Entre Troll et Ogre : baston, arthrite, jurons… En route pour une aventure trollesque

Entre Troll et Ogre, le titre ne pouvait annoncer que du bon et le résumé aussi. L’histoire d’un vieux troll nommé Arsouille qui part au front pour découvrir qui est l’auteur d’une lettre soi-disant envoyée par son frère ogre. Et un ogre bah… Ça mange les trolls, ça ne leur écrit pas !
En plus, la couverture est super chouette, avec un rouge-bordeaux à l’honneur et une tasse à thé toute mignonne remplie avec… une grenade ?! Et entourée de balles ?! Mais de quoi peut bien parler ce bouquin ?
Pour la jeune Trolle que je suis, ce roman est apparu comme une évidence, il fallait que je mette ma main dessus. Et je n’ai vraiment pas été déçue ! Une aventure fantastique pleine de rebondissements, à la fois bourrée d’humour et de critiques cachées. Un mélange détonnant qui saura vous faire voyager en toute légèreté en pays troll.

Un Troll ça boit, ça râle, ça veut du sexe… mais pas que

Je l’aime bien ce petit Arsouille. On s’attache vite à ce vieux troll de 70 ans bourré d’arthrite qui ne pense qu’à ouvrir sa braguette à la première occasion venue, belle-fille incluse. Ben oui quoi, un troll, ça a des besoins ! Et puis c’est qu’il faut bien se détendre dans ce quotidien post-apocalyptique pas si drôle que ça.
C’est vrai que pour le coup, Marie-Catherine Daniel n’a pas été très tendre avec les trolls. Quand tu es trop vieux, tu te fais tabasser par ceux qui ont encore la chance d’être dans la fleur de l’âge, les trollards. Quand tu es trop jeune, encore un trollinou, tu te prends des volées par les plus vieux – l’éducation ça passe par là – mais ça, c’est seulement si tu survis à la Grande Poussée Dentaire qui pointe le bout de son groin vers les 12 ans des trollinous.

Et ça encore, c’est rien comparé aux ogres. Car pour eux, un troll jeune ou vieux, c’est pareil, c’est de la bouffe. Alors évidemment, entre trolls et ogres, c’est pas franchement l’entente cordiale. Mais le pire, c’est quand tu nais troll et que tu t’aperçois que ton frère jumeau commence à se transformer en ogre lors de cette Grande Poussée Dentaire tant redoutée. Et c’est le cas de notre Arsouille, qui va couper le contact et tenter tant bien que mal d’oublier son cher frère.  Mais quand 50 ans après, il reçoit une lettre de ce fameux frère, il est complétement paumé et commence à se poser des questions. Un ogre ça n’écrit pas à un troll, c’est pas possible. Mais qui alors ? Arsouille veut en avoir le cœur net. Le problème, c’est qu’il ne sait pas lire une carte (un troll ça ne sait pas lire du tout d’ailleurs, les puces avec les voix électroniques intégrées à chaque document le font pour eux) et qu’il va devoir devenir prof pour pouvoir déchiffrer le nom de la ville où son frère est supposé résider.

Une quête qui s’annonce pleine de rebondissements mais qui en demande parfois un peu trop aux rhumatismes de notre pauvre Arsouille. Et ben oui, un vieux troll qui voyage seul à l’autre bout d’un pays en guerre depuis va-savoir-combien-de-temps pour se rendre directement au front, c’est un peu risqué. Peu importe, il va la trouver la technique notre bon vieux troll : faire passer son arthrose pour des restes de baston. Ça en jette et ça impose le respect, malin !

Une aventure de Troll, dans une société de Trolls… ou pas

Malgré toutes ces difficultés, cette aventure en vaut quand même bien la chandelle, car mine de rien, il y a une tonne d’éléments bien chouettes couverts par cette histoire. Parce que du coup, notre Arsouille va nous faire découvrir le monde dans lequel il vit, et en plus de le décrire avec humour et légèreté, et ben ça va quand même bien faire réfléchir.
Dans le pays d’Arsouille, il n’y a plus d’humains, ils ont tous disparu. Un peu comme les dinosaures quoi. Les ogres y imposent leur loi en faisant régner la peur, menaçant de déchiqueter de leurs crocs acérés les trolls réfractaires.
L’aventure commence pour notre vieux troll lors de son arrivée à l’école où les exécutions d’otages se font en public en guise de punition. On ne réfléchit pas, on suit les règles car on vit dans la pression et la peur, et on apprend les bases grâce à un ordinateur et des casques miteux intégrés dans les bureaux des salles de classe.

Le collège est fait pour ça non ? Intégrer les règles de base de l’Ordre pour devenir un troll utile à la société.

Aoutch, ça fait mal. Pas sure que cette phrase ne soit destinée qu’à décrire le quotidien de l’univers trollesque de ce roman…

Et c’est là que l’on commence à comprendre que l’aventure de notre vieux troll n’est peut-être pas si anodine que ça. Et non, il ne s’agit pas que d’une histoire de trolls ou d’ogres.
Dès son arrivée au collège, Arsouille va consciencieusement écouter les cours enregistrés afin d’acquérir les connaissances qui lui permettront de lire la carte qui le conduira dans la ville où se situe son frère. Mais plus notre vieux troll se plonge dans ses cours, plus il se remémore ses années à l’école et se questionne sur le changement inattendu de son frère jumeau en ogre. S’est-il transformé parce qu’il aimait étudier et qu’il voulait toujours en apprendre plus ou bien était-ce tout simplement un coup de malchance ?

Pendant que notre troll arthritique continue son escapade à travers le pays pour retrouver son frère, on s’interroge avec lui sur ce monde étrange. La guerre fait rage et on ne sait pas très bien pourquoi. Une telle violence primaire doit bien avoir une raison… non ? Le moindre pas effectué sans le soutien d’une bande est une menace de mort imminente. Même prendre le train relève d’une stratégie des plus pointue afin de ne pas se faire voler ou pire, perdre un membre ou deux (et ça, c’est dans le meilleur des scénarios). 
Des vestiges de l’existence humaine sont également retrouvés par un troll, enfouis, cachés. Des disques durs et des ordinateurs. Où sont passés les humains ? Ce sont-ils finalement – à force de s’abrutir devant des écrans et se plonger toujours un peu plus dans l’individualisme – transformés en trolls et ogres ?
Ça en fait beaucoup de questions pour un troll de 70 ans qui voudrait juste retrouver son clapier et boire un bon café.

Des Trolls, des Ogres et…

Qu’à cela ne tienne, il ne va pas se laisser abattre notre bon vieux Arsouille. À force de persévérance et d’ingéniosité, il va en rencontrer des trolls et des ogres qui vont le guider vers ses réponses. Il va même se retrouver en plein cœur d’un groupe de chercheurs, et là franchement, on se marre bien ! Nommer « chef de projet » un troll qui ne sait même pas ce qu’il doit chercher ou « adjoint dûment missionné » un ogre chargé d’accompagner un troll souhaitant remettre une lettre à sa famille, c’est juste formidable. Ça m’a rappelé avec beaucoup d’amusement les titres fièrement arborés par de nombreux salariés de notre ère moderne travaillant dans des bureaux. Chère Madame Daniel, sentirais-je un soupçon de moquerie dans votre roman ?
Quoi qu’il en soit, il est certain que nous sommes clairement poussés vers une direction précise.

On comprend finalement que ce monde dans lequel évolue Arsouille ne fait pas tout, il peut aussi offrir beaucoup plus si certains se donnent la peine de voir plus loin que le bout de leur groin. Les trolls ne naissent pas sans cervelle, les ogres ne naissent pas avides de sang. Leur instinct agressif est quotidiennement nourrit pour assurer la survie de chaque espèce. Mais que se passerait-il si la soif de pouvoir laissait la place à la culture ? Si la peur laissait place à la solidarité ? Si les bagarres laissaient place à la connaissance ? Bref, la liste et longue, et si on prend un court instant pour replacer cette pensée dans notre monde actuel, ça fait immédiatement réfléchir.

Triste questionnement sur la condition humaine cette histoire pas si mignonne que ça.
Mais surtout, belle critique de notre société si on décide de lire un peu entre les lignes. On est bien évidemment libres de considérer cette histoire comme un simple conte trollesque mais ce serait passer à côté de tout l’intérêt de ce roman.
Critique ou constat ? À chacun de juger. En tout cas, ça fait bien cogiter et moi, j’adore ça ! Quels sont les éléments qui définissent notre humanité ? Qu’est-ce qui différencie un humain d’une simple créature à deux pattes régit par un instinct primaire et bestial ?
La réponse n’est pas si évidente que ça, et ce n’est vraiment pas Arsouille qui pourra déclarer le contraire !

En voici une bien jolie histoire, à la fois drôle et émouvante. Les pages défilent à toute vitesse et l’invitation à la réflexion pointe de plus en plus son museau au fil des mots.
Très malin de la part de Marie-Catherine Daniel de nous présenter un mélange de fantastique et post-apocalyptique pour nous rappeler de nous raccrocher à ces choses qui nous définissent en tant qu’individus… humains.
Un ton léger et très ironique pour évoquer un sujet souvent évité, en particulier dans un univers qui n’est pas réel… du moins, pour l’instant !
C’est peut-être mon âme de Trolle qui parle, mais je décerne sans hésiter mon premier coup de cœur à ce roman qui saura dévoiler l’humanité qui sommeille au fond de chaque troll et ogre de ce monde.

Ams

Prenez un grand bol d'imagination et versez à votre guise. Ajouter un soupçon de sensibilité et une bonne pincée d'horreur. Saupoudrez le tout de comédies musicales diverses et variées, puis incorporez des romans à volonté. Mélangez énergiquement et laissez reposer. Félicitations ! Vous venez d'invoquer Am's, tout simplement.