Les Utopiales : débriefing venu de la Quatrième Dimension

Eh voilà, les Trolls sont retournés dans leur antre. Lessivés, un peu tristes, déjà nostalgiques, mais aussi follement contents d’avoir vécu un si bon moment. Un peu plus intelligents qu’avant, et animés d’une nouvelle curiosité folle qui leur fait poser un regard neuf sur les choses du quotidien. C’est ça l’effet Utopiales sur les Trolls : leur sourire est un peu moins niais, il leur arrive désormais de s’excuser après avoir roté et on raconte même que, parfois, ils tournent leurs yeux globuleux vers les étoiles pour rêver un peu… Mais un peu seulement. 

Aujourd’hui, c’est l’heure du bilan, calmement, en se remémorant chaque instant de ce festival international de la Science Fiction. Pour cette 18ème édition, le thème du festival était le Temps, une plongée tête la première dans un sujet multi-facettes qui promettait nombre de débats et échanges ! Avec 160 tables rondes, il y en eut ! Et nous, petits Trolls émerveillés, nous avons essayé de vous retranscrire tout ce que nous avons vécu : en voici le sommaire.

SOMMAIRE

Les « Utopiales » : résumés de fond des conférences et rencontres

Jour 1 – Les Utopiales : Premier Contact
Jour 2 – Les Utopiales : Seconde Fondation
Jour 3 – Les Utopiales : Rencontre du Troisième Type

Les « Quotidien des Trolls » : résumés fantasques de nos journées heure par heure

Jour 1 – Le Quotidien des Trolls : Le Grand Départ
Jour 2 – Le Quotidien des Trolls Part 2 : Errances hallucinées
Jour 3 – Le Quotidien des Trolls Chapitre 3 : Beer, SF and fun
Jour 4 – Le Quotidien des Trolls épisode 4 : l’Heure du Départ

Encore une fois, cette couverture du festival n’aurait pas été possible sans le soutien des tipeurs de notre Tipeee. C’est grâce à ceux qui donnent un petit peu que le Cri peut évoluer et proposer ce genre de contenus. Merci à eux, mais aussi à tous ceux qui nous lisent !

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Mais comme vous le remarquez en un clin d’œil, manque à l’appel un compte rendu de notre quatrième journée…
Ne tremblez point, car le voilà, tout frais tout chaud après quelques jours de repos !
Professionnalisme, encore et toujours !

 

Regagner la guerre

avec Betrand Campéis, Stéphane Przybylski, Christophe Lambert (non pas celui là), Olivier Bérenval et Eric Picholle

Cette conférence sonnait presque comme de l’excellente littérature de fantasy et a réussi a appâter trois petits Trolls encore avides de découvertes. Le thème était la propension des auteurs de SF (et pas seulement) à revisiter les grandes batailles, voire les grands conflits, afin de les assaisonner à leur sauce, d’imaginer un futur alternatif issu de péripéties nouvelles, divergeant de la grande Histoire. Et dans les replis douillets de ces « et si », bien autre chose que ma tante qui serait mon oncle. Les débats se sont surtout aventurés sur le terrain des idées reçues, souvent véhiculées dans la culture populaire à propos des conflits. Ainsi ont été discutés les motivations et buts de guerre des Américains durant la Seconde Guerre mondiale, donnant à cet échange des faux-airs de conférence d’Histoire, pour mon plus grand plaisir de Troll. La question de la Seconde Guerre mondiale a été clairement la plus abordée, sans doute parce qu’elle est assez structurante pour notre monde moderne et, en cela, a suscité bien davantage de relectures que les autres conflits. En tout cas, ce souci d’auteurs de s’intéresser étroitement à l’Histoire et d’en communiquer la passion au public doit être salué ; la parole des historiens de profession est parfois un peu lointaine et ce genre de débat facilite clairement la diffusion des recherches récentes.

Rencontre avec Mathieu Bablet

Modérée par Denis Bajram (excusez du peu) !

Mathieu Bablet est comme nous nous le représentions : humble, très lucide sur son monde et sur sa vision de son métier, créatif, talentueux et tellement prometteur. À trente ans, Bablet fait partie de la génération montante des auteurs français modernes qui réinventent la bande-dessinée et comblent le trou béant laissé des années durant. Publié sur le Label 619, dirigé par RUN le créateur de Mutafuckaz, on se retrouve face au rejeton d’une famille surdouée d’artistes qui ont des choses à dire, à raconter, et qui veut porter un regard neuf sur le monde tout en étant dans un militantisme assumé.

Les mots ont du sens, ont de la portée, les images tout autant, et ces artistes comptent bien utiliser le média dans son entièreté pour faire passer leurs messages. On ne peut que vous recommander de lire ou relire l’article qu’avait fait Lazylumps sur le deuxième projet de Mathieu Bablet : Adrastée. Et on vous ordonne de lire les trois BD de cet auteur qui va assurément peser lourd dans les années à venir !

 

Voilà pour ce qui concerne notre dernier jour aux Utop’, qui fut malheureusement un poil plus court que les autres, puisqu’il nous fallait bien prendre la route pour rentrer à un moment.

Mais que dire des Utopiales 2017 de façon générale ? Que c’était vraiment complet, avec une volonté de réfléchir à ce que la SF peut apporter à notre monde et à la Science (toute) dure. Les conférences étaient dans la grande majorité des cas passionnantes, et mêlaient scientifiques et auteurs autour de questions parfois très pointues. Ce qui n’a absolument pas empêché le public de se déplacer en masse pour venir écouter ces pontes de leurs milieux respectifs. Mais les Utopiales ce n’est évidemment pas que ça, même si c’est ce que nous avons décidé de couvrir en priorité.

Les Utopiales, comme dirait l’autre, ce sont aussi et avant tout des rencontres. Des gens qui nous ont tendu la main peut-être à un moment où on ne pouvait pas, où l’on était seuls aux Utopiales, et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres, forgent une destinée. Ainsi, si votre désir était de discuter rapidement avec un auteur/dessinateur/scientifique/designer/exécutif, vous en aviez tout à fait la possibilité pour peu que vous soyez un poil embusqué. Ou un gros bourrin patenté, comme notre Lazylumps national sautant sur un Mathieu Bablet à peine sorti de conf’. Vous pouviez également discuter rapidement avec tout ce beau monde à la librairie des Utopiales, où bon nombre d’entre eux se trouvaient en dédicace à un moment ou un autre.

Les Utopiales, vous pouviez aussi y passer en mode critique de cinéma : une programmation de films constituée d’inédits comme de classiques était là pour occuper les spectateurs. Aller voir Mulholland Drive ou Eternal Sunshine of the Spotless Mind sur grand écran, ça vaut son pesant de crêpes dentelles. Et bien sûr, comme on l’a déjà dit lors d’un précédent article, le festival était également l’occasion d’une compétition internationale pour certains métrages : l’opportunité était donnée aux spectateurs de voter et de noter les films présentés pour décerner un prix du public, obtenu cette année par Salyut 7, qui est également grand prix du Jury, histoire de bien mettre tout le monde d’accord. À surveiller donc, puisqu’on ne l’a pas vu. Tristesse.

Vous pouviez aussi déambuler au sein du festoch’ et profiter des nombreuses affiches réalisées par Laurent Durieux. Ce dernier se spécialise dans les affiches alternatives de film, et ces dernières sont oufissimement belles. Celle de Metropolis nous a conquis, tandis que Narfi s’est promis de finir sa vie avec l’incroyable affiche de Die Hard installée au-dessus de son lit. Mais les œuvres de Durieux n’étaient pas les seules disponibles, puisqu’étaient également affichées dans certains recoins du salon des planches de la BD la Horde du Contrevent, ainsi que de la BD Le Tribut. Ou comment créer un petit espace muséal au sein des Utop’, espace qu’on a bien kiffé et où l’on a passé de très bons moments.

Et pour terminer en beauté nos articles sur le festival, quoi de mieux que les propres mots de Roland Lehoucq, président des Utopiales qui nous a ouvert son bureau le temps de quelques questions à la volée ! Un grand monsieur, et un réel personnage qui nous a expliqué son point de vue de président.

 

Comment s’est montée l’idée des Utopiales ?

Il faut savoir que je suis arrivé en cours à la tête de l’association. J’ai tout d’abord été invité deux ou trois fois en tant que scientifique et lorsque Pierre Bordage a décidé de passer le relais après une dizaine d’années on m’a proposé de prendre la présidence. C’était en 2012. Au départ le festival est une impulsion de l’association, et quand il a crû en taille, il s’est avéré plus pratique que la Cité des Congrès produise et organise l’ensemble tout en laissant les latitudes à l’association pour incarner et structurer intellectuellement le festival. En quelques années on a doublé le nombres de personnes qui viennent pour le festival. 

L’avenir des Utopiales ?

Normalement, les Utopiales vont durer pour des siècles et des siècles (rires).
On va essayer de faire évoluer, de proposer de nouveaux événements. Cette année, par exemple, on a été sollicité pour organiser un think-tank. Aux Utopiales il y a à la fois des invités auteurs, éditeurs, scénaristes mais aussi scientifiques, tous là au même moment pour discuter et débattre et penser aussi le futur. Un futur qui n’est pas de la prospective. Ils sont capables de penser de façon cohérente un réel futur.

Il y a un think-tank qui est mis en place en ce moment même et qui est une demande du ministère de la Défense dont les représentants sont aussi présents. Ils viennent ici tester leurs réponses, échanger, discuter avec des gens du monde de la science-fiction, avec des créatifs qui vont nourrir leur pensée.

L’influence de la SF dans le réel en quelque sorte ?

Complètement, comme le dit Ugo Bellagamba : « la SF est une pédagogie du réel », au prétexte qu’on passe par ailleurs et demain, ou un hier : on parle finalement toujours d’ici et maintenant. C’est ce détour par l’imaginaire qui permet de mettre sous la loupe une question technique ou un problème actuel et qui est mis en scène. C’est cette question liée a des aspects techniques ou scientifiques qui va mobiliser la science-fiction. Star Wars par exemple, un objet cool, là pour le divertissement… Mais il y a aussi une science-fiction plus ambitieuse. Mettons : le clonage humain on sait le faire… Alors imaginons le monde dans lequel on vivrait avec un clonage accepté de tous.

L’imagination permet de se lâcher, comme c’est dans l’imaginaire on peut se permettre de dépasser les tabous… On peut imaginer un futur où le clonage humain existe, où on le vend : qu’est ce qui se passe ensuite ? Dans un comité d’éthique, la façon dont on aborde ce genre de questions est forcément plus cadrée et académique. Ils sont obligés de présenter les choses de façon digne. La SF elle, c’est de l’imaginaire. Comme les Utopiales c’est une coalescence de gens qui viennent sur un thème donné, on vient à la fois pour le « sens of wonder », le côté cool des oreilles de Spock, mais on vient aussi pour débattre, échanger, réfléchir, écouter et apprendre. Nous aimerions que les Utopiales deviennent une sorte d’université temporaire où l’on réfléchit sur le futur, un endroit à mi-chemin entre lieu de réflexion collaboratif entre les invités et labos de recherche où les gens cogiteraient ensemble, le tout dans un but. Que ça serve : que ce soit la mairie de Nantes, la DEM, les organismes, les ministères… Bref, créer quelque chose à partir de cette intelligence qui est là et de ce public motivé, volontaire et alerte. Pourquoi pas un think-tank plus ouvert, avec le public. Pourquoi pas aussi développer l’enseignement, où des étudiants viendraient profiter des conférences pour rencontrer les personnes ressources dont ils ont besoin.

Vous faites d’ailleurs beaucoup de conférences qui mêlent science et science-fiction, comment vous est venue cette idée de proposer ça et ensuite de faire participer certains de vos camarades ?

J’aime la Science, j’aime la science-fiction. Et dans la SF il y a des éléments scientifiques qui, au premier abord, nous semblent aberrants. On dit péjorativement « de toute façon ça c’est de la science-fiction »… En réalité il y a des éléments qui ne sont pas si faux que ça, même parfois tout à fait pertinents. Et depuis dix-huit ans, j’ai eu cette volonté de communiquer là-dessus, de partager ce que j’avais appris. Si je peux influencer un étudiant, c’est autant une fierté que de recevoir le prix Nobel : c’est le plaisir de l’enseignant, voir l’étincelle que l’on peut déclencher dans le regard d’un étudiant. C’est cette notion de descendance intellectuelle qui m’anime. Et du coup faire de la vulgarisation est tombé sous le sens.

J’ai redécouvert la SF quand je suis tombé sur Bifrost avec ces mecs incroyables qui faisaient de la SF hallucinante. J’ai proposé des textes, ç’a aguerri ma plume sur ce travail Science et science-fiction que j’ai reproduit ailleurs, et de fil en aiguille : des conférences, des débats, etc… c’est un peu du hasard. Un hasard cool.

Question plus scientifique pour clore : on entend beaucoup parler du voyage vers Mars, qu’est ce que vous en pensez ?

On entend parler d’Elon Musk qui dit « On va aller sur Mars ! » alors avec sa force de frappe, son fric, sa com’… Tel qu’il nous le présente on y va dans deux ans, mais tous les deux ans il nous le dit… Bon, ça va pas le faire. Il n’est pas armé pour pouvoir le faire, ou alors les gens ne partiront pas vivants, ou ne vivront pas longtemps. Alors lui c’est de la com’ en partie mais d’un autre côté, il a la patate, il a du pognon, alors ça fait bouger les lignes. Mais ce ne sera pas lui qui y arrivera. À mon avis, ceux qui ont les moyens techniques de faire ça ce sont les grandes agences spatiales, voire même une coalition à condition qu’elles y trouvent un intérêt pour l’argent que ça va coûter. À l’époque Guerre Froide il y avait un intérêt stratégique : « qui a la plus grande »… Là, aller sur Mars, il n’y a pas d’intérêt scientifique, clairement les robots font le boulot, c’est un peu pénible car un vrai géologue sur Mars aurait une capacité tout autre pour moissonner les données.

Quand on a envoyé un géologue (pour la seule fois) sur la Lune, on a récolté autant de données que toutes les missions lunaires passées en une seule fois. Donc ce serait super… Mais ça a un coût technique et une complexité financière tellement énormes qu’il faut avoir un réel retour sur investissement. Un autre exemple, la Station Spatiale Internationale (ou ISS) : on ne la conserve que pour garder des humains dans l’espace, pour ne pas perdre le savoir-faire comme on a perdu le savoir-faire pour aller sur la Lune. Cent milliards investis dans la station… Mais concrètement ça rapporte quoi en terme scientifique ? Les sondes Rosetta c’étaient deux milliards… Donc faut-il garder la station ?

Elon Musk, fantasque milliardaire mordu d’espace

Oui, car il y a un objectif clair : garder la capacité à avoir des hommes dans l’espace continûment. Pour la mission martienne c’est moins clair. C’est pour ça que c’est si long. Et on a déjà plus la capacité à aller sur la Lune, on sait toujours faire, mais les machines, les plans sont perdus, les rampes n’existent plus, faudrait tout refaire de zéro. Un nouveau programme Apollo. Et pour Mars, c’est un ÉNORME programme Apollo, car les gars partiraient deux ans (on n’a jamais mis des humains plus d’un an dans l’espace), et il faudrait qu’ils puissent marcher sans problèmes en arrivant là-bas. Imaginez, Pesquet après six mois d’apesanteur il était pas en forme. Donc il y a énormément de problèmes qui vont coûter un bras, mais il faut qu’il y ait une vraie impulsion, et un objectif.

Si les Chinois mettent quelqu’un sur la Lune, attention… Là ce sera différent car on aura à nouveau ce concours de « qui a la plus grande », car la Lune appartient à tout le monde… Donc ça reste à voir !

Alors, l’avenir c’est toujours les étoiles ?

On aimerait bien. Pour moi c’est clair, mais ce ne sera pas facile. Mais oui, l’avenir est dans les étoiles.

Pour la première fois nous allons mettre un verdict à un festival, et cela dans un seul but : y apposer le macaron coup de cœur des Trolls.  Pour sa qualité, pour son organisation, pour son ambiance et pour sa démarche, le festival des Utopiales mérite cent fois ce coup de cœur général. On ne peut leur reprocher qu’une chose : victimes de leur succès, certaines conférences sont bondées de monde dans des salles assez exiguës… Peut-être faudra-t-il envisager une réorganisation de l’espace pour accueillir un public toujours plus présent et passionné ?

 

Narfi

Narfi a été accueilli au sein du Cri malgré sa nature de troll des forêts du Périgord, une sous espèce cohabitant rarement avec ses cousins des plaines Limougeaudes (Petrocore constituant la seule exception connue des Trollologues) Crasseux et vulgaire, poète dans l'âme, il aime à rester au fond de la tanière pour lire des bédés et jouer sur son PC, insultant de sa bouche pleine de poulet frit tous ceux croisant son chemin dans les dédales des internets.