Hajime no Ippo : Montez sur le ring !

Il est de ces œuvres qu’on met dix ans à voir, on vous en parle et ça vous ambiance bien mais on ne regarde pas de suite, on n’a pas le temps ou bien on suit un autre truc du coup faudra bien que ça passe après. Mais en même temps, on ne le perd jamais de vu. Hajime no Ippo (ou juste Ippo dans la version française) fait, pour moi, partie de ces œuvres là. J’ai toujours voulu la découvrir mais pas moyen de commencer. Cette procrastination à grande échelle a pris fin lorsque j’ai regardé sur Youtube cette excellente vidéo, fort justement nommée : «Why you should watch Hajime no IppoCe fut une révélation et plus d’une centaine d’épisodes, un OAV et un film plus tard je sens qu’il est de mon devoir de vous transmettre à mon tour pourquoi vous devriez regarder Hajime no Ippo.

Makunouchi ! Makunouchi ! Makunouchi !

Fin des années 80, début des années 90, Ippo Makunouchi est un lycéen de 17 ans plutôt banal, il a d’assez bons résultats, c’est un gentil garçon qui aide sa mère à tenir l’entreprise de pêche à la ligne. Cependant cette obligation qu’il s’est lui même imposé l’a isolé, il n’a pas d’amis et pire il est la victime de trois voyous de cour de récré qui ne supportent pas son tempérament calme et sans histoire. Un jour en rentrant chez lui, les trois bully lui tombent dessus avec la ferme intention de lui expliquer leur manière de penser à coups de poings et de genoux dans la tête. C’est alors qu’arrive un grand gaillard avec une banane et une vraie démarche de loubard qui se présente : « Takamura, boxeur professionnel ». Lorsqu’il met en fuite les chenapans, sans les frapper une seule fois, il remarque la singulière condition physique de notre héros et lui propose de faire comme lui et de se mettre à la boxe. C’est une véritable épiphanie pour Ippo qui se lance dans une quête à la recherche de la véritable force.

Bienvenue dans un monde où les hommes n’ont pas de tétons

Voilà en quelques lignes les prémices de la première saison comportant 76 épisodes de cette série magistrale. Oubliez tout de suite les « Prince of tennis » et autres animes de sport sans queue ni tête que le Joueur du Grenier prend un malin plaisir à tourner en dérision. Ippo a choisi la voie du réalisme et de la cohérence. Ici, pas de talent inné incroyable, d’élu de la prophétie, et autres fadaises scénaristiques dont on a pourtant bien l’habitude. Ippo va devoir s’entraîner encore et encore pour espérer devenir fort.

Il va falloir d’ailleurs s’armer de patience avant de le voir monter sur un ring car en même temps que le héros, nous allons apprendre les bases de la boxe. Comment porter un coup, les variantes, l’intérêt de la course à pied, de la corde à sauter et j’en passe. Le tout dans une ambiance extrêmement chaleureuse qui va caractériser la série pendant toute sa durée. Cette volonté, cet optimisme sont contagieux et il est bien difficile de se retenir de donner des coups dans le vent et d’encourager les héros dans les moments les plus intenses.
(Alors qu’il est trois heures du matin et qu’il faudrait vraiment que vous songiez à dormir, vous embauchez dans quatre heures, n’oubliez pas !)

Cette partie entraînement est absolument primordiale car en plus de renforcer l’ambiance réaliste de la série (il est quand même assez rare de voir un héros de manga passer autant de temps à s’entraîner) elle permet de mettre en lumière l’un des points forts de l’anime : le développement des personnages. Que ce soit la personnalité d’Ippo, ou celles de ses senpaï Takamura le champion particulièrement beauf et attachant, Aoki et Kimura deux délinquants qui ont repris leur vie en main grâce au sport, ou encore la relation de confiance absolue avec l’entraîneur ; tout est mis en place pour qu’on ait affaire à de vrais êtres humains. Ils ont tous leurs qualités et leurs défauts, des peurs, des amours, du travail à côté, etc…

Mais ce traitement n’est pas réservé aux personnages principaux et à leurs proches car il en va de même avec les adversaires d’Ippo et des autres. Ainsi lorsqu’on arrive finalement au moment du match on a quasiment autant d’affection pour les rivaux que pour les héros, on sait pourquoi ils se battent, leurs techniques mais surtout les enjeux de la rencontre pour les deux protagonistes.

C’est la véritable puissance de cette partie calme de l’anime, ce crescendo permanent au fur et à mesure que se rapproche la date de la bataille, une montée en tension quasiment insoutenable où notre empathie pour les combattants ne fait que rendre l’issue plus incertaine !

Second out !

Arrive enfin le moment de la délivrance, le moment du duel. C’est évidemment le cœur de la série et là où Hajime no Ippo prend son envol. La mise en scène des combats est un cours en la matière. Chaque coup porté ou esquivé est parfaitement visible, on ressent très bien la puissance des chocs. Cette intensité n’est possible que grâce à une utilisation certes un peu massive du ralenti. D’aucuns pourraient penser que c’est un problème mais pour un néophyte comme moi ça a été une bénédiction, car pour qui ne connaît rien à la boxe, les échanges pourraient paraître confus et répétitifs alors qu’on assiste vraiment à un ballet, mortel, mais surtout très technique. Et quelle fierté de deviner quel coup utilise le personnage avant que le commentateur du match ne l’ait dit !

Nostalgie, quand tu nous tiens !

Cette prouesse est également due au style de l’anime. Rappelez vous, l’histoire se déroule au début des années 90, du coup le studio Madhouse (les dingues qui ont fait Redline et One Punch Man) a décidé de reprendre les techniques et l’ambiance visuelle des animes de cette époque. Quel doux retour en enfance, ce grain d’image si particulier qui nous projette des années en arrière ! Les couleurs, les costumes, les mouvements des personnages, quelle joie de les voir reprendre vie sans que ce soit un truc qu’on revoit pour la millième fois ! Mais ce choix n’est pas fait juste pour nous rajeunir, à cette époque les coups portés dans les épisodes faisaient de la fumée et l’action se figeait au moment de l’impact. Cette mise en scène d’une efficacité remarquable a été entièrement reprise pour animer les combats d’Hajime no Ippo et la sauce prend incroyablement bien. La violence et la précision des gestes, la sueur et les blessures qui s’accumulent au fur et à mesure des rounds, le sang qui parfois se met à couler. On s’aperçoit souvent que ça fait quelques secondes qu’on ne respire plus et on se retrouve comme des idiots à encourager de toutes nos forces une figure de papier dont le sort a de toute manière été décidé longtemps avant qu’on ne voit l’épisode !

Puis le duel se termine, on panse ses blessures, on réapprend à respirer, la vie reprend ses droits et le crescendo recommence tranquillement jusqu’au prochain combat. Car le rythme d’Hajime no Ippo ne fluctue jamais, il reprend les codes classiques du shonen (mais si, vous savez, les mangas comme DragonBall Z, One Piece ou Naruto) et n’essaie pas de les changer, au contraire, il les sublime, en devient la quintessence. L’expression la plus parfaite de ce rythme « montée en tension puis résolution » apposée à la boxe de la meilleure manière.

Tout ça alors que le gars, il commence tout juste ce sport, c’est fou comme on oublie vite qu’on est en train de mater un poids plume débutant…

Fin du round !

Rassurez-vous Ippo n’est pas non plus un personnage figé, il va évoluer au cours de la série, développant son propre style, ses coups favoris que ses adversaires devront apprendre à contrer. Il va également vieillir et se muscler, il y a donc de chouettes différences entre le début et la fin de l’anime. Hors il se trouve que c’est également le cas de celui-ci, qui va beaucoup changer au passage de la saison 1 à 2. Après The Fighting le sous titre de la première saison arrivent New Challenger et Rising, des saisons de 26 et 25 épisodes respectivement. Là, il faut que je vous fasse un tout petit peu d’histoire. La première saison a été diffusée au Japon entre octobre 2000 et mars 2002, la saison deux n’apparaît à l’écran qu’à partir de janvier 2009 jusqu’en juin de la même année. La saison trois quant à elle sera diffusé d’octobre 2013 à mars 2014. Autant vous dire que pas mal d’eau avait coulé sous les ponts et que le studio Madhouse n’avait plus très envie de se la jouer dessin animé des années 90. Pendant cet intervalle de sept ans ils ont développé, eux aussi, leur style si particulier auquel on est désormais habitué (pour autant qu’on peut l’être, souvenez vous des animes cités plus haut.) Oubliez le côté rétro et accueillez le spectaculaire !

Une vingtaine d’épisodes par saison au lieu des soixante dix précédents ça change énormément la donne, les séances d’entraînement sont toujours présentes mais ce sont bien sûr les combats qui se taillent la part du lion ! Le dépassement de soi, le souffle épique, l’impression de puissance sont devenus la marque de fabrique du studio et ici il faut bien avouer qu’ils maîtrisent totalement leur art. Ippo et ses compères n’ont jamais été aussi impressionnants et la mise en scène des combats est vraiment de très haute volée. Avec en plus une utilisation subtile de la 3D qui permet des cadrages à couper le souffle sans pour autant gâcher le style si particulier de la série, ce qui aurait pu être à craindre avec une telle technique. Le choc est assez brutal à première vue, à tel point d’ailleurs que j’ai pensé que le studio n’avait récupéré la série qu’à partir de la saison 2 et c’est en faisant des recherches pour cet article que je me suis aperçu de mon erreur !

Une transition qui donne plus dans le grand écart que dans le simple passage de relais mais à laquelle on s’adapte étrangement bien. Les fautes d’Hajime no Ippo se situent ailleurs.

Malheureusement, tout n’est pas parfait dans le monde de la boxe japonaise. Même si ça tient plus du pinaillage que d’autre chose, je ne peux pas en bonne conscience passer ces défauts sous silence. La première et principale tare vient du fait que ce soit un anime qui s’appelle « Ippo » du coup, tout de suite, le suspens quand il monte sur le ring est pas mal réduit. Il lui arrive de perdre, bien sûr, mais c’est vraiment rare. Heureusement ce n’est pas le cas des autres personnages où, là, vous allez en prendre plein les mirettes sans jamais pouvoir savoir s’ils vont s’en sortir ou non.

La seconde vient de l’arbitre dans les matchs, capable de se téléporter entre les boxeurs à la fin du round il est pourtant totalement aveugle aux fautes de ceux-ci et que dire de son décompte du KO. Dix secondes ça peut effectivement paraître long mais là enfin… Faut faire un effort ! Je me suis parfois amusé à suivre sans m’interrompre le compte de l’arbitre et quand on arrive à 38 et que le mec à terre n’a toujours pas ouvert les yeux… Je veux bien que la mise en scène fasse que l’action est figée pour laisser le temps au personnage de trouver sa force intérieure et tout, mais quand ça dure aussi longtemps, ça nous sort complètement du combat.

Dans ces défauts idiots on a aussi les protège-dents que les boxeurs vont cracher régulièrement en prenant un coup trop puissant. Sauf qu’on les voit jamais les remettre alors ils en crachent dix par match c’est un peu ridicule. Un autre souci vient de la musique des génériques de début et de fin d’épisode. Comment dire ? Ils sont doués pour la boxe y a pas à tortiller mais ils avaient les oreilles bouchées ou quoi ? C’est quoi ces voix de casserole ? Certains génériques semblent être chantés par un mec bourré dans un karaoké ! Je m’excuse par avance auprès de ceux qui sauteront le pas et regarderont la série suite à cet article, il faudra trouver des astuces pour préserver vos tympans. (Les meilleures consistent à passer les génériques si possible ou d’aller chercher un truc pendant ce moment difficile.)

Enfin je le mentionne bien que cela n’a pas été mon cas, certains reprochent à quelques épisodes (surtout ceux juste avant le duel) de trop traîner en longueur mais ce n’est à mes yeux que le résultat d’une mise en scène parfaite qui nous rend réellement impatients de voir nos gaillards en découdre.

Hajime no Ippo est un shonen comme on en voit bien trop peu, à la fois réaliste et épique, attachant même s’il porte sur un sport particulièrement violent. Il est le résultat de la passion d’un auteur, George Morikawa (qui possède son propre gymnase de boxe), et de la maestria d’un studio d’animation qu’il n’est plus besoin de présenter. Je ne connaissais rien à la boxe avant de m’y mettre et n’avait aucunement l’intention de m’y intéresser cependant en quelques épisodes j’ai été conquis, par cette ambiance rétro, par cette envie de dépasser ses limites, par ce côté terre-à-terre mais surtout par ces personnages, ces voyous à la petite semaine adorables qui veulent refaire le monde à la force de leurs poings et enfin ce gamin gentil comme tout qu’on veut voir monter au firmament ! Si un jour une quatrième saison de ce fantastique anime sort, je serai dans les tribunes à chanter ses louanges, et j’espère bien vous y retrouver.

Nemarth

Cet individu est un gobelin fait homme. Hautement imprévisible, il représente un danger pour la Société. A éliminer à vue.

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