Reportages

Les Utopiales : Seconde Fondation (jour 2)

À l’aube de ce deuxième jour, les organismes trolls commençaient déjà à grincer (coucou Flavius). Cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas pris des notes comme des acharnés, et pour certains d’entre nous, les bancs de la fac n’étaient plus que de lointains souvenirs. Qu’importe, c’est armés de curiosité que nous nous lancions à l’assaut de cette deuxième journée qui s’annonçait forte en émotions, notamment grâce la rencontre avec le président de l’association des Utopiales, Roland Lehoucq, astrophysicien et vulgarisateur de science (interview dont nous ferons une retranscription le plus vite possible).

Au menu aujourd’hui : un débat sur le Steampunk, l’émission de France Inter La tête au carré, le film live Jojo’s Bizarre Adventure, un cours magistral de Roland Lehoucq (toujours lui), et les conférences « Apocalypse Tomorrow » et « Les lendemains qui chantent de la Science-Fiction ». Comme vous le comprendrez vite, nous ne pouvons pas parler de tout alors nous avons fait une sélection des conférences qui ont le plus stimulé nos petits cerveaux trolls !

No Future et Steampunk : le Steampunk, un conformisme.

Avec S. Doke, L. Davoust, K. Berrouka, K. Gobled

Par Graour

Au Cri du Troll, il ne nous est que rarement arrivé de parler du Steampunk en tant que tel, alors même que nombre des œuvres que nous critiquons se rattachent à ce courant esthétique. À ce titre, rien de telle qu’une petite conférence sur le sujet pour avoir un aperçu d’ensemble et évoquer des romans, des jeux vidéo ou des bandes dessinées que nous avons mentionnés par ailleurs.

Moins qu’une définition formelle évidente, c’est au contraire des images qui nous viennent en tête lorsque nous essayons de circonscrire le Steampunk : par exemple des volutes de vapeur (« steam » en anglais), ou encore des tuyauteries interminables, elles-mêmes reliées à des systèmes d’engrenages complexes, l’ensemble constituant des appareillages immenses et fascinants. Ce sont ces éléments emblématiques qui caractérisent sans doute le mieux le genre pour tout un chacun.

S’arrêter là serait pourtant problématique, tant une telle vision se rattache à des œuvres variées. D’un autre côté, trouver le liant explicite entre les œuvres de Jules Verne, Bioshock ou encore Le château dans le ciel relève d’une véritable gageure. Les intervenants présents ont rapidement opté pour une définition large de la chose : le Steampunk, ce serait avant tout « l’introduction d’un progrès technique donné plus tôt dans l’histoire » (K. Gobled). Ainsi, s’il est indéniable que le XIXème siècle victorien occupe une très large part de l’imaginaire steampunk, il n’épuise pas le genre. Les conjurés de Florence de Paul J. Mcauley se déroule au XVIème siècle et imagine un Léonard de Vinci ayant réussi à donner vie à ses machines tandis que La Vénus anatomique (Xavier Mauméjean) se déroule au XVIIIème siècle, entre autres illustrations. Le dénominateur commun du Steampunk ne serait donc pas la période choisie comme cadre de la diégèse.

L’uchronie scientifique et l’esthétique machinique sont en effet déterminantes pour définir une œuvre comme étant rattachée au Steampunk. Il y aurait, selon Lionel Davoust, l’idée d’« une machine qui se voit et qui se donne à voir », sorte d’exhibitionnisme de métal et de tuyaux. Ceux-ci font finalement office de décorations, ce qui distingue les créations steampunks des machines très fonctionnelles qui sont au cœur d’autres types de science-fiction. Cet aspect est tout à fait exploité dans les œuvres du grand Hayao Myiazaki (Le château ambulant)

Par là même, c’est une idée particulière de la machine qui est introduite. À l’inverse du Cyberpunk, qui voit toujours dans le progrès technologique une forme d’asservissement potentielle, le Steampunk développe en général un imaginaire plus positif et enchanté à l’égard de la science et de ses rejetons mécanisés. Elle peut être un moyen de libération individuelle – à certaines conditions. Dans un manga comme Fullmetal Alchemist, les prothèses d’Edward sont ainsi un moyen de pallier les atroces mutilations causées par la transmutation ratée de sa mère.

Une question s’est rapidement invitée dans la discussion : que vient faire le suffixe -punk dans toute cette histoire ? Alors que Le Monde n’hésitait pas à écrire que cela découlait d’une volonté de renverser l’ordre établi palpable dans les œuvres steampunks, les intervenants présents sont eux allés à l’encontre de cette thèse, bien commode mais peu vraisemblable. Au contraire, les univers steampunks seraient marqués par une forme de conformisme. En s’appuyant sur les époques passées et leur structuration inégalitaire (pensez à l’Angleterre victorienne décrite dans From Hell d’Alan Moore), ils rejouent les clivages entre aristocratie et prolétariat. La technologie y est même, par certains aspects, élitiste. Plus que contestataire, le Steampunk serait en réalité apolitique, s’intéressant donc surtout à une esthétique. Lionel Davoust, lui-même auteur, insistait avant tout sur l’aspect « classe » de la chose, plus que sur la dimension protestataire.

Cette idée est cependant elle-même à nuancer. Certains ont fait valoir avec raison la place importante des personnages féminins et des héroïnes dans le genre Steampunk. Difficile de ne pas voir là une forme de critique (éventuellement sous-jacente) envers des périodes historiques marquées par un patriarcat encore à son apogée. Une bande-dessinée récente comme Lady Mechanika (Joe Benitez) est en ce sens paradigmatique. On y trouve une héroïne bionique qui se démène dans le vieux Londres et botte avec fougue les fesses adipeuses de ces vilains messieurs. Des œuvres plus classiques et anciennes s’inscrivent également dans cette perspective.

Au total, une conférence fort instructive ayant participé à démolir certains clichés liés au Steampunk (ou devrait-on dire à l’esthétique ?).

 

 

Jojo’s Bizarre Adventure : Diamond Is Unbreakable, en live

Sans Takashi Miike

Par Narfi

On ne l’a peut-être pas fait comprendre, mais les Utopiales ce n’est pas QUE des interventions toutes plus passionnantes les unes que les autres. C’est aussi un endroit où l’on peut voir des films, pour certains encore inédits, et qui participent à une Compétition. Et, surprise, figure au rang de ces films, une adaptation live de Jojo’s Bizarre Adventure, et plus précisément de la quatrième partie de ce manga foufou.

Avouons-le, en voyant les images de la bande-annonce, et en connaissant la qualité souvent branlante des adaptations live de manga, je m’y suis rendu à reculons. Même avec un grand taré comme Takashi Miike à la réalisation, la confiance n’était pas au plus haut.
Avais-je tort de partir avec un paquet d’à priori ? La réponse est complexe, subtile, mais tient tout de même en trois mots : oui et non.

Oui, car on a là affaire à une adaptation fidèle du manga (bon on développe quelques personnages, on en abandonne d’autres, mais on a pas 8h de métrage), et ce qui est déjà délirant à lire se retrouve un énorme délire à regarder. On ne boude pas son plaisir lorsque les « DORARARA » fusent ou que les « NANI ?! » interloqués tombent. Takashi Miike réussit même à nous mettre une scène putassière badass de folie pour l’introduction de notre héros Josuke Higashikata. Bref, c’est fun, c’est délirant, on passe un bon moment. Les trucs inadaptables à l’écran (comme la casquette de Jôtarô qui fusionne avec ses cheveux dans le manga) sont ici adaptés avec les moyens du bord, et c’est souvent drôlissime. Bon par contre, Koichi n’est pas un tout petit bout d’homme d’un mètre, et on comprend aisément pourquoi.

Du côté du non, si vous n’avez rien compris au précédent paragraphe, vous allez quand même manquer certaines choses dans le film. Celui-ci s’adresse avant tout aux fans, et s’il explique assez bien ses enjeux et présente tout à fait clairement ses protagonistes, il est difficile d’apprécier l’esthétique et les parallèles entre l’œuvre originale et le film, les petites références… Si on a pas lu l’œuvre originale. Tout cela est d’une logique implacable.
Mais c’est aussi de sa fidélité exacerbée à son matériau de base que proviennent les grands défauts du film. Subitement entendre les pensées d’un personnage face à une situation complexe, ou encore, les voir hurler des lapalissades ne passe pas, mais alors pas du tout, avec le média Cinéma. S’il est accepté dans les codes des mangas ou des animés qu’un personnage puisse montrer du doigt une porte ouverte en hurlant « REGARDEZ ! La porte est ouverte ! », voir la même chose au cinéma alors que le plan précédent montrait justement la putain de porte ouverte, ça donne l’impression qu’on prend le public pour un arriéré, et ça démolit toute l’interprétation que pouvait se faire le spectateur de la situation. Bref, ce genre de choses brise totalement la plongée dans l’œuvre et finit par lui nuire.
On notera aussi quelques faiblesses dans le rythme mais aussi dans les scènes-émotion, qui, si elles pouvaient être très fortes dans le manga, peinent ici à faire démarrer les glandes lacrymales.

En un mot comme en cent, on a là affaire à un film fun, décomplexé et délirant, qui laissera sans doute sur le carreau toutes les personnes ne connaissant ou n’appréciant pas l’univers de Jojo’s. Et bien évidemment, comme rien ne vaut le matériel original, je ne peux que vous encourager à aller lire les Jojo’s ! Plus particulièrement la célébrissime troisième partie Stardust Crusaders, qui est culte, culte et archiculte, au point d’avoir chamboulé le monde du manga en profondeur. À lire absolument et obligatoirement !

Ah, et si, une dernière chose, où étaient les Jojo’s Poses putain ?!

 

Cours du soir

Avec Roland Lehouck

Par Flavius

Cours sur les théories de la relativité restreinte et de la relativité relativité générale d’Einstein.

Le cours distillé par Roland Lehoucq s’est ouvert sur une planche de Calvin et Hobbes dans laquelle le duo décida de tester l’effet de dilatation du temps en se soumettant à une « grande vitesse » sans en comprendre vraiment les fonctionnements. Ce fut un très bon point de départ pour le conférencier qui a pu s’attaquer à cet effet expliqué par Einstein en agrémentant ses analyses, selon son habitude, de références à la SF. 

Avec un extrait du début du film La planète des singes (la version de 1968) il est alors entré dans le vif du sujet en arrêtant l’extrait sur l’horloge de bord du vaisseau spatial indiquant le temps de l’engin et celui de la Terre. Entre les deux près de 600 ans d’écart. Or, si le film est une fiction il décrit pourtant un phénomène bien réel que Roland Lehoucq s’est attaché à traduire à son public, composé à la fois d’initiés et de débutants (devinez où se situe les pauvres boyaux de la tête de votre Troll). Au moyen de schémas il développe la théorie visant à montrer comment, dans un référentiel en mouvement, le temps s’étire. En complétant son analyse de mentions d’expérience très concrètes, il parvient à donner corps à des notions qui, de son propre aveu, sont assez contre-intuitives.  

Les explications naviguent des origines de la théorie d’Einstein jusqu’à la situation du temps au voisinage d’objets hyper-massifs comme les trous noirs, en utilisant Interstellar ou Avatar. Le temps d’un cours on se sent plus intelligent même si la pression intracrânienne atteint des degrés assez préoccupants. Le phénomène « d’aberration des angles » qui se produit à mesure qu’on s’approche de la vitesse de la lumière, fascine l’auditoire : enclencher la vitesse lumière dans Star Wars transforme les étoiles en raies brillantes. Cependant, Lehoucq nous montre une image produite par un scientifique, celle-ci  étant censée représenter le réel. Le résultat est étonnant ; la lumière de tous les objets de l’univers vient en fait se concentrer dans un seul disque brillant devant nous… Je vous avais dit contre-intuitif… Une heure de cours, j’en suis sorti sublimé, c’est beau la physique.

Notre voyage à Nantes fut rendu possible par le soutien financier de nos tippeurs, grâce auxquels nous avons pu payer le voyage, et notre hôtel. Merci à eux !
Si les articles Utopiales vous ont plu et que vous souhaitez voir plus d’articles de ce type, n’hésitez pas à nous laisser un ch’tit euro de temps en temps !

Pour soutenir le Cri : par ici les Hobbits !

 

LazyLumps

Déjà petit, le troll Lazylumps collectionnait les cailloux. Après en avoir balancé un certain nombre dans la tronche de tout le monde, il est devenu le "Rédak' Chef" de la horde, un manitou au pouvoir tyrannique mais au charisme proche d'un mollusque. Souvent les nuits de délire on l'entend hurler "ARTICLE ! ARTICLE ! IL FAUT UN ARTICLE POUR DEMAIN".

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *