Baby Driver : à toute berzingue.

Qu’on se le dise : quand Télérama met une seule étoile à un film, ça me donne furieusement envie d’y aller. Alors quand on me souffle dans l’oreillette en plus que le réalisateur, c’est Edgar Wright, j’ai déjà dégainé un billet de dix balles en criant « Prends l’argent » (et non pas « Rends l’argent ») à la jolie guichetière du cinéma du coin. Tu commences à me connaitre, il m’en faut peu à moi : une salle de cinéma, une bouteille de flotte, et deux heures devant moi suffisent à mon bonheur.

Bref, revenons à nos moutons, je reprends : Edgar Wright, pour les deux du fond qui ne suivent rien depuis le début, c’est le réalisateur de la trilogie Cornetto. « Cornetto kézako ? », me souffle mon ami imaginaire (celui qui m’aide à écrire mes articles qui finissent sûrement scotchés aux murs de ta chambre). Il s’agit d’une suite de films composée de Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Le Dernier Pub Avant la Fin du Monde, tous plus délirants les uns que les autres, et rapidement devenue culte pour nombre de férus de cinéma. Moi incluse. Ensuite, il s’est penché sur le cas du jeune Scott Pilgrim dans l’excellent Scott Pilgrim vs The World, adaptation de la BD de Bryan Lee O’Malley. Donc, pour te résumer cela en une phrase simple et intelligible de tous : le mec n’est pas un novice de la réalisation.
Mais bordel, je ne m’attendais pas à ça de sa part.

Hit me baby one more time

Le pitch de Baby Driver n’a rien de subversif ou de renversant, il tient même en une phrase courte: on suit Baby (oui c’est son nom, mais on y reviendra plus tard), un « getaway driver », lors des braquages que ses camarades d’illégalité effectuent dans Atlanta.

Je sais ce que tu penses, et je me suis dit comme toi, mon jeune ami : ça n’a pas l’air de casser trois pattes à un canard, cette affaire. Alors effectivement, le résumé ne faisait pas rêver. Puis j’ai vu la bande annonce, et  j’ai compris que Mr Wright n’avait pas décidé de réaliser ce film pour trier des lentilles. Puis les premiers avis sont tombés, et là j’ai vraiment été emballée. Quand Guillermo Del Toro se fend d’une série de 13 tweets pour expliquer à quel point ce film, c’est de la bombe Baby (tu l’as ?), tu te dis généralement que tu peux entrer dans la salle les yeux fermés et en moonwalk, tant tu es sûr de passer un bon moment.

Mais trêve de discutailles sur la montée de hype qui a entouré le film ces dernières semaines, et rentrons dans le vif du sujet.

Ça commence très fort par une scène qui risque vite de devenir culte pour bien des cinéphiles aimant les courses poursuites. Alors, si là tu te dis que je te spoile, il n’en est rien, car tu te doutes bien qu’avec un nom comme ça et le résumé que je viens de te faire, tu vas voir des voitures se chasser les unes les autres.

Mais le film est bien plus profond qu’il ne le laisse entrevoir dans ses premières minutes.
J’en vois déjà certains crier que le héros est insupportable de hypsteritude (fais pas genre t’as pas compris), qu’il est hautain, qu’il représente le gamin sûr de lui et imbu de lui-même qu’on a tous eu envie de gifler au lycée, tant il dégoulinait de cool et de désinvolture.
Je vais être très clair, et je ne me répéterai pas, donc essaye d’imprimer ce que je vais te dire : ceux là n’ont pas compris le personnage principal.

Interprété par Ansel Egort, Baby, car c’est le nom qui lui est donné tout le long du film, est un jeune homme rescapé d’un accident de voiture lui étant arrivé dans sa jeunesse. Il a, comme le décrit le personnage de Kevin Spacey dans le film, « a hum in the drum« , ce qu’on pourrait traduire par une sorte de bourdonnement constant dans l’oreille. Du coup, pour couvrir ce bruit de fond quelque peu désagréable, il écoute de la musique. Beaucoup. Tout le temps.

Mais du coup, ses comparses s’interrogent. Est-il vraiment bien normal, ce petit mec qui se ballade d’iPod en iPod au gré de ses envies ? Le spectateur aussi est désorienté par l’attitude de ce kid qui choisit la bande originale de sa vie.

Mais le problème quand on a des acouphènes et qu’on décide de les noyer dans un flot de musique incessant, c’est qu’on a vite tendance à se couper des autres.

J’entendais derrière moi dans la salle, des gens qui s’interrogeaient afin de savoir si le personnage de Baby n’était pas autiste. En effet, Baby partage certaines caractéristiques de l’autisme de type Asperger : il a tendance à se cacher derrière des lunettes de soleil, a toujours son iPod vissé sur les oreilles, ou se cogne souvent dans les gens. Était-ce une volonté d’Edgar Wright de donner au rôle principal de son film une dimension autre que celle de Sheldon dans The Big Bang Theory ? Ou a t-il seulement repris certains des traits qu’on retrouve parfois lorsqu’on est face à des personnes atteintes d’Asperger ? Dans les deux cas, la démonstration est telle que l’on ne peut que voir la distance que met Baby entre lui et le monde violent qu’il fréquente, la musique endossant alors le rôle de barrière le séparant des malfrats avec qui il s’acoquine.

Car Baby, s’il fait le taxi pour des gens pas super fréquentables, ne partage cependant pas avec eux leur état d’esprit. On comprend vite qu’il est forcé par le chef de bande d’endosser le rôle de chauffeur de cette mauvaise troupe, au détour d’une ficelle de scénario attendue mais bien amenée. Ne contrôlant pas son environnement, ni son existence, Baby contrôle au moins le son qui passe dans ses oreilles. Et à chaque iPod, son humeur.

Personne ne laisse bébé dans un coin 

Autour de Baby, plusieurs personnages gravitent. Tous les acteurs livrent ici des performances justes, qui ne leur rapporteront sûrement pas un Oscar mais permettent de donner un certain cachet au film.

Je pense notamment à Kevin Spacey dans le rôle du boss, qui encore une fois délivre une partition sans fausse note. Ansel Egort, acteur encore peu connu du grand public, malgré sa participation aux blockbusters Divergente ou au drame adolescent Nos étoiles contraires se révèle crédible en leading man, n’est jamais poussif ou poseur, ce qui aurait pu être des défauts du personnage, tant il est facile de tomber dans le cliché « Je suis cool et beau, et je conduis des voitures ». Son interprétation m’a rappelé celle de Ryan Gosling dans Drive, film devenu instantanément une référence en terme de chauffeur mutique mais photogénique. Jamie Foxx ou encore Jon Hamm viennent compléter le casting, interprétant deux des truands avec qui Baby doit travailler au quotidien. Mention spéciale à Lily James, qui dans le rôle de Déborah vient apporter un peu de douceur et acidule un peu ce casting majoritairement masculin.

L’une des autres forces d’Edgar Wright, c’est sa réalisation et la façon très futée qu’il a d’utiliser les codes du film de genre pour se les attribuer à sa sauce. J’en reviens d’ailleurs à Drive, qui avait réussi à son époque à réinventer certains codes du « car chase movie ». S’il avait déjà su nous prouver son aisance avec une camera lors de ses précédents films, Wright passe à la vitesse supérieure avec Baby Driver, faisant évoluer sa caméra avec aisance lors des scènes se passant en voiture, pour ensuite la rapprocher au plus près des personnages avec une fluidité déconcertante.

De plus, mais j’y reviendrai un peu plus tard, là où Nicolas Winding Refn avait, avec Drive, réussi à associer et à faire corps avec sa bande son, Edgar Wright va plus loin, imaginant musique et mise en scène se répondant l’une à l’autre, à travers le prisme des différents iPods de Baby qui rythment chacun de ses mouvements.

En réussissant ce petit tour de force de réalisation et de montage, Wright nous prouve qu’il est plus qu’un bon raconteur d’histoire et se place en technicien surdoué d’un cinéma inventif et audacieux.

Baby, I love you

Je suis sûre, que toi aussi, quand tu entends une musique dans un film qui t’ambiance grave, tu l’ajoutes à ta playlist et tu te la joues en boucle dans les jours qui suivent le premier visionnage. Si tu ne le fais pas, et qu’en plus tu n’as pas de Rolex, alors clairement, tu as raté ta vie, sache-le.

Prépare toi donc à télécharger et à passer tes journées comme Baby, du son plein les oreilles et le sourire aux lèvres, tant toutes les chansons présentes dans le film sont plus bandantes les unes que les autres. Baby Driver est pour moi, autant un plaisir sucré de cinéphiles que de mélomanes car je sais que les plus fanas de musique de mes compagnons trolls (coucou Lazylumps et tes chansons du dimanche à l’arrière goût VEVO) prendront un pied d’enfer devant ce petit bijou pop.

C’est bien simple, et je vais vous le démontrer par l’exemple. Rappelle toi, dans Shaun of the Dead, de la scène du billard et de Queen. Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, c’est à dire les plus ignares d’entre vous (ne nous mentons pas, je suis aussi là pour dire les vérités qui dérangent) il s’agit d’un moment de tabassage de zombie en règle, le tout au rythme de Don’t Stop Me Now de Queen. Les actions des personnages sur l’écran ne font qu’un avec la mélodie de la chanson, pour former un orgasmique petit moment de cinéma comme on aime.

Le plaisir de voir ce genre de petites pépites multi-sensorielles distillées tout au long du film n’a eu d’égal que celui que j’ai eu à faire pipi en rentrant chez moi (Spoiler Alert : j’avais très envie de faire pipi. Je sais, tu t’en fous, mais c’est comme ça c’est mon article, donc je dis ce que je veux).

Puis au niveau des choix, ce bon vieux Edgar a mis dans le mille, faisant cohabiter Queen, Blur, Simon and Garfunkel ou encore Barry White sur la même galette que tu devrais pouvoir retrouver chez tous les bons disquaires. Quand la qualité est au rendez-vous y compris dans tes esgourdes, tu peux te dire qu’un film est une réussite.


Après son acte manqué avec Ant-Man, Edgar Wright transforme l’essai avec son Baby Driver. Coloré, fun, inventif dans sa mise en scène et dans l’utilisation de sa bande son parfaite, le film est un petit bijou d’intelligence technique, sans pour autant se perdre dans une histoire parfois un peu trop convenue. Certains lui reprocheront peut être son scénario parfois un peu simple, mais quand la mise en scène et le montage sont de ce niveau, on peut se détendre sur son fauteuil à la fin du film, en se disant que vraiment, on a bien dépensé ses 10 euros.

KaMelaMela

Kamélaméla aime deux choses: la blanquette et Eddy Mitchell. Sinon, de temps en temps, elle va au ciné. Voila, vous savez tout.

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  • 16 août 2017 at 6 h 15 min
    Permalink

    La blanquette de Limoux ?

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