y a eu un malentendu dans ma formulation : je voulais dire par là qu’avec leur dernier album The Unknown, le groupe allait nous faire pousser les portes des mondes terrifiants inventés par Lovecraft et les vieux films de la Hammer. Qu’on se le tienne pour dit, je n’ai absolument rien contre les terres de nos voisins germains même si faut quand même avouer que leur pain est vraiment pas top.

La Vision Morne : mais qui sont ces gens ?

Je présume sûrement à raison que bien peu d’entre vous connaissent le groupe, alors allons-y pour la petite présentation qui s ‘impose. The Vision Bleak est la créature des deux musiciens Ulf Theodor Schwadorf (guitare, basse, clavier) et Allen B. Konstanz (chant batterie, claviers), qui s’entourent d’autres membres pour concerts et clips. Les thèmes abordés par nos compères sont les légendes lovecraftiennes, les anciens films d’angoisse et les vieux contes poussiéreux. Histoire de vous mettre dans le bain, voici le superbe clip The Wood Hag qui allie une version très personnelle de Hansel et Gretel au grain si spécifique du film muet en noir et blanc, le tout en stop-motion. Petit bonus : la chanson défonce.

La musique proposée par The Vision Bleak est qualifiée, par le groupe lui-même, de horror metal. On oscille entre heavy, dark et doom metal, mélange extrêmement festif auquel on ajoutera des claviers très caractéristiques (piano, choeurs, clavecin en première ligne), des ambiances angoissantes et des mélodies solennelles. Le chant grave de Allen B. Konstanz a lui aussi une empreinte pompeuse (au sens mélioratif) qui sied à merveille au style, très rafraîchissant à l’heure où pas mal de vocalistes miaulent pour se la jouer appât à midinettes.

Le premier album du duo, The Deathship Has A New Captain, sort en 2004 avec ces ingrédients comme base. A ce jour, son titre principal Wolfmoon est toujours l’un des morceaux metal que je trouve les plus efficaces, toutes catégories confondues. Je vous mets le clip à dispo mais je ne peux que vous conseiller la version longue pour des raisons évidentes.

The Unknown n’est rien de moins que la sixième galette de nos amis teutons sortie en 2016. Alors, est-ce l’album de la maturité ? Et bien TEUTONS la marchandise (hu hu hu je me fais gausser moi-même).

Dissection du sujet : The Unknown

Pour savoir si c’est cool ou pas, rien ne vaut un bon avis morceau par morceau. Comme ça en plus vous avez direct le nom des titres dans l’ordre, on est comme ça au Cri du Troll, c’est la générosité campagnarde.

Un aperçu de la pochette, quand même !

Spirits of the Dead : Petite intro avec clavier et guitare sèche. On annonce le thème principal du morceau d’après, Allen B. Konstanz se greffe pour le chantonner. Une minute et vingt secondes, la mise en bouche est rapide, on enchaîne avec…

From Wolf to Peacock : Finies les intros, on entre dans le vif du sujet. Pendant que la batterie cogne et que la guitare rythmique saccade avec des petits chœurs extatiques en fond, la guitare mélo développe le thème annoncé dans le morceau précédent. Puis le chant entre en scène : solennel comme je l’ai dit précédemment, et tout à fait à propos. Au bout de deux minutes, on part sur du bon heavy avec des cris gutturaux (mais pas trop graves) du plus bel effet. Le morceau se déroule ensuite tout seul, alternant ces trois plans avec quelques nuances et transitions fluides. Ça démarre bien !

The Kindred of the Sunset : Si vous voulez secouer les cheveux, c’est le moment ! The Vision Bleak prouve que, même s’il aime faire jouer les ambiances, il sait faire du metal bien rentre-dedans. Le son léché nous permet d’apprécier à leur juste valeur les riffs heavy que les guitares nous envoient à la face. On a quand même droit à un petit moment atmosphérique, parce que faut pas déconner, ça reste du Horror Metal. Mais après ça reprend dru, donc ça va. On apprécie pour la première fois le chant grave ultra-classe.

Into the Unknown : À la différence du morceau précédent, et au vu du titre c’est normal, nous progressons inexorablement durant 6:35 minutes dans le fameux Inconnu qui donne son nom à l’album. Longue et lente montée en puissance jusqu’aux parties chantées, qui elles-mêmes sont une ascension vers le refrain, pilier du morceau. Celui-ci est peut-être un poil classique, plus énervé sans toutefois friser l’hystérie, avé le petit chœur féminin qui va bien derrière.

Ancient Heart : Un de mes deux coups de cœur sur l’album ! Après une intro bien sympa qui donne le ton (petite dédicace au flutiau), la batterie et la guitare commencent à s’agacer et le morceau démarre. Les très chouettes chœurs graves sur le couplet se marient bien avec le chant principal, ça donne une dimension très majestueuse au morceau. Le refrain est quant à lui génial, métal au possible sans se départir pour autant de ce coté gothique-classe avec un chœur féminin un brin fantomatique derrière. Et juste après ça, pont à la guitare sèche inspiré au possible pour relancer le tout. Non là y’a rien à dire, aucune faute de goût monsieur l’arbitre. Si vous ne savez pas par quel morceau commencer l’album, je conseillerais celui-ci, il est très parlant.

The Whine of the Cemetary Hound : Deuxième coup de cœur en suivant, le bol ! Un crescendo comme rarement j’en ai entendu, mes aïeuls ! Le début est doom de chez doom, extrêmement lent avec mélodie lancinante à la guitare. Puis vient le chant, sombre, ténébreux, donc parfaitement à sa place. Et tout s’arrête… la guitare continue de jouer ses obscures mélopées, un piano d’un autre monde la rejoint, pour accompagner une complainte plus douce… le morceau reprend subitement, abrupt, toujours doom. La montée en puissance commence, annoncée par des cris cauchemardesques (« THIS IS MY KINGDOOOM ! » Épique !). Le morceau s’accélère ensuite sans jamais perdre de sa superbe, Allen B. Konstanz nous renvoie finalement dans l’horreur avec ses hurlements sépulcraux… Et tout s’arrête, sur duo clavier/violon. Tudieu, que c’était bon.

How Deep Lies Tartaros : Allez on arrête les crescendos et tout le tintouin, ici on commence brut. Le morceau se fait très brutal dans la première minute pour redescendre d’un cran et faire tout le contraire le temps d’un passage beaucoup plus éthéré ! Les cordes y jouent tout en nuance  avec une voix au diapason… et PAN on repart sur du bon gros cri limite black metal. Le reste du morceau s’enchaîne , toujours aussi percutant, avec quand même une reprise de ce qu’on appellera le « thème éthéré » au piano qui fait son effet.

Who May Oppose Me ? : Petit instrumental histoire de donner un peu d’air. Sympa mais anecdotique.

The Fragrancy of Soil Unearthed : C’est un peu ce qu’on pourrait appeler le morceau « Mon Chéri », parce que tu t’attends à croquer juste un chocolat et en fait PAF tu te retrouves avec un truc auquel tu t’attendais pas du tout dans la bouche (sauf que là c’est une bonne surprise, et pas une liqueur dégueulasse à la cerise). La première moitié du morceau est du The Vision Bleak tout ce qu’il y a de plus classique, c’est efficace, pas le morceau du siècle mais bon ça clôturera bien l’album… et soudain, à 4:17 minutes, il se passe un truc. Le groupe nous sort du Gothic Metal à la Paradise Lost dans leurs meilleures années ! Sans déc, mise à part la voix du chanteur qui n’a rien à voir avec celle de Nick Holmes, c’est du Paradise Lost ! Oh là là et cette mélodie finale à la guitare, tellement jouissive… Le plan qu’on a pas vu venir quoi ! Merci pour ce final, comme dirait presque l’autre.

La pochette de leur premier album. Bonus : la festive trombine de nos deux artistes

Avec The Unknown, The Vision Bleak nous prouve (alors qu’ils n’en avaient pas besoin) qu’ils restent les maîtres dans leur domaine, c’est à dire l’horror metal. L’équilibre entre riffs acérés et ambiances lugubres est impeccable, et rehaussé par un sens de la composition bien connu de la maison. Il n’est pas forcément nécessaire d’être un gothique tout vêtu de noir et fan de Baudelaire/Edgar Allan Poe/tout autre auteur cliché pour apprécier le travail d’orfèvre du duo allemand, alors amateurs de metal en tout genre : foncez ! Foi de Petrocore !

Petrocore

Tout comme Narfi, Petrocore est issu de la sous-espèce des Trolls du Périgord (d'où son nom). Il se nourrit de tout ce qui passe à sa portée du moment que ça a été cuit dans de la graisse d'oie, voire de canard. Parce qu'il aime le gras, Petrocore est surtout versé dans la musique métal brutale et toutes sortes de produits faisant preuve d'un bourrinisme sans failles ou d'un humour pas fin.