À la Vôtre ! Manigances au royaume d’Otravia

Le Royaume d’Otravia est une monarchie particulière, en effet la passation du pouvoir n’y est pas héréditaire. Pourquoi ? Tout simplement parce que les rois ont tendance à ne pas mourir de manière naturelle. Il se trouve qu’étrangement le taux d’empoisonnement de ceux-ci avoisine les 100% alors forcément quand on parle de succession, les choses sont embrouillées et la place appartiendra concrètement à ceux qui s’en saisissent. On aime son Roi quand on est Otravien mais surtout quand c’est nous, le Roi.

À la Vôtre ! est un jeu qui nous permet d’incarner un membre d’une grande maison noble du royaume, et notre but est clair : le trône ou rien. Pour ceci les joueurs se sont réunis entre amis autour d’une grande table pour négocier, s’échanger des politesses et simplement partager un repas… enfin c’est ce qu’ils prétendent. La véritable raison de leur venue : ces quelques gouttes de poison dissimulées dans leur manche qui détermineront leur avenir ! Le problème, c’est qu’ils en ont tous amené…

Arsenic et belles dentelles

Vous le savez, au Cri du Troll on a tendance à apprécier les jeux un peu chaotiques, que ce soit Mascarade, The Island ou Les Montagnes Hallucinées, la mise en situation d’un moment incontrôlable déterminé par des intérêts à très court terme nous fascine et nous fait rire. À la Vôtre ! ne sera pas une exception à cette règle. Le jeu de Tim Page illustré par Nick Miles entre totalement dans cette lignée de jeux où l’on tente tant bien que mal d’établir une stratégie pour la voir s’effondrer dès le tour suivant, où l’on essaie d’anticiper l’aléatoire et de contrôler le chaos. C’est évidemment peine perdue et ce pour notre plus grand plaisir. Bien sûr, les joueurs qui ne vivent que par l’optimisation et le déroulement d’un plan sans accroc vont avoir une réaction allergique à ce jeu d’intrigues délirant, mais pour les fans de coups bas, d’alliances et de trahisons instantanées ce sera probablement l’un des toasts les plus drôles que vous porterez !

À la Vôtre ! se joue en principe à partir de 4 joueurs et va, pour sa forme de base, jusqu’à 6. (Il existe cependant deux variantes sur lesquelles je reviendrai qui permettent de jouer de 2 à 12 joueurs !) Les règles sont simples : vous commencez la partie avec un gobelet, un personnage, une cible à assassiner, 3 gouttes de vin, 2 de poison et 2 d’antidote. En utilisant les capacités de votre personnage et vos gouttes de poison vous devez assassiner votre cible. À la fin de la manche, si vous êtes parvenu à vos fins et/ou que vous êtes toujours en vie vous remporterez des points de victoire. Au bout de trois manches, celui ou celle qui a le plus de points devient le nouveau souverain d’Otravia.

Le truc rigolo c’est que votre personnage (et du coup son pouvoir spécial) est visible de tous, tout comme votre cible. Oui, le joueur que vous devez empoisonner SAIT que vous allez tout faire pour qu’il trouve à la fin de la manche plus de gouttes de poison que d’antidote dans son gobelet ! Lui-même doit d’ailleurs supprimer un autre joueur, ou vous, les cibles étant distribuées au hasard en début de manche. Vous allez me dire : « Mais Nemarth si ma cible sait que je dois la tuer, à quoi sert le petit paravent qui m’a été donné en début de partie ? » Il sert à masquer les gouttes de vin, de poison et d’antidote qu’il vous reste. Mais je dois vous remercier de la question car elle m’offre une transition parfaite pour vous décrire un tour de jeu.

À votre tour, donc, vous avez le choix entre plusieurs actions (en plus de votre pouvoir de personnage que vous pouvez activer plus ou moins quand vous voulez à votre tour), deux pour être précis, parmi les cinq disponibles :

  1. Ne rien faire. Oui c’est possible. Non je ne vais pas développer plus.
  2. Regarder le contenu du gobelet qui se trouve en face de vous. Histoire d’en savoir un peu plus sur ce qui risque de se passer si on déclenche la phase de toast (là où on est obligé de boire le contenu de notre gobelet).
  3. Échanger votre gobelet contre celui d’un autre joueur. Sans en regarder les contenus sinon c’est pas drôle.
  4. Faire tourner l’intégralité des gobelets de la table d’un emplacement dans le sens horaire ou antihoraire. C’est le genre d’action qui en plus des échanges vont vous amener à perdre complètement votre gobelet d’origine des yeux et c’est là que le chaos commence. (Le truc cruel c’est que le concepteur du jeu a prévu des anneaux aux couleurs de votre maison qu’on place en dessous de son gobelet, histoire de se « repérer » : c’est sadiquement inefficace !)
  5. Verser une goutte dans un gobelet. Ce n’est pas forcément une goutte de poison et ce n’est pas forcément dans le gobelet qui se trouve en face de vous, agissez à votre guise. Attention, cependant, à ne pas jeter un œil dans des gobelets pendant que vous le faites ni qu’on voit ce que vous avez mis dans le verre.

Vous pouvez totalement faire deux fois la même action si vous le désirez, personne ne juge. Lorsqu’un joueur a versé toutes ses gouttes de vin il gagne une sixième possibilité : porter un toast. Il n’est pas obligé de le faire mais s’il le décide cela met fin à la manche en cours, cela met également immédiatement fin à son tour (on ne peut pas « porter un toast » en deuxième action). Les autres joueurs auront tous une dernière action à faire avant que le couperet tombe. Euh je veux dire, qu’on partage tous ensemble ce délicieux Château La Tombe de 1756 qui a été, comme chacun le sait, une délicieuse année.

Une fois le toast porté, on voit qui a été assassiné en comptant le nombre de gouttes poison et le nombre de gouttes antidote dans son verre : plus de poison vous êtes zigouillé, plus d’antidote effectivement ce vin est délicieux ! On distribue du coup les points de victoire, on rend les doses de vin, poison et antidote à chaque joueur tout en leur donnant une nouvelle cible et on est reparti pour la manche suivante. Simple, efficace, sadique : tout ce qu’on aime !

La ciguë et la fourmi

L’un des grands plaisirs de jouer à À la Vôtre ! est évidemment son ambiance. Les fans de background (d’histoires, de lore, tout ça, tout ça) apprécieront le souci du détail pour créer le Royaume d’Otravia. Que ce soit dans le livret de règles ou sur chaque carte de personnage, tout est mis en place pour que des joueurs un peu rôlistes puissent se déchaîner ! Les maisons qui ne sont que la couleur de joueur, sont ici des spécialistes d’apiculture (pour le jaune) de pêche au poisson-globe (pour le bleu) etc… Les personnages ont tous une illustration et une petite phrase d’ambiance qui témoignent d’une bribe de personnalité dont les joueurs sauront s’inspirer. Le tout dans le champ lexical du poison, la Maison de Mycètes abrite le temps d’une manche le Chambellan Cyanure, ou la Maison Van Pécheur compte dans ses rangs le Grand Vizir Aspic ! C’est drôle, bien pensé et en plus le nombre important de personnages permet des parties variées !

D’ailleurs en parlant de variantes, il en existe deux pour ce jeu : une à 2-3 joueurs et une autre de 7 à 12. La première s’appelle la « Gobelette Russe » : hyper efficace, on prend les 6 gobelets : une goutte de vin dans chacun d’entre eux sauf un qui a une goutte de poison. Pas forcément le mode le plus passionnant sauf si vous le transformez en jeu à boire, justement ! Attention tout de même en fin de partie à ne pas se gourer de gobelet, les billes plates sont bien moins digestes que le ti punch.

La seconde variante est par contre bien plus amusante : « Les Sommeliers » place les joueurs en tandem : le Noble et son Goûteur. Tous les joueurs ne jouent qu’une action (ce qui maintient, en fait, les deux actions par maison) : le Noble n’a pas le droit de regarder le contenu du gobelet et le Goûteur n’a pas le droit de porter un toast ni de se servir de son pouvoir de personnage (rassurez-vous, on change à chaque manche et du coup on ne vous a pas distribué un perso pour rien). Le reste sinon est comme le jeu de base. Funfact, on distribue à tous les goûteurs une carte supplémentaire au début de chaque manche, appelée « Loyauté ». Et oui certains goûteurs auront pour mission d’assassiner leur noble ! Quelle tristesse que le noble ne puisse pas regarder son godet… Hmm celui-là, non Monseigneur, je pense que ce verre vous conviendra mieux…

Mais je ne vous ai pas parlé de la qualité du matos fourni ! Alors ok c’est du plastique mais zut, là encore le souci du détail force le respect ! Les gobelets sont de toute beauté et il n’y a rien à faire, depuis que je suis tout petit je suis fasciné par les billes plates ! Et là j’en ai plein à me mettre sous les yeux ! Des blanches (d’antidote) des noires (empoisonnées) des rouges (pour le vin), une bleue et une verte mystérieuses ! Il faudra jouer au jeu pour savoir de quoi je parle ! La boîte possède des rangements tout à fait corrects bien qu’on puisse regretter l’absence d’emplacements pour les paravents. Les cartes sont aussi parfaitement lisibles et jolies. Bref pour une trentaine d’euros on peut pas dire que Edge, l’éditeur, se soit moqué de nous !

Simple, rapide, drôle et chaotique À la Vôtre ! a tous les atouts pour nous plaire ! Son grand nombre de personnages et ses variantes proposent énormément de possibilités qui feront durer le jeu ! Il est joli, avec une vraie identité et se joue en une trentaine de minutes de 2 à 12 joueurs, le tout pour un prix tout à fait raisonnable ! Bref c’est un compagnon de soirée jeux idéal pour commencer et se mettre dans l’ambiance avant d’attaquer des jeux plus costauds. Exactement comme un bon apéro, allez … À la Vôtre !

Nemarth

Cet individu est un gobelin fait homme. Hautement imprévisible, il représente un danger pour la Société. A éliminer à vue.