The Defenders : à quoi joue Netflix?

En nous gratifiant de deux voire trois shows d’excellente qualité à la suite, l’association de Marvel et Netflix avait surpris les spectateurs et la critique qui ne s’attendaient pas à être gâtés de la sorte. Puis vint Iron Fist, dernier rejeton d’une prestigieuse lignée, qui fut un odieux raté, ne laissant derrière lui qu’incompréhension et espoirs déçus. Comment pouvait-on passer de Jessica Jones – véritable parousie pour plus d’un fan – à cette chose fade et mortellement ennuyante ?
Autant dire que Netflix est à la croisée des chemins avec The Defenders, à qui incombe la lourde tâche de nous rassurer sur le fait que l’entreprise américaine a simplement connu un accident de parcours.

Après un visionnage à marche forcée des 8 épisodes, force est malheureusement de constater que les inquiétudes ayant germé dans le sillage du plus catastrophique des fisteurs persistent toujours. Le scénario, qui met en scène la lutte entre les 4 héros et The Hand pour la survie de New York City n’est pas particulièrement à blâmer ; préparé par certaines des séries précédentes (surtout Daredevil Saison 2 et Iron Fist), il remplit correctement son office. La façon dont il se déroule est en revanche nettement plus critiquable. L’impression paradoxale que le show est à la fois trop court (la première saison de Daredevil comptait par exemple 13 épisodes) et trop long (les « Defenders » ne sont réunis qu’à l’épisode 4 !) ne nous lâche pas d’une semelle et tranche avec le rythme parfaitement maîtrisé des premières incursions de Netflix dans l’univers Marvel. Rajoutons à cela la nullité d’un Finn Jones (Iron Fist) bien peu aidé par l’écriture de son personnage qui décidément, joue les trouble-fêtes, et l’on comprendra qu’il est difficile de s’enthousiasmer pour The Defenders.

La qualité des autres héros – Charlie Cox (Daredevil) et Krysten Ritter (Jessica) sont toujours aussi excellents – et certaines scènes d’action de bonnes factures rattrapent tant bien que mal ces errements. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de penser que tout le fun vient principalement de l’attachement que nous avons envers les personnages grâce aux précédents shows. En ce sens, difficile de voir une plus-value substantielle dans The Defenders, trop brouillonne, avec des dialogues parfois franchement bidons et une impression de fouillis généralisée. L’intérêt des premières séries Netflix était de prendre leur temps en construisant un univers cohérent, une ambiance mature, réaliste, avec des personnages principaux et secondaires soignés. Le Harlem de Luke Cage est à ce titre tout à fait remarquable de par sa capacité à nous plonger dans la communauté Noire, épaulé par un casting superbe ; Frankie Faison dans le rôle de « Pop » et Mahershala Ali qui devait peu de temps après obtenir l’Oscar du meilleur acteur pour Moonlight doivent être ici mentionnés. C’est cette épaisseur qui fait indéniablement défaut à The Defenders. Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage (en majeure partie) sont plus que des bons divertissements, la nouvelle série de Netflix n’atteint elle qu’avec difficulté ce niveau. Espérons que The Punisher vienne mettre de l’ordre dans tout ça et que Netflix renoue avec ce qui a fait la réussite méritée (soulignons-le encore une fois) de ses séries Marvel.

Graour

Errant dans les mondes vidéoludiques depuis mon plus jeune âge, j'y ai développé quelques troubles psychiques. Mais rien de grave, rassurez-vous. D'ailleurs, pour me remettre les idées en place, je lis du Lovecraft, fais des soirées Alien et imite Gollum à mes heures perdues. Tout va bien.