Transistor : Tomber amoureux d’un jeu vidéo

Pour apprécier cette chronique dans des conditions optimales, je vous somme de lancer la sublime bande originale de Transistor ci-dessous avant de continuer votre lecture. C’est bon ? Bien : je m’en vais vous raconter une histoire d’amour.

Hey i just met you and this is crazy

D’entrée de jeu, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce bel inconnu a un charme fou. Une perspective isométrique élégante, une géométrie urbaine bourrée de néons, une alchimie miraculeuse entre futurisme, Années Folles et Art Nouveau. Tout est comme si Mucha avait codé un jeu dans les années 80. C’est simple : la direction artistique me fait déjà oublier toutes les autres. J’ai une pensée émue pour la déception sentimentale Deus Ex: Human Revolution, qui paradait en vantant une esthétique « techno-renaissance » appliquée en réalité à 3 visuels promo, là où l’univers de Transistor embrasse son parti pris avec fougue.

cartoon_redJe ne sais rien de la petite héroïne que je déplace cheveux et manteau de cuir au vent, mais déjà elle me fait fondre avec son look de diva retro à la fois gracieuse et guerrière. Un mec gît là, un gros machin planté dans le thorax évoquant vaguement une épée nervurée de circuits électroniques. Je ne suis pas médecin mais là je dirais qu’il est mort. Pourtant, une voix d’homme, grave et mesurée, tonne comme un coup de foudre en s’adressant à moi. Elle émane du bidule, qui s’illumine à chaque mot. Cette voix  va m’accompagner, me bercer et m’envoûter tout le long du jeu, à la manière d’un génie dans sa lampe, d’une épée douée de conscience. Cette voix est celle du narrateur déjà hypnotique de Bastion, avec ici un rôle similaire, mais plus investi puisqu’il s’agit d’un personnage plus présent, dont les émotions, les relations et le rôle vont évoluer avec l’intrigue.

Cette épée, dont je m’empare avec mes petits bras pas musclés et que je traîne de toute sa lourdeur dans une traînée d’étincelles, c’est le Transistor. Elle est habitée par ce type dont elle a causé la mort (ou plutôt celle de son corps). Bien que la réciproque ne soit pas vraie, lui me connait : je m’appelle Red et je suis chanteuse de cabaret dans cette ville futuriste appelée Cloudbank, où l’on vit au milieu des bases de données et d’un ciel virtuel. Un groupe nommé la Camerata a tenté de me tuer avec le Transistor et cet homme s’est interposé. Moment d’émotion devant une affiche me représentant, alors que je comprends avoir perdu ma voix réputée sublime dans le processus. Le mutisme de l’héroïne laisse ainsi toute la place à mon ami pour remplir les silences et me guider.

De sa présence dans l’épée, je tire un premier pouvoir, sorte d’attaque à courte portée. Plus tard, d’autres malheureux viendront rejoindre le Transistor et garnir mon panel d’actions, sans jamais contester l’omniprésence de cette voix. Ces pouvoirs me seront bien utiles contre les entités robotiques et virales nommées Process qui répandent sur la ville leurs faux airs de pandémie Macintosh. Puisqu’il semble que je doive y faire quelque chose, je me mets à les combattre avec le Transistor, et c’est là que le gameplay prend tout son sens.

La firme aux jeux menthe à l’eau

Vous l’aurez compris avec ce double article, Transistor a été conçu par les mêmes orfèvres que Bastion avant lui : Supergiant Games. On retrouve ainsi leur excellence visuelle (pensez à aller vous prosterner devant la grâce des dessins de Jen Zee), leurs décors flottants en vue isométrique, leur BO incroyable et cette bonne vieille voix accompagnant un scénario cryptique à héros silencieux. ouve Si l’on retrégalement quelques bases de gameplay (la progression en XP, la gestion des compétences/équipements, le principe des handicaps choisis pour corser le jeu en échange de meilleurs gains, les défis pour tryharders de l’extrême, etc.), Transistor renverse toute l’approche de beat’em all simple et efficace à l’aide d’une seule nouvelle mécanique : la pause.
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Red peut arrêter le temps pour « programmer » ses actions à venir. Durant cette phase, le jeu dévoile un léger parfum de tour par tour qui transforme radicalement le rythme par rapport à Bastion. Si vous avez un faible pour la tactique, c’est cet élément qui devrait achever de vous séduire. Si vous préférez le beat’em all qui ne fait pas de manières, c’est sans doute le naturel sans fard de Bastion qui emportera vos faveurs.

Ainsi, vous pouvez à loisir déplacer Red au milieu d’ennemis figés et lui commander une série d’actions, qu’elle exécutera immédiatement à la fin de la pause à une vitesse qui prendra de cours vos adversaires. Cette déferlante à l’issue du doux ballet platonique a quelque chose d’enivrant, lorsque sous vos yeux se déroule en un battement de cil matrixien votre plan mûrement travaillé. Mais attention : la pause a un temps de recharge pendant lequel vous serez livrés aux affres du temps réel. Il devient essentiel d’optimiser chacune de ces occasions et de recommencer une programmation peu satisfaisante. La relation avec Transistor ne tient pas sur du rentre-dedans : elle demande du soin et de l’attention.

533722Il vous faudra d’ailleurs naviguer dans vos diverses compétences acquises via un système d’attribution fort subtil. Car, voyez-vous, si chaque compétence équivaut à une attaque, elle peut à la place être équipée comme un passif de votre personnage ou d’une autre compétence. Ils produiront alors un effet lié mais différent. Par exemple, une attaque étourdit les ennemis mais subordonnée à une attaque à ricochets, cette dernière provoque un stun à chaque rebond. Le pouvoir permettant d’invoquer un chien mécanique peut à la place permettre de laisser un double à chacun de vos dashs, équipée en passif de ces derniers. Les combinaisons sont innombrables pour modifier votre kit de compétences afin de transformer vos routines de combat en moments de grâce (ou de grand malaise en cas de mésentente et maladresses).

 

On s’est aimés comme on se quitte

A l’instar de Bastion, Transistor se montre assez hermétique quand on en vient à son histoire. Il évite certains écueils de son prédécesseurs en intégrant mieux la narration (exit les éléments clé balancés dans le chaos d’un boss qui vous malmène) mais en contrepartie son univers parait moins accessible. Il se dévoile à qui prend le temps d’écouter et de lire entre les lignes.

Mais plus important, son parfum de mystère s’avère enivrant. Il y a une étrangeté hypnotique dans ses détails, son ambiance, ces petits gestes qu’il offre aux plus impliqués. Le jeu est bardé de choses d’apparence futiles qui contribuent grandement à son charme. Il peut s’agir d’un spot météo qui vous demande de voter pour quel temps vous souhaitez à Cloudbank. Ou du choix d’une commande de fast-food absurde et sans conséquence. Souvent, vous disposerez d’actions inutiles vous invitant à jouer avec l’ambiance du jeu plutôt que son gameplay, comme une danse, un murmure, un repos mélancolique. Devant l’affiche de votre concert, affecté par la perte de votre voix, il vous laissera seul maître du moment où cesser votre contemplation. Ainsi vous pouvez vous détourner sans regret ou attendre plus ou moins longtemps, laissant la voix du Transistor passer du réconfort à la gêne.

Can-I-get-a-bike-like-that

Si l’intrigue de fond est particulièrement perchée, la relation entre Red et son compagnon de fortune insolite bénéficie d’un traitement fin et touchant qui, pour ma part, m’a laissé une émotion sincère au moment de leur dire au revoir.

Verdict
icon256Vous l’aurez compris avec cette chronique, si je ne peux que louer les qualités objectives de Transistor en tant que jeu, c’est pour des raisons plus subjectives que je suis définitivement tombé sous son charme. Par conséquent, d’autres seront moins sensibles à ses atours, moins absorbés par son ambiance, plus allergiques à son gameplay teinté de tactique, moins enclins à s’investir dans ses petits moments. Pour ceux-là, peut-être l’article sur Bastion par mon camarade Lazylumps vous convaincra-t-il plus. Et quand bien même, ils tomberont peut-être amoureux d’autres jeux. La beauté de la chose, c’est que des studios comme Supergiant Games apportent un tel soin à rendre leurs créations aussi séduisantes.

Lâche ton cri

  • 15 janvier 2016 at 20 h 40 min
    Permalink

    /commentaire non-objectif/

    Ce jeux est trop géniaaaaaaaal !

    BO <3
    Graphismes <3
    Ambiance <3
    gameplay tout pareil pour Bastion

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