The Meg (En Eaux Troubles) : Les Dents de la Merde ?

Quoi de mieux qu’un bon étron filmique à la connerie revendiquée pour préparer psychologiquement la rentrée honnie ? En fait de nanard authentique, l’été 2018 finissant ne nous proposait guère que The Meg (En Eaux Troubles), superproduction sino-américaine, à ronger.

Grand traumatisé des Dents de la Mer qu’une mère indigne me fit visionner en CM1, je ne pouvais que me pourlécher à la perspective de ce plaisir coupable. Restait cependant le risque qu’un margoulin châtré ternisse le tout avec ses velléités PG-13 (c’est à dire en voulant rendre le film accessible à tous âges). Qui du mégalo ou du mégalodon allait avoir le dernier mot ?

Quand la quantité l’emporte sur la squalité

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, The Meg était à l’origine un livre ; tout comme les Dents de la Mer fut, en son temps, adapté du roman Jaws(é Bové).

Ne l’ayant pas lu, je me garderai bien de juger la fidélité du métrage, et l’intelligence de ses choix de transposition. Cela dit, tout spectateur requinophobe était en droit d’attendre un film à l’épouvante tranquille, sortant de la monotonie PG-13 qui a sévèrement tendance à niveler par le bas l’ordinaire du blockbuster moderne.

Telle n’était manifestement pas la volonté du réalisateur à l’origine de la production mastodonte sino-américaine, soucieux de ratisser large, quitte à éroder la biodiversité sub-cinéphile en raclant les fonds marins avec ses gros filets. Oui, je suis d’une piètre inspiration métaphorique aujourd’hui. C’est marée basse.

Passé le cap laborieux de l’adolescence, on pourra donc déplorer les scrupules graphiques d’un métrage pourtant vendu comme le frisson estival. C’est tout juste si l’équipe ose tremper l’orteil dans les eaux turbides du thriller, à quelques savoureuses reprises, notamment lors de la première heure du film, avant que Pasquale le grand-frère n’apparaisse au grand jour (mais sous l’eau).

Statham zlatane en tatanes

Dès lors, à quoi s’attendre ? Était-il seulement possible de faire un film de requins cinématographiquement « moyen », c’est à dire compris entre l’effroi assuré (Peur Bleue, 40 Meters Down…) et le délire décérébré (Sharknado) sur le spectre de l’horreur ? Eh bien, ma foi (de morue), la réponse est oui. Le film américano-chinois se (riz) cantonne assez vite, passé son premier tiers, au registre du film d’aventure/action familial. Et ça fonctionne plutôt bien. L’humour, prévisible mais point trop lourd et plutôt efficace, est rafraîchissant comme les glaces de Saint-Trojan sous le soleil oléronais. Le spectateur sous pression assiste ainsi à la course-poursuite effrénée de Kiki le chihuahua, traqué par le squale géant. Il est également assez jouissif de voir les antagonistes humains se faire boulotter les uns après les autres, certes de façon attendue, mais non sans quelques climax inventifs du plus bel effet.

Contre toute attente, le film s’offre même le luxe de quelques ruptures de t(h)on, versant dans un contemplatif insoupçonné (puisque insoupçonnable) à l’occasion d’explorations sous marines, notamment. On est certes bien loin de Cousteau, mais tout de même, ça fait plaisir. Djèzonne lui-même fait le boulot, dans un rôle à l’intensité inversement proportionnelle à la taille de ses biceps, mais probablement corrélée à sa masse capillaire. De surcroît, d’une carrure beaucoup trop massive pour interpréter un nageur, il a l’air passablement con dans sa combinaison. Rigolo.

 À la question (précisément) houleuse de savoir si En Eaux Troubles vaut le coup d’ampoule de Lorenzini, la réponse est évidemment non, en ce qui concerne le cadre légal et (surtout) tarifé du cinéma à 8 euros la place. En revanche, le film n’est pas suffisamment consternant pour se dissuader d’une franche rigolade lors d’une insomnie désœuvrée. Sans aller jusqu’à parler d’un incontournable du genre qui fera date, je le recommanderais même aux amateurs de (Charles Pa)squales, qui pourraient y trouver une entorse gouleyante à la tradition unanimement horrifique du requin cinématographique. Pas de quoi casser trois nageoires à un Host, mais, si vous êtes tristes, voilà de quoi vous requin-quer.

 

 

Fly

Créature hybride issue d'un croisement entre le limougeaud et le normand, le Flyus Vulgaris hante les contrées du Sud-Ouest. Son terrain de chasse privilégié étant les poubelles, celui-ci se délecte de musique progressive, de livres d'histoire ennuyeux et de nanards des années 90. Dans sa grande mansuétude, la confrérie du Cri du Troll l'admit en son cercle, mettant sa bouffonnerie au service d'une noble cause. Devenu vicaire du Geek, il n'en fait pas moins toujours les poubelles.