Films

Le mélo de Méla : Lalaland

Mes petits loulous, j’ai une confession à vous faire. Cette année, j’ai décidé d’être romantique. A moi donc les chansons d’amour d’Adele, la guimauve et les romans de Jane Austen. Là où le problème se pose, c’est que ma vie amoureuse ressemble à la vie professionnelle de Pénélope Fillon, c’est à dire qu’elle est fictive et qu’elle pourrait me coûter cher. Alors, avant de sombrer dans une dépression parce qu’un idiot a décidé de ne jamais me rappeler, j’ai choisi d’aller au cinéma avec mes copines voir Lalaland. Oui, je sais, je suis une véritable déglingo. Le film, véritable succès critique et public, allait-t-il me donner envie d’être amoureuse ou juste envie de vomir ? Réponse un peu plus bas dans l’article (moment de suspense pour toi jeune lecteur, j’en ai conscience).

Qu’on se le dise, cette année, la saint Valentin se fera de manière musicale ou ne se fera pas. En effet, Lalaland, le dernier né de l’imagination du génial Damien Chazelle, ressemble plus aux Demoiselles de Rochefort qu’à Titanic. Donc si tu n’aimes pas voir des gens chanter et danser au milieu de scènes de vies relativement anodines, passe ton chemin, parce que tu risquerais de convulser.

Damien Chazelle, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un petit jeune d’une trentaine d’années qui nous avait régalés en 2014 avec son jouissif Whiplash, histoire d’un bras de fer entre un chef d’orchestre et son batteur, le tout rythmé par une bande originale résolument jazz impressionnante. Le film, son second, avait été un véritable succès critique.

Avec Lalaland, Chazelle renoue avec ce qui avait fait son succès critique pour Whiplash : la musique, encore la musique, et toujours  la musique.

En effet, le film est une comédie musicale, réunissant pour une troisième fois à l’écran Ryan Gosling et Emma Stone, et dès les premières minutes, on est mis dans le bain, au détour d’une scène d’embouteillage qui s’anime au rythme d’une musique endiablée.

Alors, ça chante, ça danse, tout ça c’est très bien, mais bon, tu vas me dire que si tu veux voir des chanteurs, tu te branches sur NRJ 12. Et là, je te réponds, mon cher en deux points très concis :

  • NRJ 12, c’est de la merde, et tu n’as aucun goût.
  • Ce film est avant tout une véritable déclaration d’amour au cinéma et à l’art de manière générale, tant dans sa réalisation que dans son histoire. Et là, t’es pas mouché ?

Lalaland parle d’amour, sous toutes ses formes

L’amour qu’un être humain porte à un art (dans le cas de nos héros, le jazz pour l’un, la comédie pour l’autre), l’amour que nous pouvons rencontrer au coin de la rue (dites à Ryan Gosling que s’il m’attend en double file sur le parking de Leader Price, j’en ai pour deux minutes) et l’amour que nous portons aux gloires passées et présentes, aux stars qui peuplent nos écrans, nos smartphones et nos sessions Deezer. On devine rapidement que Chazelle est fou amoureux d’Hollywood dans ce qu’elle a de plus mythique, tant la ville de Los Angeles est sublimée à l’écran. La ville ne m’a jamais paru aussi belle que dans ce film.

Mais Hollywood, cette usine à rêves, peut aussi bien briser des destins qu’en créer, et c’est ici tout l’enjeu du film. Nos deux protagonistes sont jeunes, beaux, ambitieux, et prêts à beaucoup de sacrifices pour pouvoir un jour se dire qu’ils y sont arrivés. Ils s’aiment, mais ils ont tous les deux envie d’autre chose.

Cette histoire d’amour, elle est aussi portée par des acteurs, et pas des moindres. En premier lieu, le beau, le magnifique, le talentueux Ryan Gosling, qui met mon petit cœur de troll en émoi dès qu’il apparaît à l’écran, depuis que je l’ai découvert dans le film Half Nelson. Vous me direz, quand la scène la plus sexy de ma semaine, c’est Lazylumps en train de manger ses crottes de nez en direct à la radio, c’est pas dur d’être émoustillée par tout ce qui passe. Mais Ryan, je l’aime déjanté, gros, maigre, en marinière, ou même au curry, bref, je l’aime à toutes les sauces. Et pour la seconde moitié de ce couple, la très jolie et sous-estimée Emma Stone, qui nous enchante par ses différents talents. C’est qu’elle a de la voix, et du groove la gamine. Déjà adoubés lors des Golden Globes en janvier, ils sont tout les deux nommés à l’Oscar. Le film compte d’ailleurs un total de 14 nominations, ce qui, tu en conviendras, n’est pas dégueulasse.

L’alchimie entre les deux acteurs a déjà fait ses preuves, et ils  nous entraînent une fois de plus dans une histoire d’amour à faire rêver tout le monde, de ton prof de Chimie un peu grincheux à ta voisine de palier qui parle trop fort. Ils sont magnifiques en artistes que la vie tente de brimer, mais qui coûte que coûte s’accrochent à leurs rêves, d’auditions foireuses en compromis artistiques douteux. Damien Chazelle arrive à créer un véritable univers autour de ce couple, qui au fur et à mesure que le temps défile, évolue sous nos yeux. Ils sont instantanément mythifiés par le réalisateur, qui ne nous épargne pourtant pas les moments de doutes et de désillusions. Une histoire d’amour entière et passionnée, comme le cinéma nous en propose de temps en temps, mais en musique , ça a quand même grave de la gueule. Je te vois venir, avec tes références à Moulin Rouge, et je t’arrête tout de suite. Les deux films n’ont rien a voir, hormis le fait que l’on y chante et qu’on y danse (comme sur le pont d’Avignon, mais en plus glamour).

 

Tout pour la musique 

Bon alors, les acteurs sont beaux, ils jouent bien mais qu’en est-il de la musique as-tu envie de me demander (sisi, je le vois dans tes yeux). La musique. Mon dieu cette musique. Composée par Justin Hurwitz, la bande originale est un magnifique écrin dans laquelle les personnages sont absorbés. Elle sert ici à s’apprivoiser, se déclarer sa flamme, essayer d’accomplir ses rêves. La musique est le moyen de communication privilégié de nos protagonistes, qui expriment leurs doutes, leurs peurs et leurs sentiments sur plusieurs notes. Le thème au piano intitulé « Mia et Sebastian » est une réussite, tout comme la chanson emblématique du film, la très jolie « City of Stars » où nos deux héros demandent à la cité des Anges si elle brille uniquement pour eux, et réfléchissent à la quête de l’amour dans une ville qui n’est faite que d’apparats.

Tous les numéros musicaux invoquent le souvenir de l’âge d’or d »Hollywood, celui de Fred Astaire et Ginger Kelly, en ajoutant cependant une note de désillusion et de mélancolie, tant Sebastian (personnage incarné par Ryan Gosling) notamment semble regretter la modernisation de la musique contemporaine, qui a gagné en auditeurs au fil des années mais perdu son âme. Leur rêve de succès se font donc en musique, ce qui nous permet encore une fois de voir le goût et l’exigence de qualité de Chazelle en la matière, lui qui nous avait déjà habitué à de la très haute qualité sur son précédent film, Whiplash. A noter également, la présence de John Legend au générique, chanteur soul récompensé aux Oscars l’année dernière pour sa chanson « Glory », extraite du film Selma.

Alors, là, tu es tenté de me dire « Mais dis donc, Méla, ce film a l’air absolument parfait! ». Et pourtant, je dois t’avouer un truc, un truc qui va peut-être faire qu’on ne sera plus copains après que tu l’aies visionné. Le film est trop parfait, et cela, selon moi, le dessert par moments.

Sois beau et tais toi !

En effet, si esthétiquement le film est magnifique, et que je me vois mal reprocher cela au réalisateur (« Dis donc Damien, tu aurais pu nous pondre un truc un peu plus pourri quand même ! » me semble être une phrase d’accroche quelque peu malencontreuse), on a un peu l’impression que le film nous fait des grands appels du pied, du style « Tiens vas-y, regarde comme je suis beau, prends en plein la face ». Alors tu me diras, que le but d’un film, c’est justement d’être beau, et, à cet argument massue, je répondrais d’un œil quelque peu désabusé : pas seulement. Même si le film exprime un propos qui est honorable (la quête de l’amour et de la réussite artistique dans un monde de plus en plus déshumanisé), il pêche parfois par superficialité. Malheureusement, Lalaland laisse son apparence prendre le pas ce qui aurait pu faire de lui le digne héritier de Birdman, mais en version chantante, à savoir qu’est-ce qu’un artiste à notre époque ? Chazelle avait représenté de manière très juste l’urgence et le conflit que pouvait provoquer l’art dans Whiplash, et il choisit ici d’effleurer seulement la surface de cette question, égratignant avec gentillesse les travers d’Hollywood, mais ne nous montrant jamais à quel point la violence d’un système où chacun essaye de faire son nid est constante, cruelle et froide. Ici, les personnages galèrent avec élégance, alors que dans la réalité, les comédiens qui bouffent des pâtes en restant sur le carreau toute leur vie sont légion.

C’est le principal défaut du film, la drague qu’il nous impose pendant 2 heures. On a bien compris qu’avec ce film, Chazelle a voulu rassembler et fédérer un maximum de gens autour d’une œuvre, mais les ficelles sont par moments un peu grosses. On ne m’avait pas draguée comme ça depuis ma dernière sortie au Zic Zinc, bar ambiance bien connu des noctambules limougeauds (en effet, la pénombre et l’alcool sont mes deux meilleurs secrets de beauté). C’est dommage, pour moi déjà, parce que je ne vais pas souvent au Zic Zinc, mais pour le film aussi, car il gagne en beauté ce qu’il perd en spontanéité et en authenticité.

Après un deuxième film absolument merveilleux, Damien Chazelle persiste et signe, alliant sa passion pour la musique à celle qu’il a pour le cinéma. Le film est magnifique, extrêmement bien porté par deux acteurs étincelants (un oscar et deux demis pêche pour eux s’il vous plaît). Cependant, le film gagne en magie ce qu’il perd en violence, et c’est ce qui fait pour moi son talon d’Achille. Si vous voulez du cinéma qui tache, et qui interroge, reportez vous plutôt sur son précédent film. Si vous voulez en prendre plein les mirettes pendant deux heures, c’est par là, au fond à gauche, posez vos fesses et dégustez bien chaud. Moi, je vous laisse, je me suis inscrite à un cours de claquettes. Si ça peut me rapprocher de Ryan, pour une fois, j’aurais bien dépensé mon fric.

 

 

KaMelaMela

Kamélaméla aime deux choses: la blanquette et Eddy Mitchell. Sinon, de temps en temps, elle va au ciné. Voila, vous savez tout.

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