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Mordheim : plongée dans l’enfer de la cité des Damnés

 

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Mordheim, à la base, est un jeu de figurines sur table édité par la célébrissime licence de Games Workshop qui a confié son portage en jeu vidéal aux québécois du studio Rogue Factor.

mordheim-possedeIl faut bien le dire, le projet s’annonçait délicat tant Mordheim, à l’image de BloodBowl, est un jeu bourré de règles qui s’adaptent délicatement au format vidéo-ludique notamment par la quantité de dés à jeter pour chaque événement, induisant indubitablement une forte dose de hasard qui peut s’avérer d’une part frustrante, d’autre part intrinsèque aux jeux de plateaux et de figurines.

La tâche était donc ardue pour retranscrire les émotions de Mordheim à l’écran !

 

Le pitch du jeu s’appuie sur le background déjà mis en place par Games Workshop avec ses figurines : Mordheim était une cité bien tranquille avant qu’une météorite vienne s’écraser sur ses habitants, libérant dans son sillage une foultitude de pierres vertes, véritable roches de pouvoir qui, très vite, attirèrent la curiosité et l’appétit de bandes de mercenaires avides de puissance et d’oseille. Car oui, double peine oblige, en plus d’avoir leur peuplade ravagée par la plaie volante, les Mordheimiens virent leur ville envahie par tout un tas de factions convoitant la Wyrstone à des fins diverses et variés : Les Skavens sortis des entrailles de la terre, les mercenaires de l’Empire, les fanatiques Soeurs de Sigmar, et leur non moins fanatiques cousins pétés du Chaos.

Quatre factions jouables pour quatre approches différentes tant dans l’ambiance, le scénario et le gameplay.

 

 

Le jeu est un tour par tour tactique à la troisième personne, où chaque action suppose un jet de dés virtuel. Celui qui aura de la chance fera de gros dégâts et évitera les fails… D’autres se perdront dans les limbes du hasard et verront toute leur équipe se faire décimer à cause de lui.

Mordheim vous propose de prendre part à une campagne avec la race de votre choix pour braver le sentier de la guérilla et de se lancer au combat pour la ressource verdâtre chérie. La bagarre va s’étaler de jours en jours manifestés par un système de tours qui passent et qui débloquent des missions sur une carte de campagne. Les missions « basiques »sont assez similaires, on y va, on déploie sa team, et on pète la gueule des autres en ramassant le plus de ressources possibles pour se remplir les poches. D’autres missions apparaissent au fil du temps, et celles là sont assez spéciales. En effet, d’une part elles sont beaucoup plus corsées, d’autre part elles contribuent à faire avancer un scénario assez discret et anecdotique. On les fera surtout pour le challenge et pour débloquer de nouvelles recrues !

Osgy et Lazylumps ont donc tenté de donner leur ressenti, chacun d’eux ayant touché la bête, et chacun d’eux ayant opté pour un peuple différent.

 

La définition du Chaos (team Lazylumps)

C’est donc les yeux pleins d’étoiles que je m’empressais de tester ce tactical-RPG qui s’annonçait prometteur. Et bien évidemment, étant fan de discrétion, de finesse, de sens de l’honneur et de tactique… J’optais pour le CHAOS !

Ah la fière bande de pékins consanguins ! Voilà qui  me bottait méchamment ! En route mauvaise troupe ! Prêt à poutrer des culs ! Eeeeet…

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Que ce fut loooooooooooooong et fastidieux ! Voilà un des gros problème du jeu mis en exergue dès le commencement. Comment en 2015, on peut encore faire des temps de chargement aussi longs ? Aussi mal optimisés ? Pourtant le jeu n’est pas gourmand, et ne met pas vos PC à genoux (en tout cas pour le mien, qui est quand même costaud. Certains copains ont pour leur part ressenti de gros freezes et bugs en tout genre…) C’est une incompréhension assez déstabilisante et pénalisante d’entrée.

Mais qu’importe, je suis patient.

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Grosse Bestiasse.
Grosse Bestiasse.

Je me lance donc en jeu en créant ma petite bande, selon une phase de recrutement simple qui me permet de choisir mes bonhommes selon leurs attributs. Au fil du temps, d’autres soldats sont recrutables, du troufion misérable, à la grosse bestiasse ! Pour le côté RPG chacun de nos personnages est personnalisable avec du matos récupéré ou acheté sur le marché noir. On peut aussi les renommer et customiser leur vêtements. Bien vu.

Adapter Mordheim en jeu vidéo était un pari qui a été relevé et le moins que l’on puisse dire, c’est que les gars de Rogue Factor ont fait un énorme travail qui se ressent dans la base même du gameplay et la multitude de détails, d’idées funs et de possibilités tactiques présentes. En effet, on retrouve tout à fait les sensations du jeu de plateau retransmise sur ce nouveau support.

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Ne vous inquiétez pas, il va très bien sans son oeil en trop.

D’autant que certaines améliorations sont vraiment fendardes : notamment les perspectives d’amélioration/détérioration de votre crew. Mézigue s’est fait faucher sur le champ d’honneur ? En fin de partie, il recevra aléatoirement un malus, ou un bonus selon sa résistance face au grand Destin qui marquera définitivement ses capacités : une jambe arrachée handicapera le bonhomme d’une jambe de bois et l’empêchera de sauter tout en lui ôtant des points d’actions. Un œil crevé scellera le sort d’un archer qui ne pourra plus tirer à l’arc… Une mutation imprévue dotera le guerrier d’un bras en forme de lame qui augmentera ses dégâts… Des yeux pousseront sur son torse, ce qui doublera en pourcentage son potentiel de touche lors d’une attaque… les douleurs atroces que ses blessures ont engendrées le doteront d’une insensibilité à la douleur et donc d’une résistance au corps à corps accrue… etc.

Bref, vraiment bien foutu, et amusant ! mais….Mais, mais, mais… voilà…

Quid de cette IA délirante ? De ces ennemis colossaux mais cons comme des bites qui vous one-shot vos plus féroces guerriers gratuitement à défaut de jouer intelligemment ? De ces chainkills de l’infini à cause des problèmes de collisions ? De cette caméra foireuse, de ces missions interminables où les objectifs vous font faire des allers retours usants (la partie en 60 tours alors que tous les ennemis sont crevés, merci bien…)? 

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Coucou, toute mon équipe est bloquée dans un couloir et se fait one shot un par un par un monstre absurdement fort qui me fait perdre des centaines de tours à attendre qu’un de mes coups le TOUCHE et lui fasse mal. Cool non ?

Et de ce hasard… CE HASARD ! Certes, on sait à quoi s’attendre avec un jeu comme celui là, mais qui ici devient vraiment abrutissant et peut vous faire échouer une vingtaine d’actions de suite, jusqu’au ragequit. C’est d’autant plus dommage que l’on s’attache à ce jeu et qu’on y prend un réel plaisir à force de patience et de parties. Nous n’avons pas abordé les parties multijoueurs (que l’on peut lancer à la place des escarmouches), qui effacent les problèmes de l’IA… sauf si vous tombez sur des couillons ! Un bon challenge en soi si l’on veut se bastonner contre du vrai joueur !

Purifions à coups de marteaux (team Osgy)

Je dois le dire tout de suite, j’ai moi aussi été d’abord choqué puis méchamment agacé par les temps de chargement démentiels, tout ça pour un rendu loin d’être flambard et des bugs graphiques… disons, dérangeants. Autant dire que l’hymne des Sœurs de Sigmar a été vite remplacé par moi-même par un autre plus adapté. Heureusement, côté gameplay j’ai trouvé ça beaucoup plus satisfaisant.

Bertha Bestrauferung, aka la patronne, dans toute sa splendeur graphique des 90’s.

Mes premiers pas avec les Frangines ont rapidement mis en évidence un aspect de la tactique perturbant mais en même temps parfaitement logique : il vaut mieux rester groupé ! Même le plus costaud de vos personnages ne se tirera qu’à grand peine d’une embuscade à un contre deux. L’entraide est primordiale et les pertes fréquentes. Oui, on peut être terrassé en à peine quatre coups d’épée et le réveil, s’il a lieu, sera douloureux.

Frangines Ce qui est remarquable, c’est qu’on a beau combattre des hommes-rats et des démons dans une ville maudite, il y a un vrai accent sur le « réalisme » du combat. On est vraiment dans la dimension des wargames pointus : même améliorés, vos combattants ne deviendront jamais des super-héros. J’ai été plutôt déconcerté par la relative faiblesse des améliorations proposées (« quoi, seulement +5% en esquive ? Toujours pas de points d’action supplémentaires ?»), des équipements, ou de la magie. Par exemple, pas la peine d’espérer détruire un ennemi d’une seule boule de feu dans la gueule. Mais petit à petit j’ai réalisé que c’était aussi cela qui faisait la force du gameplay. Un combattant se construit petit à petit, et c’est un tout qui fera de lui un vrai vétéran dur à cuire… dur mais pas impossible. Mes Frangines, même avec l’aide de leur Dieu et des dizaines de combats au compteur, restent humaines et mortelles.

karlinaOu pas.

Pour autant, réaliste ne veut pas forcément dire austère, et il y a un vrai fun à développer ses combattants, à tendre des embuscades au milieu des ruines, etc. Le côté guérilla urbaine dark fantasy fonctionne vraiment bien, ce qui rend d’autant plus regrettables toutes ces finitions pourries, et cette IA… bon bah parlons-en.

L’IA est conne. Voilà. Alors que le jeu incite à rester groupé et choisir soigneusement qui va encaisser le premier coup, qui va charger, faire se relayer les combattants au contact du plus gros adversaire… c’est très décevant de voir les monstres adverses foncer dans le tas l’un après l’autre et se faire démonter la tête par quatre frangines qui n’en demandaient pas tant. Le pire que j’aie vécu est quand en campagne j’ai vu le boss adverse sauter du haut de la muraille au milieu de la cour où l’attendait l’intégralité de ma bande. Son armure composée d’une superbe robe de sorcier en soie n’a pas fait long feu.

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Bref. C’est d’autant plus frustrant que la campagne, contrairement à mon camarade Lazylumps, m’a plutôt plu dans sa construction. En effet, par rapport aux escarmouches qui finissent par tourner un peu en boucle (même si la quête d’expérience et d’équipement donne toujours de l’intérêt), les missions de campagne apportent un changement bienvenu, et un léger souffle épique qui rapproche ce jeu de quelque chose de grand. Effectivement, on affronte des monstres nettement plus balaises et qui arrivent sans fin, mais on prend d’assaut des places fortes, on purifie des lieux saints, on se retrouve face à des démons invoqués… bref, ce n’est plus de la guérilla, c’est la Guerre. Il convient cependant de ne pas se précipiter sur ces missions sans au préalable s’être vraiment aguerri et équipé sur des missions normales… sous peine de se faire one-shot à la chaine dans un couloir.

Ceci était une remise en cause vicieuse des capacités du rédac’chef.

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Deux rédacs, deux verdicts, pour deux points de vue, au Cri du Troll, on arrête plus le progrès !

 

[Osgy] Apprentissage difficile, mort définitive, hasard… Dans un registre différent on retrouve dans Mordheim les mêmes éléments que dans Bloodbowl, qui peuvent autant attirer que frustrer au plus haut point. Si on rajoute la finition foireuse et le fait que certaines règles ne sont expliquées nulle part (résistance au corps-à-corps ? C’est pas la même chose qu’esquive ? Ah bah non.), on a tout pour faire fuir un joueur qui n’a pas envie de s’accrocher pendant trois heures avant de commencer à apprécier… peut-être. Si on a suffisamment d’affinités pour ce type de jeux et de tolérance pour les graphismes mal optimisés (putaaaaain, cette salle pleine des fumées roses de la Tentatrice qui me plongent à 2 images/seconde…) on finira par prendre un vrai plaisir, à condition de ne pas se lasser des adversaires prévisibles. (Mais bon, dans ce domaine, même la Légende XCOM n’est pas irréprochable…)

 

[Lazylumps] Un titre prometteur et pétri de bonnes intentions, mais malheureusement parsemé d’imperfections et d’incohérences de gameplay franchement handicapantes/frustrantes/rageantes. Au Cri du Troll nous faisons des articles qui nous tiennent à cœur c’est pourquoi notre déception est palpable. J’attendais beaucoup de ce Mordheim qui s’avère aussi addictif que prenant, mais qui fait aussi sombrer les joueurs dans une grande frustration (voir une rage à demi mesurée) sur certains passages ahurissants et sur un rendu total mal optimisé. On reviendra néanmoins dessus, ne serait-ce que pour tester les autres peuples !

Une réflexion sur “Mordheim : plongée dans l’enfer de la cité des Damnés

  • Chargement si peu optimisé que c’en est ridicule, on finit vite par comprendre que la dimension tactique, bourrée de bonnes idées et d’apparence riche, est en fait quasi-inexistante. La faute à un aléatoire omniprésent, non-sensique et punitif, ainsi qu’une IA demeurée : on comprend vite que ce qui paie, c’est bourriner groupé en ignorant – et c’est triste – toutes les subtilités pourtant là. En bref, un très bon exemple de gameplay cassé, qui dans la pratique punit ses propres mécaniques. Ceci dit, ça m’a rappelé mes grandes heures de Warhammer plateau avec ses règles idiotes qui reposent sur l’aléatoire comme un colosse sur un pied d’argile verte pour masque cosmétique.
    Même si j’ai de la sympathie pour l’univers, l’ambiance et quelques idées, je vois mal comment on pourrait conseiller ce jeu quand il existe X-Com ou Banner Saga (dont les seconds opus sortent prochainement), mais surtout Darkest Dungeon, qui fait un sans faute dans un univers très similaire.

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