Films Marvel #5 : Iron Man 3, Thor : The Dark World et Captain America : Winter Soldier

Suite au trois

Iron Man 3, Thor : The Dark World,

Captain America : Winter Soldier

 

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Comme le dit le slogan de Marvel, « Avengers n’était qu’un début » (padampam !), histoire de nous rappeler qu’ils comptent bien user la corde jusqu’à ce qu’elle pète. Et avant de lancer un Avengers 2, il faut remettre un petit coup d’aventures solo. De nouveaux projets sont sur la planche mais restent à l’état de rumeur, Guardians of the Galaxy arrive en 2014 et Ant-Man continue de pédaler dans la semoule, alors la Phase 2 (appellation de Marvel pour leurs films entre les deux Avengers), ça sera des suites, des suites et des suites de suites.

Iron Man, pilier incontesté, ouvre le bal en mai 2013 mais une fois n’est pas coutume je vais malmener la chronologie pour me le garder sous le coude jusqu’à la fin de l’article.

Parlons donc de…

 

« Thor : The Dark World » Mjomjo is back

 

 Exit le père Branagh, place à Alan Taylor, réalisateur uniquement connu pour des épisodes de la désormais prestigieuse Game of Thrones : ça tombe bien, chez Thothor, on parle aussi faux-vieil-anglais, on trahit et y’a même un trône. On voit ici la politique de la boîte qui consiste à embaucher un réal’ mineur mais… Ah pardon je l’ai déjà dit 400 fois ?

Ce Thor 2 n’est pas le plus original des projets Marvel mais consiste plutôt une sorte de Thor 1 réussi. Ça n’était pas gagné si l’on en croit Alan Taylor qui a avoué avoir recourt au renfort de Whedon en personne sur le tournage, notamment sur certaines scènes d’action. Il faut dire qu’elle est un cran au-dessus de celle d’un GoT ou même du premier film : Thor a ses pouvoirs et tout un tas de bad guys dont la nature extraterrestre justifie de pouvoir lui tenir tête sans autres explications scénaristiques. On se paie même un final assez épique avec un boss final tabassé au travers de portails dimensionnels (boss final incarné par Christopher Eccleston, Docteur – de Dr Who – préféré d’à peu près personne mais quand même, ça fait plaisir de le voir).

Côté humour, même traitement : on en rajoute une couche. Marvel a décidé de miser sur le capital sympathie autour de Tom Hiddleston et de Loki. Il est clair que l’acteur, au charme indéniable, s’amuse comme un petit fou avec ce personnage et c’est très communicatif (en témoigne le mail qu’il a envoyé à Whedon après réception du scénar’ d’Avengers ou sa venue au Comic Con en mode roleplay déconnade). On nous fait donc le coup de la Némésis et du héros forcés de s’allier à un ennemi commun, une bonne vieille ficelle génératrice de dynamiques entre personnages (coopération, trahison, jeux de confiance, vannes, fraternité dans leur cas et puis tout simplement la surenchère d’avoir les deux personnages les plus centraux dans la même équipe). Pour la partie terrestre, on continue les gags à là Les Visiteurs en dépit du bon sens (genre le marteau sur le portemanteau, si vous voyez de quoi je parle), on rajoute même un autre sidekick comique aux côtés de Kat Dennings (qui s’occupait déjà de l’aspect grosses blagues et mimiques craquantes) et on fait même de la pantalonnade totale le désormais habitué de la boîte Stellan Skarsgard (qui est d’ailleurs le parrain du fils de Jennifer Connelly, qui lui doit son prénom).

Bon on a l’action, les dynamiques et l’humour. Mais bon, est-ce que ça suffit à recadrer ce qui était bancal dans le 1 ? Non, l’une des grosses améliorations tient à une direction artistique retombée sur ses pattes tel un chat (meow meow ?) tombé du douzième étage. Et ça n’a pas dû être chose facile, surtout sans désavouer les choix approximatifs du premier opus. En étoffant les mondes, les lieux et les technologies, l’équipe a sauté à pieds joints dans le mix entre fantasy et science-fiction, dans la lignée d’un Star Wars ou de classiques comme le Cycle de Mars. On perd un peu de chevalierduzodiaquerie pour gagner en ambiance techno-viking, où les tours des remparts tirent des lasers, les vaisseaux volants sont des barges et les Elfes Noirs des dark envahisseurs à grenades de’anti-matière. C’était la direction qu’avait pris la licence dès le début sur le papier, elle avait juste un peu trébuché sous la direction de Brannagh.

En résulte un deuxième jet enfin solide : plus rythmé, plus drôle, plus réussi visuellement et plus épique. Ce qui, vous me l’accorderez, est plutôt satisfaisant.

 

« Captain America : Winter Solider » :

Me demandez pas pourquoi ils refusent de mettre des « 2 »

 

 

 

Alors là, Houston, on a un problème. Le premier film était un film d’aventure old school à l’esthétique retro particulièrement réussie mais maintenant notre ami Steve Rogers, après une ellipse (félicitations, c’est un glaçon), doit continuer ses péripéties dans notre beau monde de maintenant. Il est impossible de se reposer sur les bases du premier opus. Même si Avengers a eu la lourde tâche de reprendre un Cap perdu dans notre époque, le bougre était emporté dans les montagnes russes avec ses copains.

Quid d’un film centré sur lui et uniquement lui ? Que faire du personnage ?

 

Changement de ton et d’esthétique obligatoire. On remercie Johnston et on embauche Anthony et Joe Russo, notamment connus pour avoir produit la série Community, un choix justifié par… Bon là honnêtement, je ne sais pas comment on est arrivé à recruter les deux frangins. Toujours est-il qu’il y a une certaine audace dans le résultat final et dans la façon de trancher entre l’univers coloré aux camps clairement définis (gentils alliés, méchants nazis) et notre monde multipolaire aux valeurs émoussées. On se retrouve avec une esthétique en nuances de gris et violente, au centre un Cap incarnant la perte de repères propre à notre temps.

 

 

captain_america_the_winter_soldier

 

 

Le film opère un basculement des genres en se revendiquant des thrillers politiques façon Les Hommes du Président (héritage appuyé par la présence de Monsieur Robert Redford, excusez-moi du peu). Et nous voici avec des complots gouvernementaux, des luttes entre services et des fugitifs aux valeurs ébranlées traqués dans un monde où ils ne peuvent faire confiance à personne. Quelques traces du passé (le QG abandonné, Peggy, etc.) sont là pour faire le pont avec l’univers du premier film. Le sous-texte politique rattrape lui aussi le folklore WW-II pour mieux exprimer où il veut en venir : on retrouve l’Hydra – à savoir les nazis – mais sous une forme moderne, celle d’une force cachée au sein même des démocraties occidentales, établissant que les valeurs du Captain ne sont pas obsolètes (bien que pas très en phase) et que les ennemis d’antan ont troqué la croix de fer pour le costard-cravate.

On n’abandonne pas le spectaculaire pour autant, privilégiant une action vénère et brute de fonderie à coup de black ops, de destruction massive et de rangers dans la gueule. On est loin des nazis à pistolets lasers et des acrobaties du premier. Le bodycount du film est d’ailleurs assez surprenant pour un divertissement à la Marvel. Cela soulève d’ailleurs – à mon sens – un problème de cohérence avec la série Agents of SHIELD : il est assez difficile de croire que les barbouzes sans pitié du film sont de la même agence que les Men In Black gentillets qui font du kung fu à la télé.

 

 

captain america winter soldier costumeEt perso, je trouve le costume beaucoup plus stylé que dans Avengers

 

 

Du fait du ton plus sérieux et premier degré, il faut bien dire que certaines maladresses s’en trouvent moins pardonnables (notamment le méchant qui explique tout sans aucune raison juste parce que les héros vont hypothétiquement mourir et qu’il n’a rien trouvé de mieux pour gagner du temps que de leur donner les clés de l’intrigue), mais l’ensemble est tellement bourrin et plein du suspense de ces bons vieux thrillers qu’il est préférable de les oublier pour ne pas bouder son plaisir.

 

« Iron Man 3 » : L’Armure Fatale

 

 

 Pourquoi garder l’homme d’acier pour la fin, d’autant qu’on commence à en avoir bien bouffé du perso ? Parce que je fais ce que je veux déjà. Mais j’ai quand même une raison : Alors que le film, après deux opus, devrait être le plus attendu, il comporte un certain nombre de choix vraiment intéressants.

L’éviction de Favreau, parti se faire (bien) payer pour réaliser (mal) des blockbusters (plus que médiocres) comme Cowboy vs Aliens, et son remplacement par Shane Black n’y sont sans doute pas étrangers. Il faut dire que le monsieur est un vieux de la vieille. Il a déjà dirigé notre Robert Downey d’amour dans sa seule réalisation, Kiss Kiss Bang Bang, et, oui, vous avez bien lu : sa seule et unique réalisation. Car Shane Black est surtout connu pour son travail de scénariste sur L’Arme Fatale ou Last Action Hero. Il apporte ainsi à l’écriture du film ses compétences en comédie d’action, ses talents de dialoguiste et un certain propos politique (omniprésent dans la saga L’Arme Fatale, au cas où vous n’en auriez qu’un vague souvenir).

Une fois n’est pas coutume, ce 3 combine les meilleurs aspects des deux précédents : une écriture plus poussée que dans le 1 et une action plus vitaminée que dans le 2. Shane Black sait donner le temps à ses personnages et à ses situations (par exemple les séquences avec le gamin) tout en donnant au spectateur ce qu’il attend d’une comédie d’action spectaculaire. Chose étonnante, des films de la Phase 2, c’est celui qui tient le mieux compte d’Avengers, en intégrant très sérieusement le traumatisme du combat final à son intrigue là où les autres se contentent de clins d’œil.

 

iron man 3 mandarin

Ben Kingswag

 

Mais le parti pris qui me paraît le plus osé et le plus intéressant concerne l’adaptation du Mandarin, Némésis du film et méchant central dans le folklore du personnage. Et là, je me dois bien de sortir le gros panneau

 

SPOILERS

 

Dans la BD, le Mandarin est un bad guy chinois héritier de la période bien anti-communiste et péril jaune de la production américaine. Je ne ferais pas son historique devenu compliqué avec le temps, c’est globalement un Fu Manchu lambda à longs ongles et moustache effilée (et c’est Shaolin le meurtrier). En le présentant d’abord comme un machiavélique Ben Laden, le film déplaçait cette figure du méchant classique sur une figure plus moderne (les terroristes barbus et basanés ayant remplacé les vils chinetoques dans l’imaginaire impérial américain).

Mais Iron Man 3 ne s’est pas arrêté là, commettant une hérésie totale et piétinant le personnage original sous les hurlements outrés des fans sectaires, sous la forme d’un très gros twist : le Mandarin n’est qu’un épouvantail incarné par un acteur dans une mise en scène géopolitique orchestrée par un capitaliste américain. Incarné par un Ben Kingsley cabotin, il se transforme alors en personnage comique de comédien raté et camé.

Une surprise totale oui, mais un détournement honteux ? Non, plutôt une véritable audace et un vraie question d’adaptation.

Car ce choix est certes une hérésie sur l’aspect littéral mais une totale preuve de fidélité thématique. Je m’explique…

Beaucoup de gens attendent d’une adaptation qu’elle respecte à la lettre le matériau de leur bible. C’est à mon sens complètement vain : non seulement il n’y a aucun intérêt à raconter deux fois une même histoire exactement de la même façon, mais aussi il va falloir un jour comprendre que le cinéma n’est pas la littérature ou la BD. Si l’on porte quelque chose à l’écran, il faut le faire différemment, il faut que le nouveau format apporte quelque chose. Il faut donc changer, adapter (tiens, ce mot serait-il de la même racine que « adaptation » ?)

Du coup on peut faire n’importe quoi ? Bien sûr que non. Inutile d’adapter une œuvre si c’est pour en trahir l’esprit et l’intérêt : autant faire autre chose et laisser le matériau tranquille. Et on n’est pas ici devant une trahison de l’esprit du personnage, bien que le twist soit inattendu (ce qui est plus agréable pour un fan que revoir exactement ce qu’il connait déjà).

Tout comme faire du Mandarin un Ben Laden constitue l’adaptation d’une figure à un nouveau contexte (brown is the new yellow, voir ci-dessus, juste là, pas loin), en faire une manipulation médiatique de puissant oligarque américain l’est aussi. Ça va juste plus loin. Et cela boucle tout le propos de société du film : les grands méchants de l’Amérique sont désormais des épouvantails largement utilisés à d’autres fins (notamment d’enjeux politiques et d’économie) par des gens puissants bien made in USA, qui sont, d’une certaine manière, les véritables « méchants ». C’est dans ce sens que le Mandarin est moqué et que le vil capitaliste manipulateur (incarné par Guy Pearce, acteur de L.A. Confidential et Vorace qu’il fait bon revoir) s’impose comme étant le véritable Mandarin, le vrai bad guy de notre monde moderne.

(Je parlerais du Marvel One-Shot sur le Mandarin, qui change un peu tout ça, dans l’article suivant)

 

Il faut aussi noter pour terminer que le film a été fait avec d’importants accords de distribution en Chine (au point que la version chinoise du film contient un personnage made in chez eux qui n’apparaît pas dans le montage occidental). Ce type d’accord a tendance à se multiplier entre les productions américaines et la Chine, ce qui explique aussi une certaine retenue dans l’utilisation de gros bad guy bridés.

 

FIN DU SPOILER

 

Les films Marvel ont tous eu tendance à chercher des choix d’adaptation un peu différents, ce qui est d’autant plus louables qu’ils sont les propriétaires du matériau original et qu’on aurait pu attendre d’eux une fidélité littérale pour flatter des fans aveugles. Iron Man 3 est à ce jour, avec Captain America, celui de leurs films qui va le plus loin à ce niveau-là.

 

 

Gros bordel, rassemblement

 

avengers restaurant

Par Anna Rettberg,

référence à la scène générique d’Avengers

 

 

Les films de cette Phase 2 post-Avengers arrivent tout de même avec un problème qui n’ira qu’en s’aggravant. Le Marvel Cinematic Universe, étant un univers partagé, a une maladie incurable.

En effet, il commence à être difficile de justifier la co-existence de ces franchises tout en continuant leurs aventures solo. Pourquoi à chaque film d’un Vengeur, ce dernier n’appellerait-il pas ses copains ? Pour l’instant, Marvel traite le problème pas omission. On peut imaginer que Thor ne puisse pas ramener les potes pour ses problèmes asgardiens et qu’il ne vienne pas les aider pour un oui ou pour un non depuis sa dimension éloignée, par exemple. Cap, lui, ne peut faire confiance à personne dans Winter Soldier et on retrouve Black Widow à ses côtés. Mais où est Hawkeye alors ? Ce sont pour l’instant des détails faciles à ignorer mais ils risquent d’empirer à chaque nouveau film, chaque nouveau héros, chaque nouvelle série.

L’univers Marvel au cinoche risque alors de se retrouver dans la même situation d’équilibriste que dans ses comics : d’un côté du fil, une univers plus du tout cohérent entre ses différentes parties, de l’autre, le risque du crossover permanent où il est très difficile de développer une bonne histoire solo.

 

 

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SCÈNE POST- GÉNÉRIQUE

 

EXTÉRIEUR JOUR

 

Bolchegeek court dans les rues avec tout le souffle du fumeur quotidien peu pratiquant de sport. Son objectif : une connexion internet. Alors qu’il était désœuvré après que Captain America : Winter Soldier lui ait confirmé qu’on ne verrait plus le personnage de Peggy Carter qu’au mieux en vieille mémé atteinte d’Alzheimer, une bonne âme vient de lui souffler qu’une Marvel One-Shot lui est consacré.

Une connexion internet.

Vite.

 

 LA SUITE PAR ICI, AVEC LES MARVEL ONE-SHOT  >>>

 

 

 

 

 

Lâche ton cri

  • 5 août 2014 at 10 h 32 min
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    Bonne remarque. C’est clair qu’il y a un côté assez lourd dans l’action du film (même si ça reste de la chorégraphie et des sauts périlleux). Les destructions font beaucoup de morts « visibles », les techniques de combat sont plus commandos que super-héros, etc. Du coup, je suppose que la musique ne pouvait pas être un gros thème pampampam comme dans la plupart des productions Marvel.

  • 4 août 2014 at 12 h 37 min
    Permalink

    Merci pour l article !
    J ai vu « winter soldier » avant hier et j ai été très surprise par l absence de musique de fond lors des scènes de combat ! En général les films d action et notamment les Marvel nous saturent les oreilles. Du coup, j ai trouvé que ça apportait une sorte de sérieux aux combats, comme quelque chose de plus solennel. Qu en penses tu ?

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