Your Name (Kimi No Na Wa) : du Kawai au pays du Soleil Levant

Oui, parfois, les trolls s’adoucissent et ont les poils qui s’hérissent devant l’inattendu.

Kimi No Na Wa fait partie de ces ovnis qu’il nous plaît de mettre en avant tant il va modeler le paysage d’une culture à l’avenir. Nous en faisons le pari. En fait, c’est même déjà un pari gagnant pour tout vous dire tant l’exposition et les retombées de cet anime sorti un peu de nulle part sont déjà colossales. Deuxième plus gros hit japonais de tous les temps, c’est bien simple, en terme de chiffres concrets au Japon, Your Name dépasse Le Château ambulant, Princesse Mononoké et se positionne juste derrière Le Voyage de Chihiro. La frénésie est telle que les fans se rendent en pèlerinage culturel et touristique dans les endroits réels mis en avant avec brio dans l’anime. L’occasion pour les Japonais de redécouvrir leur propre culture, leurs traditions…

Mais bon sang de bonsoir, parle nous donc du film devez-vous vous dire. Oui, on y vient. mais chaque chose en son temps. Pour bien prendre la mesure du bouzin il faut avant toute chose que je vous parle de Makoto Shinkai, le créatif responsable de Your Name. 43 ans, petit bouc, petit homme, petite voix… Le faciès Miyazakien et le talent tout proche de l’idole.

Shinkai, autodidacte génial vient tout simplement de mettre un énorme coup au monde des animes et se positionner en pôle position pour reprendre tranquilou bilou la place… que dis-je… le trône ! que va laisser Miyazaki vacant après son « ultime » film. Successeur ? Certes non, on ne peut pas comparer George Lucas et Woody Allen comme on ne peut pas faire de même pour les deux génies Japonais. Ce n’est pas le même cinéma tout simplement. Mais Shinkai se pose très haut dans le talent et l’esprit novateur.

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La découverte de l’autre

L’histoire de Your Name est de premier abord renversante. Au sens figuré, puisque l’on y suit deux jeunes ados d’une quinzaine d’années qui durant le passage d’une comète, semblent avoir échangés leurs corps. Mitsuha, jeune fille d’un village rural nimbé de tradition qui s’étiole, rêve secrètement de modernité et de Tokyo… Tandis que Taki, un architecte en devenir, jongle entre ses études et son travail dans l’immense mégalopole Tokyoïte.

MON DIEU QUE C’EST BEAUUU !!! QUE C’EST BEAAAAAAAAAAAAAAAU !!!
Si nous n’avions aucun discernement cet article critique aurait pu s’arrêter là. Mais nous ne mangeons pas de ce pain là au Cri du Troll et c’est en bon faux professionnel (#JournalismeTotal) qu’il nous faut expliquer en quoi Your Name est un petit bijou.

En ce 14 février, on peut dire que pour une fois, on est dans le coup : Your Name est une magnifique histoire d’amour adolescente. Sans tomber dans le TROP gnangnan, Your Name nous emporte avec lui dans cette recherche de l’autre, de l’être aimé, et ce peu importe les difficultés (je ne spoile pas mais vous avez déjà compris qu’elles seraient de l’ordre de l’incommensurable !) et comme dirait ce cher Nemarth avec un accent dégueulasse provençale : par le pouvoir de l’amour !

Your Name c’est bien l’histoire de ces deux jeunes gens qui vont se rechercher, se découvrir chacun l’un dans le corps de l’autre. Ils vont apprendre à vivre avec l’autre, chacun ayant des vies, et des visions de la vie drastiquement différentes. Ils vont vivre à la place de l’autre au point de ne faire plus qu’un.

Qu’on se le dise : le scénario, loin d’être écrit avec de l’eau de rose lyophilisé, arrive à nous embarquer avec lui par le truchement d’un cliffhanger bien senti qui va devenir le fil rouge de l’histoire et nous retourner un peu plus la tête ! Rendez-vous compte, même Flavius et Pétrocore, ces êtres abjectes avides de violence brute, de sang et de tripes, de castagne et de meurtre se sont laissés surprendre et ont été agréablement surpris !

Your Name c’est aussi l’histoire d’une quête adolescente, une recherche de sens. C’est la construction de jeunes adultes, et la folle espérance de trouver l’être aimé (considération universelle, mais qui reste une problématique d’importance (voir obsessionnelle) dans le pays du Soleil Levant où l’amour et la considération de l’autre, tel que nous le cueillons gentiment dans nos pays européens, semble ici s’étioler au fil de l’avenir.

Bouillon de culture

Des rues de la mégalopole pleines de vie aux collines boisées du comté de Gifu, le tour de force de Makoto Shinkai est d’avoir réussi à retranscrire parfaitement le monde Japonais actuel. C’est tout simplement une plongée dans une culture que nous propose le virtuose, et par ses traits d’une finesse absolue et d’une précision redoutable, on se retrouve tête la première dans ce monde méconnu des Européens. Et ça fait du bien. Pour une fois, nous voyons le Japon tel qu’il est. On aperçoit un pays entier qui oscille entre adopter un visage traditionaliste où les garants de l’ancien monde luttent pour conserver le patrimoine millénaire, et un visage ultramoderne, où la jeunesse est à la pointe de la technologie et où la ville-état est devenu un paysage comme un autre, un Nouveau Monde.

En plus de nous présenter un pays et une culture, Shinkai comprend tout à fait les tenants et les aboutissants de la jeunesse Japonaise qui se retrouve à faire l’entre deux. Dépositaires malgré eux de cette tradition qu’ils se doivent de pérenniser (car principale force de ce pays à l’identité sur-représentée), les jeunes japonais sont aussi les colons du futur, les porte-étendards du Renouveau.

 

 

Verdict

C’est beau, c’est frais, c’est juvénile et naïf. Ça fait un bien fou.

Mais c’est aussi bien plus que cela. Your Name est un témoin. Un témoin d’une époque et d’une génération : celle des japonais d’aujourd’hui. Voilà qu’en un film, enfin, on nous plonge réellement dans une culture trop souvent représentée par des Kawaieries et des bizarreries tant traditionnelles que What the Fuck. Your Name évite l’écueil du film sur-symbolique et c’est avec tout son amour que le virtuose Shinkai nous présente son monde, son vrai monde : le Japon du XXIème siècle avec ce qu’il peut avoir de magie comme de simplicité.

En un mot, Bravo.

Ce que Flavius en a pensé :

Your Name, c’est avant tout de belles images. La gestion de la lumière dans un film d’animation a rarement atteint de tels sommets. Les passages dans la forêt sous un soleil écrasant sont absolument somptueux. Mais au-delà de la claque visuelle, comme l’a rappelé mon camarade troll, Your Name est un animé sur le Japon. On y retrouve la sempiternelle question du monde moderne contre la tradition qui ne cesse de revenir, lancinante, dans un pays ouvert subtilement au commerce occidental par les canonnières américaines. L’industrialisation rapide du pays, son saut brutal dans une modernité étrangère après des siècles d’isolement et de fermeture laisse au pays de furieux contrastes que les auteurs continuent de questionner ou de simplement illustrer. Dans l’œuvre qui nous occupe ici, cela est fait sobrement, discrètement, sans nous coller la rétine de force sur un motif contrasté, non ; sensiblement on nous invite à découvrir, à admirer, à comprendre. Et cela se fait dans un bel écrin, celui d’une simple histoire d’amour adolescente dont les rebondissements suffisent à nous enchanter.

Your Name n’en fait pas des caisses, il sait distiller avec parcimonie ses messages et ses enjeux. Le spectateur, respecté par cette mesure, y trouve sans même y prendre garde toute satisfaction. 

Ce que Petrocore en a pensé :

Je ne sais pas trop quoi rajouter, mes collègues trolls ont bien bossé. Juste un petit addendum pour aussi féliciter le travail apporté à la musique. Tout comme le reste de l’anime, elle tape juste à tous les coups. La chanson d’intro, bien pêchue, est d’une fraîcheur juvénile typique des personnages principaux. Les thèmes qui accompagnent les grands moments d’émotion, quant à eux, les subliment irrémédiablement. Non franchement, j’ai très massivement kiffé.

LazyLumps

Déjà petit, le troll Lazylumps collectionnait les cailloux. Après en avoir balancé un certain nombre dans la tronche de tout le monde, il est devenu le "Rédak' Chef" de la horde, un manitou au pouvoir tyrannique mais au charisme proche d'un mollusque. Souvent les nuits de délire on l'entend hurler "ARTICLE ! ARTICLE ! IL FAUT UN ARTICLE POUR DEMAIN".