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Villainous, qu’il est bon d’être méchant !

On raconte souvent qu’une histoire n’est bien que par rapport à l’antagoniste du héros. Un bon méchant fait un bon film ou une belle histoire. Les exemples ne manquent pas : le Joker, Thanos, Javert, Dents Tranchantes, Hal 9000 j’en passe et des meilleurs. Disney d’ailleurs nous a gâtés dans ce domaine, on ne compte plus les méchants qui nous ont fait frissonner et mourir de rire : Maléfique, Jafar, Hadès, Scar, la liste est longue. Il se trouve qu’aujourd’hui et depuis le début de l’été, on nous propose d’incarner six de ces grands méchants emblématiques de la firme à la souris dans un jeu de cartes asymétrique particulièrement bien conçu et passionnant : le magnifique, merveilleux Villainous.    

Crédit photo philibertnet.com

Un méchant pour les gouverner tous 

L’univers de Villainous est simple : les méchants des films Disney vivent dans le même univers et peuvent interagir entre eux. Cependant, on ne parle pas d’une alliance façon Justice League ou Avengers, ces scélérats n’ont que faire de la gloire à plusieurs. Le but du jeu coule donc de source, être le meilleur, le plus dangereux et le plus efficace des gros bâtards. Comment ? En réalisant en premier l’objectif de sa vie (de son film en fait !) tout en mettant le plus de bâtons dans les roues possible aux autres.

Vous vous en doutez déjà, ce jeu est un jeu qui devrait comporter nombre d’extensions mais j’y reviendrai plus loin. Pour le moment la boîte de base nous permet d’incarner six méchants :

Crédit photo extralife.fr

Jafar (mon préféré, c’est pour ça que je le mets en premier et tant pis si vous n’êtes pas contents. Au fait, j’ai pas vu le remake, il avait l’air trop nul en plus la gueule de jeunot de Jafar… non mais please… mais je digresse.)

Maléfique (ma deuxième préférée du coup si vous avez suivi. Pareil, pas vu les films avec Angelina Jolie, en fait Maléfique c’est trop une victime incomprise… non mais please…)

Le Prince Jean (aaaah Kevin Costner, Alan Rickman, que de bons souvenirs…. et le remake de Ridley Scott… non mais please… Comme disait l’autre : « des bas, des hauts, y’en a partout… »)

Ursula (étrangement on nous épargne les remakes douteux, pourvu que ça dure…)

La Reine de cœur (il était quand même ultra flippant ce film, en vrai, genre je suis toujours pas bien quand je le vois en fait… Par contre le remake de Tim Burton… non mais please…)

Et enfin le Capitaine Crochet (c’est pas que je ne l’aime pas mais c’est le seul dont j’ai pas encore vu le film du coup j’ai pas vraiment d’avis. Mais alors… Hook NON MAIS PLEASE Hook !! Robin Williams, Maggie Smith, Dustin Hoffman, Julia Roberts, Steven Spielberg aux manettes, John Williams à la musique : BEST PETER PAN MOVIE EVER !!! Alors celui-là, s’ils nous pondent un remake, je vais te les meuleu&#@%ùù !! ça va pas traîner !!! Quoi je dois revenir au sujet ? Je digresse beaucoup trop ? Ah… ok.)

Comme je vous le disais dans l’intro le jeu est asymétrique. En effet pour parvenir au statut de plus grand méchant Disney, nos anti-héros n’ont absolument pas la même méthode. Certes, nous jouerons tous des cartes sur notre petit plateau personnel (appelé Royaume) mais les effets et les objectifs différeront d’un vilain à l’autre. La Reine de cœur, par exemple, veut faire une partie de croquet géant dans tout son royaume, alors que le Prince Jean veut tout simplement devenir le plus riche (pour être tout à fait précis, il doit obtenir 20 jetons Pouvoir qui servent de monnaie au jeu). Chaque joueur devra par conséquent choisir quel méchant il veut incarner et tenter, en voyageant dans son royaume, d’accomplir le plan machiavélique du fou furieux. Le premier à y parvenir gagne la partie !

Rassurez-vous, si chaque joueur joue dans le royaume de son personnage on ne reste pas tous dans notre coin. Il va falloir surveiller les autres et tenter de mettre des bâtons dans leurs roues pour juguler leur avancement en leur envoyant les héros de leurs films respectifs leur casser les pieds. C’est très drôle et on se prend vraiment à haïr les gentils de notre enfance parce qu’ils viennent encore de nous voler notre Lampe merveilleuse pour la troisième fois de la partie ou que quelqu’un s’acharne à réveiller la Belle au bois dormant (qui est ingérable pour Maléfique, avec ses chansons et son amour… raaah !) et les autres alors qu’on avait maudit toute la région !

Crédit photo des-en-mousse.com

Un des gros plus de ce jeu est que ses mécaniques sont limpides : au début de notre tour on déplace notre pion sur une région de notre royaume, on y effectue les actions disponibles (jouer des cartes de notre main, se défausser, harceler un adversaire, attaquer des héros…) dans l’ordre que l’on veut et rien ne nous oblige à toutes les effectuer si on n’en a pas envie. Une fois ceci fait, on complète notre main afin d’avoir à nouveau quatre cartes disponibles et c’est la fin de notre tour. Comptez environ une vingtaine de minutes par joueur autour de la table et vous obtiendrez à peu près le temps d’une partie.

Comme ceci est un jeu de cartes avant tout, vous serez bien évidemment dépendant de votre pioche et pour certains méchants cet état de fait peut être très pénalisant, donc permettez-moi d’insister : défaussez-vous beaucoup, le plus possible pour récupérer les cartes dont vous avez vraiment besoin rapidement ! Pas grave si votre pioche se termine : vous remélangerez votre défausse pour former une nouvelle pioche. Sur les premières parties on est toujours timide là-dessus, mais ne gardez pas vos cartes qui tuent les gentils, si vous n’avez pas de héros sur votre plateau ça ne sert à rien ! Il vaut largement mieux les balancer et piocher la ou les cartes qui feront vraiment avancer votre plan maléfique ! Vous vous débarrasserez des enquiquineurs plus tard !

Crédit photo lagranderecre.fr

Ce conseil indispensable prodigué, parlons un peu justement de ces empêcheurs de tourner en rond et de comment ils apparaissent. Chaque joueur a devant lui son royaume ainsi que deux tas de cartes : les cartes Méchant qui lui donneront ses actions ainsi que ses pouvoirs et les cartes Fatalités. Avec un nom pareil on se dit « oula ça va être marrant » ! Pas du tout. Ce sont des cartes inaccessibles pour vous et que les autres joueurs vont utiliser pour vous ralentir dans votre quête de pouvoir absolu. C’est dans ce tas de cartes que les gentils sont cachés et vous n’aurez que très peu de possibilités pour décider de ce qu’ils feront lorsqu’ils vont débarquer dans votre royaume. Déjà lorsqu’ils arrivent (par le choix de votre/vos adversaire(s) entre deux cartes, histoire que l’embêtement soit maximal) ils vous masquent la partie haute de votre royaume, supprimant ainsi deux actions possibles du lieu où ils sont placés jusqu’à ce que vous les déplaciez ou les terrassiez. Mais ce n’est pas tout, ils en profitent aussi pour avoir des effets hyper néfastes. Typiquement, ils se rendent très difficiles à tuer en ne pouvant pas être déplacés ou en vous piquant des objets ou des alliés.

Ne vous inquiétez pas, vous vous débarrasserez toujours d’eux d’une manière ou d’une autre, avec des cartes spéciales mais surtout grâce à vos alliés que vous aurez préalablement placés sur les différents lieux de votre royaume, puis grâce à l’action « Éliminer un héros ». Vous pourrez ainsi les achever si la force de vos alliés et de leurs objets est supérieure ou égale à la force de ce héros (et éventuellement des objets qu’il peut lui aussi transporter) mais attention, vous perdrez toutes vos troupes qui ont participé à la bataille (elles sont défaussées en même temps que le héros) donc il faudra penser, de temps à autre, à renouveler vos effectifs.  

Voilà, les présentations sont faites, vous connaissez maintenant les mécaniques de base de Villainous, je pourrais vous parler plus longuement des spécificités de chaque méchant mais d’une ce serait trop long et de deux ça vous gâcherait le plaisir de la découverte !

Le côté obscur a du charme

En plus de mécaniques simples et fluides, Villainous peut aussi se targuer d’avoir l’une des directions artistiques les plus abouties de ces dernières années. Là on peut dire que Wonderforge a mis les bouchées doubles pour créer des cartes somptueuses : ils ont repris des plans des différents métrages, qu’ils ont ensuite retouchés afin de créer une cohésion visuelle d’ensemble à tout le jeu. Le résultat est tout simplement criant de beauté, même si vous n’êtes pas trop Disney, vous prendrez plaisir à jouer chacun des six personnages ! Se prendre des attaques des autres joueurs n’a jamais été aussi plaisant car les cartes Fatalités ont, bien sûr, bénéficié du même traitement. Et c’est pareil pour les royaumes, les livrets explicatifs (de chaque méchant, histoire qu’on apprenne à jouer notre perso très rapidement) les pions etc. etc.

Crédit photo leludopathe.fr

Les personnages sont très variés dans leurs mécaniques, entre jouer le Prince Jean et Ursula il y a clairement un monde, et pourtant cet ensemble est cohérent et il n’y a aucun problème d’équilibrage à déplorer. Certains personnages sont plus simples à jouer que d’autres mais grâce aux Fatalités l’équilibrage se fait de lui même. Typiquement laisser le Prince Jean dans son coin sera la manière la plus rapide de mettre fin à la partie, c’est donc aux autres joueurs de s’en apercevoir et de le harceler pour l’empêcher de décoller. 

Dans un même temps, le nombre de joueur va bien sûr pas mal influer sur la durée de la partie mais ce sera bien tout. Que vous soyez 2 ou 6 le fun sera toujours au rendez-vous et vous allez tout autant stresser en voyant l’avancement de vos adversaires. A 5 ou 6 d’ailleurs, un jeton Fatalité est donné à un joueur qui a reçu à ce tour une attaque, cela signifie qu’il ne pourra plus être ennuyé jusqu’à ce qu’un autre joueur subisse à son tour un assaut. Un petit équilibrage bienvenu qui va éviter qu’on s’acharne sur le joueur en tête !

Enfin en ce qui concerne la boîte de base, les rangements (sujet qui me tient particulièrement à cœur) sont particulièrement réussis. Les pions retrouvent très rapidement leur place, on range facilement et rapidement tous les jetons et il est prévu assez de place pour mettre toutes les cartes ainsi que les royaumes ensemble. Ce rangement est presque parfait : un seul petit bémol, lorsqu’on décide de protéger les cartes en les mettant dans des pochettes, celles-ci ne rentrent plus et il faudra ruser pour que la boîte continue de bien fermer. Sur un jeu de cartes c’est regrettable qu’ils n’aient pas élargi ne serait-ce qu’un petit peu les emplacements afin qu’on puisse garder les magnifiques cartes dans le plus parfait des états et les ranger correctement.

Pour conclure parlons des extensions qui devraient arriver en boutique aux alentours de Février 2020 : regroupant trois nouveaux personnages chacune (Hadès, le Docteur Facilier et la méchante Belle Mère de Blanche Neige pour la première, Izma, Ratigan et Scar pour la seconde) elles auront le mérite de pouvoir être jouées sans avoir la boîte de base. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils n’ont pas choisi la facilité avec ces nouveaux méchants : pas de Reine des Neiges ou Vaiana à l’horizon mais plutôt une replongée dans les films de notre enfance, à l’époque où c’était encore de véritables dessins animés et pas des animations 3D. Ce n’est pas grand chose mais entre les remakes dégueulasses qu’ils sont en train de nous pondre et ça mon choix est très vite fait !

 

Les pions de la boîte de base avec derrière les pions des deux prochaines extensions. Crédit photo gusandco.net

Gros carton de cet été, Villainous mérite amplement toutes les éloges qu’il a reçu depuis sa sortie : absolument magnifique il est simple à apprendre, riche, fluide et vendu à un prix tout à fait raisonnable. Bref c’est une excellente pioche ! (jeu de mot inclus). De plus, la thématique originale d’incarner un grand méchant Disney permet de rejouer les films mais du point de vue de l’antagoniste et c’est extrêmement rafraîchissant. Cependant puisqu’on nous demande d’assassiner Peter Pan, d’hypnotiser Aladdin, de maudire Ariel pour l’éternité etc. je ne puis que vous recommander d’éviter de jouer à ce jeu avec des enfants trop jeunes qui pourraient ne pas voir le second degré dans tout ça et finir leur journée d’une bien triste manière ! Pour nous autres adultes par contre ça va vraiment être l’occasion de se lâcher !  Si vous êtes fan de Disney ce jeu est un indispensable, c’est évident, mais même si vous ne l’êtes pas, son gameplay asymétrique et sa profondeur devraient amplement suffire à ce que vous passiez un plus qu’agréable moment ! Essayez-le et soyez très TRÈS méchant !

 

PS: J’ai eu la chance de découvrir le jeu quelques mois avant sa sortie française grâce à la chaîne Youtube Geek & Sundry et je vous invite à la découvrir si vous parlez bien anglais, ils ont plein de contenu passionnant sur les comics, les jeux de sociétés, Magic et surtout ils ont la meilleure série de jeu de rôle streamée de tous les temps : Critical Role ! (Dont le Meujeu Matthew Mercer incarne dans la vidéo consacrée à Villainous le plus parfait Prince Jean que vous aurez l’occasion de voir en ligne)

Nemarth

Cet individu est un gobelin fait homme. Hautement imprévisible, il représente un danger pour la Société. A éliminer à vue.